Dimanche 25 février 2018

Un bloc de grâce et de mystère

Dominique Perrault offre à Vénissieux une médiathèque à la compléxité maîtrisée

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 5 février 2008

Inaugurée le 21 septembre 2001, la Médiathèque de Vénissieux témoigne une fois encore de la capacité de l’architecte Dominique Perrault à faire naître, par la simple mais complexe maîtrise de la matière, la consonance, génératrice de poésie.

VÉNISSIEUX - Un bloc de verre et de métal où dominent le gris et le bleu, posé sur une dalle, ou plutôt un parvis, lisse et gris lui aussi. Un bloc de mystère et de réflexion où se lisent parfaitement le goût et la passion de Perrault pour la dialectique. Une dialectique qui s’exprime en termes de pleins et de vides, de compacité et de légèreté, de simplicité et de complexité, de brillance et de profondeur, de transparence et de reflet, d’apparition et de disparition. Ces problématiques l’ont conduit depuis l’École supérieure d’ingénieur en électronique et électrotechnique de Marne-la-Vallée (1984) jusqu’au Vélodrome-piscine olympique de Berlin (2000), en passant par l’Hôtel industriel Berlier (1990) à Paris, la Bibliothèque nationale de France (1997), l’usine Aplix (1999) près de Nantes, à élaborer une écriture spécifique, singulière, puissante. Cette dernière est parfaitement maîtrisée à Vénissieux avec cette toute nouvelle médiathèque en forme de jeu de construction, composée d’un grand bâtiment de plain-pied, accueillant tous les espaces publics, et surmonté d’un bâtiment plus petit où se situent les bureaux. L’un et l’autre sont sans rupture et en totale continuité.

C’est un lieu ouvert, un espace traversant, puisque le grand hall qui constitue le cœur de cet assemblage savant relie l’esplanade à l’ouest et le parvis à l’est. À l’intérieur, une manière de péristyle encadre les activités réparties au fil d’un réseau d’allées principales et de dessertes secondaires. Signalées par des bannières pendues au plafond, les zones de lecture sont équipées d’un mobilier où domine le bois et dont l’architecte-designer Gaëlle Lauriot-Prévost souligne la “continuité avec les mobiliers dessinés pour la Bibliothèque nationale de France”.

Le fonds actuel de la médiathèque de Vénissieux se compose de 70 000 livres, 7 000 vidéos et DVD, 11 000 CD audio, 1 400 partitions musicales, 2 000 cédéroms, 9 500 numéros de revues, soit plus de 100 000 documents, auxquels se surajoutent cent douze postes informatiques multimédia.
Espaces d’animation et d’expositions, auditorium complètent l’équipement de ce bâtiment dont le coût total, place-parvis incluse, représente 68,8 millions de francs.

Cet outil performant et à l’économie stricte donne le coup d’envoi à un projet plus vaste, toujours confié à Dominique Perrault, qualifié par André Gérin, député-maire de Vénissieux, de “nouvelle frontière”, et dont l’objectif est l’essor d’un nouveau quartier articulé à partir de la médiathèque.

Le “tour du propriétaire” une fois effectué, demeure un étrange sentiment. De l’extérieur, le bâtiment semble opaque. Un bloc de mystère et de réflexion. À l’intérieur, la sensation s’inverse et tout devient transparent. Le ciel et la ville pénètrent au cœur de la médiathèque. D’où vient donc cette réversibilité de la matière ?

“La façade, lisse et sobre d’aspect, est en réalité double. Et elle est remplie d’éléments de métal, de cassettes perforées installées de façon aléatoire et en quinconce. C’est ce remplissage qui donne une vie et une brillance très particulière au bâtiment et toute son identité à la médiathèque. Résultat, un dehors et un dedans qui ne se résument pas à l’exclusion de l’un par l’autre, comme de part et d’autre d’un mur”, confie Dominique Perrault. Qui ajoute, en guise de conclusion : “J’aime les phénomènes d’inclusion.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°139 du 21 décembre 2001, avec le titre suivant : Un bloc de grâce et de mystère

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