Vendredi 20 septembre 2019

Un musée éphémère

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 26 février 2014 - 842 mots

Les exposants réservent leurs plus belles pièces pour la foire de Maastricht. Des pièces de qualité muséale dont ils préfèrent taire le prix.

Tableaux anciens
Bacchus et Ariane 56,2 x 79,5 cm (reproduite ci-dessous) et Bacchus et Midas, paire d’huiles sur cuivre par Johann Georg Platzer (1704-1761), et 56,1 x 79,3 cm. Haboldt & Co, Paris.
Issu d’une famille de peintres du sud du Tyrol, Johann Georg Platzer part pour Vienne en 1726 et devient un des peintres favoris de la cour impériale. Cette paire de tableaux illustre deux épisodes de la vie de Bacchus tirés des Métamorphoses d’Ovide. Le thème des noces de Bacchus et Ariane a été traité à plusieurs reprises par Platzer et trois autres versions sont actuellement conservées, l’une au Musée du Louvre (avec pour pendant le Combat des Centaures et des Lapithes). Le sujet de Bacchus et Midas est plus rarement représenté et c’est peut-être la seule version peinte par l’artiste. Caractérisés par une composition aux lignes serpentines où foisonnent les détails, ces tableaux offrent un exemple de la virtuosité de l’artiste et de l’exubérance du Rococo autrichien, avec des références à Rubens et Jordaens. Restée dans la même famille depuis le XIXe siècle, cette paire constitue une redécouverte dans l’œuvre du peintre.

Mobilier
Guéridon formant un brûle-parfum, en placage de loupe de thuya sur bâti en acajou, époque Consulat, de Jacob Frères. Provenance : collection de Joseph Adolphe comte Clary (officier d’ordonnance de Napoléon III), puis par descendance. Hauteur : 88 cm. Aveline, Paris.
La composition « à l’antique » de ce guéridon s’inspire de modèles de trépieds antiques découverts lors des fouilles de Pompéi et Herculanum, particulièrement du trépied dit « de la villa Julia Felix » conservé au Musée archéologique de Naples, devenu célèbre grâce à sa reproduction par le comte de Caylus dans son ouvrage Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques et romaines (1767). Le modèle du guéridon dérive de ce trépied et reprend quasi à  l’identique un dessin des architectes de Napoléon, Percier et Fontaine, tiré de leur ouvrage Recueil de décorations intérieures (début du XIXe). Ce guéridon semble être le seul à porter l’étiquette commerciale des frères Jacob (« Jacob Frères Fabricants de meubles & bronzes Rue Meslée N° 76 & 77 à Paris… »), signe d’une réalisation précoce, précédant peut-être la réalisation de leur fer.

Orfèvrerie
Soupière couverte sur pied en argent, Paris, 1770, provenant du Service Orloff, commandé par l’impératrice Catherine II de Russie (1729-1796) pour le Comte Grigori Orloff (1743-1783), Jacques et Nicolas Roettiers. Poids : 11 960 gr. Koopman Rare Art, Londres.
L’impératrice Catherine II de Russie a commandé en 1770 à Jacques et Nicolas Roettiers, le service Orloff : plus de 2 000 pièces dont 88 plats, 650 assiettes, 16 seaux à rafraîchir ou encore 22 soupières, dont elle fit cadeau au Comte Grigori Grigorievitch Orloff, son amant. À la mort d’Orloff, l’impératrice rachète le service à ses héritiers. Il demeure dans les collections impériales jusqu’à ce qu’il soit vendu par les Soviétiques lors des grandes ventes de Berlin dans les années 1930. Aujourd’hui, il ne reste qu’1/10e de ce précieux ensemble, considéré comme l’une des premières expressions du néoclassicisme en orfèvrerie (feuilles de laurier, cannelures). Certaines pièces sont visibles aux musées du Louvre, de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg) ou au Metropolitan Museum of Art de New York. Cette soupière a été adjugée chez Christie’s Paris en novembre 2013 pour 1,5 million d’euros.

Art d’asie
Mandala du Vajradhâtu du XIe siècle, Tibet. Détrempe sur coton, 125 x 125 cm. Rossi & Rossi, Londres.
Ce mandala est probablement l’un des plus anciens de ce genre provenant du Tibet. Sa taille monumentale est rare. Il n’a pas été vu sur le marché depuis les années 1980, date à laquelle il est entré dans une collection privée européenne. Cependant, il n’est pas inconnu du public puisqu’il a été présenté en 2003 et 2004 lors de l’exposition  « Himalaya : une aventure esthétique » à l’Art Institute de Chicago et à la galerie Arthur M. Sackler (Washington). Il a aussi été largement publié. Le « mandala », terme sanskrit signifiant cercle, est un symbole spirituel qui représente l’univers dans l’hindouisme et le bouddhisme. Son diagramme sert de support à la méditation, mais il est aussi un outil d’enseignement. Celui-ci représente la Sphère Adamantine (vajradhâtu) dans laquelle les bouddhas cosmiques ont été disposés par les écoles tantriques indiennes. Il constitue certainement la plus ancienne interprétation peinte de la symbolique bouddhiste et des conceptions et esthétiques indiennes.

Céramique
Grand plat en majolique italienne à décor polychrome en plein « a istoriato » d’une scène de bataille, vers 1535, par Orazio Fontana (Urbino 1510-1571). Diamètre : 46,5 cm. Altomani & Sons, Milan.
La majolique italienne (de grand feu) démarre à Florence et à Faenza au XVe siècle. Elle connaît à Urbino un essor considérable entre 1530 et 1600 en partie grâce à la protection que les ducs d’Urbino, Francesco Maria (1508-1538) et Guidobaldo II (1538-1574) apportent aux ateliers de la ville. La production est dominée par les ateliers de Guido Fontana, dit Guido Durantino, puis par la fabrique que son fils Orazio (1510-1571) reprend sous le nom de Fontana à partir de 1565. L’attribution de ce grand plat à Orazio Fontana a été confirmée par Carmen Ravanelli Guidotti, spécialiste et conservatrice du Musée International de la céramique de Faenza de 1979 à 2013. Son pendant est conservé dans la collection du Crédit des Paschi de Sienne

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°408 du 28 février 2014, avec le titre suivant : Un musée éphémère

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