Un marché devenu stable et sain

Des modèles pour tous les budgets

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 26 mai 2000

Le marché des véhicules de collection est reparti depuis deux ans sans retomber dans les dérives spéculatives de la fin des années quatre-vingt. La large fourchette de prix proposés permet de satisfaire tous les budgets : de 50 000 francs pour une R8 Gordini à plusieurs dizaines de millions de francs pour une Ferrari GTO.

La folie spéculative qui s’était emparée du marché des véhicules de collection à la fin des années quatre-vingt est retombée. Une Ferrari Daytona qui partait à 500 000 francs en 1985 et se négociait à 3 millions de francs en 1990 ne vaut plus aujourd’hui que 600 à 700 000 francs. La crise a permis d’assainir le marché, qui est reparti depuis deux ans et est aujourd’hui stable. Les spéculateurs attirés par des perspectives de gains rapides ont laissé la place à de véritables amateurs qui examinent minutieusement les véhicules avant d’acheter. La plus forte enchère de ces derniers mois –  3,7 millions de dollars (24 millions de francs) pour une Spider Alfa Romeo de 1937 chez Christie’s l’été dernier à Pebble Beach en Californie – est demeurée moitié moins élevée que le record mondial arraché à 55 millions en 1990 à Monaco par une Ferrari GTO. Dans cette spécialité, comme dans bon nombre d’autres, les plus beaux véhicules gagnent les États-Unis. “Le marché se trouve outre-Atlantique, confirme le commissaire-priseur Hervé Poulain. Les “grandes” voitures se vendent toutes là-bas, plutôt sur la côte Ouest.” Christie’s réalise les deux tiers de son chiffre d’affaires - environ 180 millions de francs - sur le marché américain. Sotheby’s, qui s’est désengagé du secteur - les marges y sont faibles -, a décidé de confier l’ensemble de ses voitures de collection à Hervé Poulain et à Rémy Le Fur. Le chiffre d’affaires de l’étude parisienne, aujourd’hui en situation de quasi-monopole sur le territoire français, atteint 50 à 70 millions de francs, selon les années, pour ce seul département.  Les trois quarts des véhicules proposés en vente publique datent d’après la Seconde Guerre mondiale. “C’est le segment le plus actif et le plus prospère du marché, souligne Hervé Poulain. Les voitures sont d’un maniement aisé, elles freinent bien, demandent peu d’entretien et sont peu sujettes aux pannes.” À moins de 100 000 francs, le collectionneur pourra acquérir une Traction Avant de 11 à 16 chevaux construite par Citroën dans les années cinquante (45-65 000 francs), une magnifique Mercedes Benz décapotable 170 DA torpédo de 1951 (80 000 francs). Pour un budget de 100 à 200 000 francs, il s’offrira une Morgan Plus 4 1600 tourer de 1972, une Lancia GTE Zagato série II de 1956 (130 000 francs en décembre 1999 à Paris) ou une Ferrari 330 GT coupé de 1964. S’il dispose d’une somme comprise entre 300 et 500 000 francs, il repartira avec un élégant cabriolet Talbot Lago Record de 1949, une Porsche 356 A Speedster 1600 de 1955, une version plus sportive et dépouillée du cabriolet, ou encore une Rolls Royce Silver Dawn Cabriolet Park Ward de 1954, un véhicule de grand luxe réalisé à 700 exemplaires par le constructeur. Cette voiture, qui se vendait 1 à 1,5 million de francs en 1989, est partie à 435 000 francs, l’hiver dernier à Paris.

Les vintages de l’entre-deux-guerres offrent une fourchette de prix tout aussi large. Pour quelques dizaines de milliers de francs, vous obtiendrez une petite Renault (une KJ1 torpédo est partie à 49 000 francs en décembre), une petite Citroën ou une De Dion Bouton des années vingt (98 000 francs à Paris l’an passé). Mais c’est aussi parmi les créations de l’entre-deux-guerres que se trouvent les majestueux et très onéreux vaisseaux comme l’Hispano Suiza (une limousine T 49 Victor Broom de 1927 a été emportée à 232 000 francs en décembre), la Packard Roadster modèle 840 de 1931, ou les grandes Bugatti et Alfa Romeo qui se négocient plusieurs millions de francs, telle l’Alfa Romeo 8 cylindres adjugée 1,3 million de dollars (7,5 millions de francs) en août 1998 à Pebble Beach. “Le marché des Alfa Romeo six à huit cylindres à compresseur des années trente est un des plus porteurs, souligne Christian Philippsen, consultant international et auctioneer chez Christie’s. Leur prix a doublé en l’espace de trois ans.”

Avant la vente, renseignez-vous sur l’historique du véhicule - a-t-il eu plusieurs propriétaires, où a-t-il été entretenu ? - et exigez un contrôle technique de moins de six mois. Une fois la voiture acquise, évitez de l’immobiliser trop longtemps et, à l’inverse, n’entreprenez pas un parcours de 800 kilomètres sans avoir auparavant consulté un garagiste spécialisé. Le marché des voitures de course, est, lui aussi, très actif. On peut à partir de 500 à 600 000 francs acheter une petite Formule 1. Les plus chères sont celles qui détiennent un palmarès, comme cette Matra F1 MS 10 de 1968 (1,7 million de francs en décembre à Paris) au volant de laquelle Jacky Stewart termina deuxième du Championnat du monde 1968.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°106 du 26 mai 2000, avec le titre suivant : Un marché devenu stable et sain

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