Vendredi 25 septembre 2020

Jérôme Zieseniss

Un Comité français pour sauvegarder Venise

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 juin 2016 - 723 mots

Né à Neuilly en 1949, Jérôme-François Zieseniss a pris la présidence du Comité français pour la sauvegarde de Venise en 1999, après en avoir été administrateur délégué à Venise.

Quelle est la mission du Comité français pour la sauvegarde de Venise ?
Jérôme Zieseniss : Les comités internationaux pour la sauvegarde de Venise sont nés après les grandes inondations de novembre 1966 qui ont causé des dégâts considérables à Venise. L’Unesco a alors lancé un appel. Pour la France, c’est Gaston Palewski, ancien ambassadeur à Rome proche du général de Gaulle, qui crée le Comité français pour la sauvegarde de Venise. Les Anglais, eux, fondent The Venice in Peril et les Américains Save Venice. D’autres pays ont ensuite suivi. Ces comités sont placés sous l’égide de l’Unesco mais restent indépendants, notamment pour trouver les sources de financement puisqu’ils prennent directement en main le paiement des travaux, bien entendu réalisés sous la direction de l’administration italienne.

Vous choisissez alors de restaurer le Palais royal…
 
Le grand œuvre de Pawleski a été de restaurer l’église della Salute. Gérard Gaussen, qui lui a succédé, a fait des restaurations intéressantes dans la ville, mais moins ambitieuses. En 1999, lorsque Gérard Gaussen m’a demandé de prendre la suite, j’ai souhaité renouer avec les ambitions de l’époque Pawleski, car plus vous perdez en visibilité, plus vous perdez des mécènes. Gaussen m’avait dit de ne jamais prononcer le nom de Napoléon à Venise. C’est pourtant la première chose que j’ai faite. Non pas par provocation, mais parce que j’avais travaillé sur la période Napoléon et parce qu’une aile du palais s’appelle l’aile napoléonienne. Il était ridicule de faire semblant de ne pas s’en apercevoir. Au départ, je pensais restaurer ce qui était inclus dans le Musée Correr, puis nous avons continué sur notre lancée pour restaurer le Palais royal, certes d’origine napoléonienne, mais finalement fait par les Habsbourg. Nous avons alors rencontré beaucoup de difficultés, exactement, mutatis mutandis, celles rencontrées par le Grand Louvre.

Vous venez de rouvrir plusieurs pièces du palais et de terminer le projet « Sublime Canova ». De quoi s’agit-il ? 
Au Musée Correr, nous avons rouvert les quatre pièces de l’appartement de l’Empereur et deux pièces sur les trois dans lesquelles les Canova du musée ont été regroupés. Gabriella Belli, la directrice des musées de Venise, s’était en effet aperçue que le Musée Correr était un grand musée sur le sculpteur italien, mais que personne ne le savait, les pièces ayant été éparpillées un peu partout… Elle a donc eu l’idée de les regrouper dans trois salles avec une nouvelle muséographie. Deux des trois pièces ayant des décors du Palais royal, le Comité français les a par conséquent restaurées.

Vous faites chaque fois adopter un salle par un mécène…
Chaque pièce est adoptée par une entreprise, une fondation ou un particulier qui a une plaque à son nom et qui peut, lors de l’inauguration, donner une réception dans le Palais royal privatisé. Pour les salons de l’Empereur, les mécènes sont Leonid Mikhelson (un industriel russe qui possède également une fondation d’art contemporain), Van Cleef & Arpels, Éric et Caroline Freymond, Nina Stevens et Plastic Omnium, entreprise française qui a adopté une pièce du projet Canova et fait don d’un nécessaire en vermeil créé par Odiot. Enfin, nous avons réhabilité la galerie napoléonienne avec mes frères et sœurs en souvenir de notre père, Charles-Otto Zieseniss, qui était un historien de l’Empire.

Quand le Palais royal sera-t-il entièrement restauré ?

La restauration a commencé en 2000. J’espère qu’elle sera terminée à la fin de l’année prochaine, pour le cinquantenaire de la création du comité en 1967, au plus tard au printemps suivant. Cela dépend aussi du rythme auquel nous trouvons le mécénat. Mais nous sommes dans une dynamique. C’est un peu comme un club de mécènes : il reste encore quatre ou cinq places, après, cela sera fini.

27 C’est le nombre de pièces du Palais royal qui auront été restaurées par le Comité français, permettant ainsi de doubler la superficie du Musée Correr.

5 millions d’euros : pour faire renaître le Palais royal, place Saint-Marc, le Comité français aura réuni des financements privés pour un montant total de 5 millions d’euros.

Basilique Saint-Marc : Le Comité français est également intervenu pour restaurer le lion et la mosaïque du fronton de la basilique, ainsi que la sculpture du quadrige antique.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°692 du 1 juillet 2016, avec le titre suivant : Un Comité français pour sauvegarder Venise

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