Un centre d’art en liquidation

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 26 septembre 2003

Après le refus de validation de ses comptes par un commissaire aux comptes, le centre d’art du Crestet (Vaucluse) a été placé en liquidation judiciaire. Une procédure qui a entraîné l’arrêt des activités du lieu ouvert en 1985, accélérant une fin semble-t-il déjà programmée. Le ministère de la Culture entend relancer un nouveau projet pour un site qui souffre de son isolement géographique. L’association des directeurs de centre d’art (DCA) parle elle d’un “manque de clarté en matière de politique culturelle pour l’art contemporain”?.

CRESTET - Alors qu’il présentait une exposition d’Andrea Blum, le Centre d’art du Crestet, actif depuis 1985, a fermé ses portes en plein été. Depuis le début de la saison, l’avenir du centre d’art était suspendu à l’avis du commissaire aux comptes, qui n’a pas certifié les comptes de l’association du Crestet-centre d’art. Dès lors, impossible pour l’État de verser les subventions attendues. “Cette formalité peut apparaître comme purement administrative, mais elle est nécessaire, souligne Jérôme Bouët, directeur régional des Affaires culturelles de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le refus n’est en aucun cas dû à des malversations, mais à une succession de comptables qui ont produit une discontinuité préoccupant le commissaire aux comptes.” D’abord placée en redressement, l’association a finalement été mise en liquidation judiciaire, entraînant le licenciement de son équipe et de sa directrice, Cati Chambon. Pour cette dernière, cette situation est liée à une “fragilité” de la structure et à une série de difficultés. L’an passé, un conflit entre la directrice et une partie de son équipe s’était conclu sur la démission du président de l’association, Jacques Leenhardt (lire le JdA n° 145, 22 mars 2003). Depuis, la programmation avait continué avec une équipe réduite, et la présidence était assurée par Bruno Stahly. L’architecte avait construit le bâtiment pour son père le sculpteur François Stahly, avant qu’il soit acquis par l’État en 1983. Regrettant les “circonstances pénibles” de la liquidation, Jérôme Bouët reconnaît que, sur le fond, “l’État, la DRAC [direction régionale aux Affaires culturelles] et les collectivités territoriales avaient déjà considéré qu’il fallait s’orienter vers une fermeture du centre d’art. Les raisons de cette décision sont l’éloignement du site et les risques liés à l’incendie. Ces causes sont objectives. Il n’y a pas de contestation de l’activité artistique menée par Cati Chambon, qui a fait tout ce qu’il fallait faire. Mais nous nous heurtons aux limites physiques du lieu.”
Au vu des expositions récentes du Crestet, dont celles d’Alexandre Perigot ou de Pedro Cabrita Reis, peu avant leurs participations à la Biennale de Venise, il est en effet difficile de juger négativement la programmation du lieu, mais plus évident de pointer son isolement géographique. Dans les environs d’Avignon, en pleine forêt, le centre d’art doit faire face à de nouvelles normes pour l’accueil du public, réglementations qu’il ne peut respecter. Récemment encore, l’impossibilité d’aménager un accès pour les pompiers a empêché l’organisation de séjours pour les scolaires. “Le lieu est magnifique, mais ce qui était possible ici il y a dix ans ne l’est plus aujourd’hui”, ne peut que constater Cati Chambon, inquiète sur le devenir d’une structure qui, par ses fonctions de “laboratoire, a toujours été là dans des moments importants pour les artistes”.
Pour Jérôme Bouët, il s’agit de chercher une activité qui ne soit pas liée à l’accueil d’un large public, ainsi “une résidence comme un lieu de formation peuvent être envisagés”. Propriétaire du site par le biais du Centre national des arts plastiques, le ministère de la Culture souhaite y poursuivre une activité dans le domaine des arts plastiques. “Aujourd’hui, il faut repartir sur de nouvelles bases et redéfinir avec les collectivités territoriales un nouveau projet pour ce site dont la dévolution à la création contemporaine a été ancrée par le travail de ces dernières années”, nous a déclaré Martin Bethenod, délégué aux Arts plastiques. Un propos rassurant, bien que dans le même temps l’association nationale des directeurs de centre d’art (DCA) tienne à souligner dans un communiqué les difficultés actuelles d’autres structures comme la Galerie de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Elle y estime notamment que “le manque de clarté en matière de politique culturelle pour l’art contemporain laisse la voie libre aux détracteurs locaux et pire : au ‘marais culturel’”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°177 du 26 septembre 2003, avec le titre suivant : Un centre d’art en liquidation

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