Samedi 17 novembre 2018

Une foire pas comme les autres

Septième édition d’Art Dealers à Marseille

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 30 mai 2003 - 1086 mots

Avec son format inhabituel et une politique fondée sur la convivialité et la proximité, Art Dealers est devenue le rendez-vous marseillais régulier des collectionneurs d’art contemporain. Pour sa septième édition, la foire invite huit galeries et propose autant de “one-man-shows”? dont ceux de Pierre Bismuth chez Erna Hécey (Luxembourg), François-Xavier Courrèges chez Alain Gutharc (Paris) ou encore Luca Pancrazzi chez Müllerdechiara (Berlin). Portrait d’une foire “pas comme les autres”?.

“Une foire pas comme les autres”. Ce slogan, Roger Pailhas, le galeriste marseillais instigateur d’Art Dealers en 1995, ne se lasse pas de le répéter et, à regarder de plus près, on est bien obligé de le croire, tant sa foire se distingue des autres. D’abord par son site, ensuite par sa taille et son principe : huit exposants réunis pendant un long week-end avec vue sur le vieux port de Marseille, cela change effectivement des marathons suisses ou des grands raouts parisiens. Car pour le reste, comme le disait un autre slogan, “elle a tout d’une grande” : une sélection internationale, des artistes confirmés et surtout des collectionneurs. “Le terme de foire n’est peut-être pas le bon, avance Roger Pailhas. Probablement est-ce davantage un ‘salon de la découverte’, mais avec des galeries qui figurent dans les trois cents mondiales, des artistes qui ne sont pas encore des ‘stars’ mais sont à un point décisif de leur carrière, et surtout, des collectionneurs.”
Le grand public n’est pas délaissé, puisque Art Dealers est probablement la seule manifestation de ce type dont l’entrée est gratuite pour les visiteurs tout en offrant un aperçu assez pointu de la création contemporaine. Mais la foire s’adresse avant tout aux collectionneurs et déploie à leur égard un programme sur mesure. En dehors des habituels cocktails et dîners, l’invitation se traduit par des activités plus “locales” comme la sortie en voilier, devenue au fil des ans un classique.
Anecdotique ? Pas vraiment pour une foire qui mise son développement sur la convivialité et le relationnel. “Avec huit galeries sélectionnées chaque année, nous avons une taille raisonnable, estime Roger Pailhas. Nous ne dépasserons jamais quinze galeries. Aujourd’hui, tout se tient ; artistes, collectionneurs et galeristes sont ensemble pendant quatre jours, tissent des liens et c’est la force de tout.””Le facteur décontraction de la foire nous a séduit”, explique Dominique Fiat de la galerie Papillon-Fiat (Paris). Pour sa première présence ici, elle exposera une série de dessins réalisés spécifiquement pour le lieu par Vassili Tsekoura, ainsi qu’une importante sculpture de l’artiste. “C’est un lieu de rencontres et cela marche bien, observe Olivier Antoine de la galerie parisienne Art : Concept, qui a participé en 1996 à la deuxième édition de la foire. Art Dealers est loin de l’abattage des grands événements et a des enjeux raisonnables. Enfin, la manifestation a pris de l’ampleur. Les premières années, les collectionneurs présents venaient avant tout de la galerie Roger Pailhas. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus large.” “Malgré sa dimension réduite, Art Dealers a réussi à faire parler de lui par son aspect convivial et sympathique, juge Marc Gensollen, collectionneur résidant à Marseille. C’est vrai que, proportionnellement à la taille, les collectionneurs y sont très présents.”

