Vendredi 14 décembre 2018

Brésil

Un nouveau musée pour Rio

Le Journal des Arts

Le 12 mars 2013 - 823 mots

En inaugurant le nouveau Musée d’art de Rio dans un quartier historique et négligé du centre, la ville se modernise et se dote d’une institution étendard au positionnement original.

Rio de Janeiro - Le maire de Rio peut souffler : la présidente est là, le bâtiment est présentable à défaut d’être terminé (malgré six mois de retard), et la foule est au rendez-vous : le Musée d’art de Rio (MAR, ou « mer » en portugais), premier symbole de la réhabilitation du centre-ville en vue des Jeux olympiques de 2016, est officiellement inauguré ce 1er mars, anniversaire de la ville de Rio – 448 ans.
Si le projet est ambitieux, il est aussi politiquement acceptable, après les récents errements budgétaires de la politique culturelle municipale (lire le JdA no 385, 15 février 2013, p. 8). La municipalité a en effet convié un grand mécène carioca, la Fondation Roberto-Marinho, à participer au financement de la réhabilitation, dont un montant chiffré à 79 millions de reals brésiliens (31 millions d’euros), des 15 000 mètres carrés de ces deux bâtiments, d’époques différentes : l’ancienne gare routière, classée, datant de 1916 ; un ex-commissariat de police, construit dans les années 1950 modernistes. Les architectes du cabinet Jacobsen les ont doublement réunis pour le MAR : au sommet par un toit surélevé, ondulation géante en écho à la mer toute proche, et au centre par une passerelle qui permet, depuis l’école, de rejoindre le musée.

Le MAR assume un positionnement original. « Une école dans un musée, un musée dans une école. » La formule est reprise par tous les invités de la prestigieuse tribune. La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, et sa ministre de la Culture, Marta Suplicy, ont souligné la portée nationale de l’événement. L’éducation sera sans aucun doute le grand thème de la campagne présidentielle qui se profile. À cet égard, l’objectif du Musée d’art de Rio est d’accueillir pas moins de 200 000 scolaires dès 2013. L’image de Rio, ensuite, est un outil politique. L’ouverture d’un musée censé symboliser la culture carioca, mais aussi réunir tout ce qu’elle compte d’iconographie à son sujet, est un symbole en plus d’être une utilité : loin de la plage et de sa manne touristique, le musée légitime la ville sur le plan créatif et contribue à corriger le déséquilibre qui voit Rio regarder avec envie la scène artistique de São Paulo. Rio possède enfin avec le MAR une institution publique de poids pour exposer sa jeune scène ultra-créative.

« L’Abri et le terrain »
Paulo Herkenhoff, conservateur et directeur du MAR, joue la sécurité : chacun des quatre étages accueille une exposition indépendante, de bonne facture. Au sommet, début de la visite, une sélection de 400 « Images de Rio » associent peintures classique et œuvres modernes, photos et vidéos contemporaines représentant des paysages naturels et urbains de Rio. Passage obligé pour une ville obnubilée par le caractère iconique de son littoral, auquel l’étage sera toujours dédié.
En descendant, deux étages présentent respectivement deux importantes collections brésiliennes. D’abord celle de Jean Boghici, Roumain établi à Rio, exposée dans une scénographie circulaire efficace. Les Brésiliens modernes (Tarsila do Amaral, Di Calvacanti…) y côtoient plus ou moins heureusement quelques internationaux (Kandinsky, Jean Arp, Rodin). La collection de Sergio Fadel, ensuite, se concentre sur le constructivisme brésilien, avec Lygia Clark, Helio Oiticica, Amilcar de Castro… Bel ensemble. Le premier étage, dernier de la visite, présente la jeune création de Rio. Le thème choisi pour l’ouverture est prometteur : « L’Abri et le terrain, art et société au Brésil ». Installations et vidéos y donnent un aperçu immédiat des grandes disparités du tissu urbain de Rio. Si le niveau général est bon, on peut regretter que l’installation géante du « Projet Morrinho » (lire le JdA no 381, 14 déc. 2012) reste aux côtés des « jeunes » créateurs, au lieu d’accompagner les superbes vidéos de Dias & Riedweg, parmi les « Images de Rio » de l’entrée. Le choc visuel serait plus audacieux, faisant de la favela un objet d’iconographie assumé.

Qu’importe, en dépit d’une cérémonie chaotique (grève des chauffeurs de bus, retard des travaux, manifestation devant le musée), le MAR réussit son ouverture. Avant de conclure par un « joyeux anniversaire » pour Rio, le moment fut l’occasion  de parler un peu de politique culturelle : Marta Suplicy rappelle la mise en œuvre de sa « bourse culturelle » (équivalent de chèques culture à destination des foyers les plus pauvres), et Dilma évoque les files d’attente à São Paulo pour l’exposition à succès consacrée au Caravage ou celle des impressionnistes : « ce pays a soif de culture ! », clame-t-elle. Le MAR devrait l’étancher, petit à petit.

MAR - Museu de Arte do Rio

Maîtrise d’œuvre : cabinet Jakobsen architecture
Coût de la réhabilitation de 15 000 m2 : environ 80 MBRL (31 M€)

praça Maua 5, Centro, Rio de Janeiro, tél 55 021 2203-1235 tlj sauf lundi, 10h-17h, www.museumar.com

Légende photo

Vue perspective du MAR, musée d'Art de Rio. © Bernardes & Jacobsen.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°387 du 15 mars 2013, avec le titre suivant : Un nouveau musée pour Rio

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