Vendredi 23 février 2018

Un César déboulonné ?

L’artiste plaide pour le respect de l’intégrité de son œuvre

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 8 octobre 2009

Le tribunal de commerce de Lyon a rejeté la demande de César, qui réclamait que sa statue l’Homme du futur ne soit pas déplacée et mise aux enchères à la suite de la liquidation judiciaire de la société propriétaire de l’œuvre. Le sculpteur a fait appel du jugement.

LYON. L’Homme du futur va-t-il quitter la place Tolozan, dans le centre de Lyon, où il trône depuis cinq ans ? Le tribunal de commerce de Lyon a rejeté le 28 avril la demande de César qui, au nom du "respect de l’intégrité de son œuvre", réclamait que la statue – un homme-oiseau en bronze de cinq mètres de haut monté sur patins à roulettes et pesant 10 tonnes – ne soit pas mise aux enchères à la suite de la mise en liquidation judiciaire de la Slyci, société immobilière qui l’avait acquise en 1992 pour 3,2 millions de francs. L’avocat du sculpteur a annoncé qu’il allait faire appel. César n’est pas opposé à la vente, avait expliqué l’avocat de l’artiste lors de l’audience, le 3 avril, mais il ne veut pas entendre parler du déboulonnage qui, selon lui, en résultera inévitablement. "Il n’est pas question que cette œuvre passe sous le marteau d’un commissaire-priseur, en vertu du droit inaliénable de l’auteur au respect de son œuvre", avait notamment plaidé le demandeur. Le liquidateur de la Slyci avait proposé à César de racheter son œuvre 3,2 millions de francs : "Il pourra ainsi la laisser là ou elle est. César n’est pas à la rue et peut le faire s’il estime que c’est le prix de son droit moral". "Cela revient à livrer une œuvre gratuitement", avait rétorqué l’avocat de l’artiste. "La vente de la statue ne représente pas une entrave au droit du respect de l’œuvre de M. César Baldaccini", a cependant estimé le tribunal. En outre, "le droit moral dont il dispose ne lui confère aucun droit réel", c’est-à-dire matériel, ont ajouté les juges. Par ailleurs, le tribunal a estimé que César "ne peut valablement soutenir que son œuvre est liée au site", dans la mesure où son thème, "l’Homme du futur", "est étranger au quartier (...) qui n’est pas caractérisé par un aspect futuriste". En avril 1992, la Slyci avait proposé d’offrir la statue à la Ville de Lyon. Mais, curieusement, le conseil municipal n’a jamais entériné cette donation. Négligence ou conditions inacceptables ? Dans son jugement, le tribunal a donc considéré "qu’il ne peut être admis que l’œuvre de M. César Baldaccini fasse partie du patrimoine culturel alors que la Ville de Lyon a dédaigné l’offre qui lui avait été faite à titre gratuit". "Personnellement, je souhaiterais garder cette statue, bien entendu à son emplacement actuel. Mais malheureusement, je n’ai pas un million de francs à mettre dans un tel achat. J’ai d’autres priorités à réaliser, qui sont toutes inscrites dans notre plan de mandat, comme l’enseignement artistique", a déclaré l’adjoint délégué à la Culture et au patrimoine de la Ville de Lyon, Denis Trouxe, après le jugement.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°38 du 16 mai 1997, avec le titre suivant : Un César déboulonné ?

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