Des expositions plus que des stands
Après une première présence en 2001, la galerie berlinoise Arndt & Partner revient cette année, même si Mathias Arndt, qui enchaînera avec la Foire de Bâle, a décidé de réduire le nombre de salons auxquels il participe. “Honnêtement, j’avais été surpris ; l’édition 2001 avait pour nous très bien marché. La foire dépasse largement le marché local. Le milieu de l’art contemporain est somme toute petit et il suffit de quelques rencontres pour que notre participation ici soit plus importante [que dans le cadre d’un] événement beaucoup plus grand comme Milan ou Turin. Cette année, nous venons avec un projet assez ambitieux de Mathilde ter Heijne. C’est une artiste qui devrait être davantage considérée en France.” La jeune Hollandaise proposera une installation inédite mettant en scène trois mannequins. Autre enseigne berlinoise à faire le voyage, Müllerdechiara montre une installation spécifique signée par l’Italien Luca Pancrazzi. Le format du “one-man-show” aidant, l’ensemble des galeries favorisent des projets inédits de leurs artistes sur les stands de 20 m2 qui leur sont concédés dans le vaste espace de 1 000 m2 de la galerie Roger Pailhas. “J’ai de toute façon pris l’habitude de montrer des ensembles monographiques dans les foires, explique Frank Elbaz de la galerie Frank (Paris). Là, ce sera un tout nouveau projet de Charles Sandison intitulé Le Théâtre des mots.” Le Turinois Franco Noero a fait un effort comparable, puisqu’il vient avec une série de quatre installations du jeune Francesco Vezzoli, dont le travail mélancolique sur les acteurs et les artistes jouit déjà d’une réputation forte de l’autre côté des Alpes. Enfin, c’est par l’intermédiaire de la galerie athénienne Unlimited Contemporary Art qu’Alain Séchas présentera de nouvelles œuvres à Marseille. “Nous nous plaçons davantage dans l’optique d’une exposition que dans celui d’un stand, précise Ghislaine Dantan, cofondatrice de la galerie. Cela est d’autant plus important que le travail d’Alain Séchas est déjà largement montré en France. De plus, Art Dealers, foire à laquelle nous participons pour la première fois, revêt aussi pour nous un intérêt particulier de par sa situation géographique.” De même, si pour le Parisien Alain Gutharc, Art Dealers est l’occasion de faire “l’expérience d’un stand personnel avec François-Xavier Courrèges et ses trois vidéos sur autant de supports différents, un travail assez pointu”, cela représente une façon d’avoir “un accès à la scène marseillaise”.
Car la foire se singularise par la ville qui l’accueille, lieu de résidence de nombre d’artistes. “Tout le monde a conscience que nous avons intérêt à développer ce genre d’initiative ici, se félicite Roger Pailhas, qui a fédéré dans un parcours les galeries de la ville (Artena, Athanor, Jean-François Meyer, Porte Avion, Sordini, Galerie du tableau et la Tour des cardinaux). “Le format inhabituel d’Art Dealers me paraît être un atout, note Nathalie Ergino, directrice du MAC/Galeries contemporaines des musées de Marseille.
Cela permet aussi une vraie rencontre avec les institutionnels. Et avoir des pics de ce type dans une activité, qui pour nous se construit bien sûr tout au long de l’année, est nécessairement une bonne chose”. Pour Marc Gensollen enfin, il est “important qu’Art Dealers participe à une synergie entre le public, les acteurs privéset l’institution en sensibilisant tout le monde au même moment”.

ART DEALERS 2003

Du 28 au 31 mai, 20 quai de Rive-Neuve, 13007 Marseille, tél. 04 91 54 02 22, tlj 18h-20h30, vendredi 30 mai nocturne jusqu’à 22h, www.rogerpailhas.com

Marseille avant l’été

Juste avant l’été, Art Dealers permettra aux amateurs de profiter aussi des galeries citées plus haut et de la riche programmation offerte par la ville dans le domaine de l’art contemporain. Alors que le MAC/Galeries contemporaines des musés de Marseille propose une importante monographie de Jimmie Durham (lire le JdA n° 170, 2 mai 2003), le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Provence-Alpes-Côte d’Azur présente lui une rétrospective de Stéphane Bérard (lire le JdA n° 170, 2 mai 2003). À la Friche Belle-de-mai, l’association Triangle France consacre ses espaces à Pierre Malphettes, jeune artiste désormais installé à Marseille et dont les œuvres ont été réalisées pour l’occasion. Enfin, parmi les événements à ne pas manquer, citons la présentation à la galerie des Ateliers d’artistes de la ville du premier film de Valérie Jouve, Grand Littoral, qui conjugue pendant une vingtaine de minutes les thèmes chers à la photographe de la représentation urbaine et de l’espace de ses habitants. - STÉPHANE BÉRARD, jusqu’au 21 juin, FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, 1 place Francis-Chirat, tél. 04 91 91 27 55, tlj sauf dimanche 10h-12h30, 14h-18h. - JIMMIE DURHAM, jusqu’au 1er juin, MAC/Galeries contemporaines des musées de Marseille, 69 avenue de Haïfa, tél. 04 91 25 01 07, tlj sauf lundi 10h-17h. - VALÉRIE JOUVE, jusqu’au 19 juillet, Atelier d’artistes, 19 boulevard Boisson, tél. 04 91 85 42 78, du mardi au samedi 14h-18h et sur rendez-vous. - PIERRE MALPHETTES, jusqu’au 5 juillet, Triangle France, Galerie Friche la Belle-de-mai, 41 rue Jobin, tél. 04 95 04 96 11, du mercredi au samedi 15h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°172 du 30 mai 2003, avec le titre suivant : Une foire pas comme les autres

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