Un mécénat chasse l’autre

Le Musée-Galerie de la Seita passe le relais au mécénat Altadis

Le Journal des Arts

Le 25 août 2000 - 610 mots

Avec la fermeture du Musée-Galerie de la Seita, Paris perd une des institutions les plus attachantes de son paysage artistique. Grâce au « flair » de son conservateur, Marie-Claire Adès, cet espace d’expositions a largement contribué à mieux faire connaître des écoles et des peintres du XXe siècle peu présentés en France : Kubin, Schiele, Dix, Feininger, Klimt, Pascin, Grosz, Nolde, Bellmer, Spilliaert, Rops, Kokoschka… Le groupe Altadis, né de la fusion de la Seita et Tabacalera, reconvertit ses actions de mécénat en faveur des artistes contemporains.

PARIS - La fermeture annoncée du Musée-Galerie de la Seita a permis ce printemps à un news magazine de titrer malicieusement “La mondialisation tue aussi les musées”. Ce n’est pourtant pas la création du groupe Altadis, né à la fin de 1999 du rapprochement de l’Espagnol Tabacalera et de la Seita, qui est directement à l’origine de la fermeture de l’espace d’expositions de la rue Surcouf. La décision avait été prise dès 1998 dans le cadre du projet “Performance 2001”, destiné à accroître la rentabilité et la compétitivité du groupe Seita. À l’époque, la cession des deux immeubles qu’occupe le siège social de la vénérable institution s’impose rapidement. Situés en plein VIIe arrondissement, leur vente fait non seulement miroiter des bénéfices importants, mais offre à la Seita la possibilité de louer un immeuble plus petit et moins cher dans le quartier de la Bibliothèque nationale de France à partir de l’automne 2000. Le site de Tolbiac est alors jugé “trop excentré” pour accueillir le Musée-Galerie et “la création d’un lieu spécifique, isolé du siège, aurait représenté des coûts exorbitants”, assure Anne-Marie Lassalle, directeur adjoint de la communication. En outre, “dans une période où le groupe cherchait à faire des économies, le personnel n’aurait peut-être pas compris que l’on continue à se payer une danseuse, même s’il est assez mécontent que le Musée-Galerie ferme”, reconnaît son conservateur, Marie-Claire Adès. Une “danseuse” qui ne coûtait pourtant pas très cher au numéro un du marché de la cigarette en France : environ 7 millions de francs par an, à rapprocher des 19,3 milliards de francs de chiffre d’affaires du groupe Seita…

L’exposition des œuvres de Marianne Werefkin, la compagne d’Alexej von Jawlensky, clôt donc une longue série d’expositions de qualité commencée en 1980. “Après la présentation des dessins d’Alfred Kubin en 1988, j’ai constaté un grand intérêt pour les artistes d’Europe centrale, absents des collections françaises et peu présentés en France”, explique Marie-Claire Adès. Selon elle, le succès rencontré par “Egon Schiele, cent œuvres sur papier” en 1993 (84 000 visiteurs) ou par “Oskar Kokoschka, peintures et œuvres sur papier” en 1998 (42 000 visiteurs) s’explique simplement : “J’ai monté les expositions que j’avais envie de voir et mon goût était dans l’air du temps !”

Une aventure s’arrête, une autre commence, puisque Altadis souhaite désormais “encourager des artistes qui n’ont pas encore atteint la notoriété qu’ils méritent”. Quinze artistes travaillant en France et quinze autres en Espagne seront sélectionnés par un commissaire différent chaque année. Les trente premiers élus seront exceptionnellement exposés au Carré Seita de la rue Surcouf à la fin du mois de septembre, puis un jury d’une dizaine de personnes choisira six lauréats, qui auront droit à une exposition dans “une grande galerie parisienne” en janvier 2001, ainsi qu’à Madrid ensuite. Une monographie de chaque artiste sera éditée en espagnol et en français. Enfin, Altadis achètera chaque année une œuvre de chaque lauréat. “Nous leur offrirons une visibilité à laquelle ils n’auraient pas eu accès sans notre action”, estime Anne-Marie Lassalle, qui concède néanmoins que “les montants alloués au mécénat Altadis seront largement inférieurs à ce que nous consacrions autrefois au Musée-Galerie…”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°109 du 25 août 2000, avec le titre suivant : Un mécénat chasse l’autre

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