Tous mécènes !

Le Journal des Arts

Le 3 juillet 2008

En échange d’une modeste contribution, les visiteurs du Brooklyn Museum of Art peuvent devenir les parents d’une œuvre d’art, participant ainsi au financement du musée. Ce mécénat de masse séduira-t-il d’autres institutions ?

NEW YORK (de notre correspondante) - “Devenez un Médicis des temps modernes”, voici comment le Brooklyn Museum of Art présente l’opération “Adoptez un chef-d’œuvre”. Moyennant une contribution de 500 dollars (environ 3 000 francs), ou de 250 dollars par personne pour un couple, les mécènes voient leur nom inscrit sur un cartel placé à proximité de leur peinture d’adoption, choisie dans les collections du musée. Les donateurs reçoivent également un “certificat d’adoption” officiel.

Aux États-Unis, les programmes d’adoption sont un moyen courant de rassembler des fonds : on peut adopter un tronçon de route, un banc dans un parc, et même une chambre d’hôpital. Mais le Brooklyn Museum est la première institution culturelle à opter pour ce mode de financement.

Les critiques ont rapidement fleuri dans la presse new-yorkaise – d’un article à la une du New York Times, en passant par une chronique dans le Wall Street Journal –, insistant lourdement sur l’inacceptable mélange entre culture et commerce. Malgré, ou en raison, de l’empressement des médias, les mécènes ont réagi lentement. À ce jour, une quarantaine de personnes seulement se sont inscrites, sur les 17 500 contactées au 1er mai.

L’entreprenant directeur du Brooklyn Museum, Arnold Lehman, est à l’origine de cette initiative, qu’il présente comme une façon d’impliquer le public dans la vie du musée.

“Il ne s’agit pas de commercialisation, ni de minimiser la générosité des principaux donateurs, mais plutôt de toucher les gens et faire naître de nouveaux philanthropes. D’autres institutions imiteront ce programme”, pronostique-t-il. Selon lui, cette opération permet de valoriser les collections permanentes, souvent laissées dans l’ombre par la médiatisation des expositions temporaires.

Président de l’Association des directeurs de musées et conservateur du Worcester Art Museum, James A. Welu reconnaît qu’aucune autre institution n’a suivi l’exemple. Mais il est un fervent partisan de ce nouveau “moyen d’atteindre la collectivité”. Quant aux parents adoptifs, ces Frick et Morgan contemporains, ils sont originaires de Brooklyn, de Manhattan, du New Jersey ou du proche comté de Westchester. Quelles sont les périodes artistiques privilégiées ? Le XIXe siècle semble arriver en tête. Rodin et George Inness (1825-1894) ont déjà de nombreux parents adoptifs. Et, sans grande surprise, la Scène d’hiver à Brooklyn du peintre américain Francis Guy (1760-1820) a séduit de nombreuses bonnes âmes. Certains de ces mécènes des temps modernes ont opté pour les arts décoratifs : l’un d’entre eux a choisi les hippocampes de pierre (1934) du Jardin de sculpture, un autre un pot chinois bleu et blanc de la dynastie Yuan. Tous bénéficient d’une visite guidée avec un conservateur et deviennent membres de l’Art Council, un groupe proposant visites et conférences.

Quant aux fonds récoltés, ils seront utilisés pour la recherche, déclare Arnold Lehman. Ce dernier prévoit déjà d’élargir le programme aux Médicis en herbe, en proposant des frais d’adoption réduits pour les jeunes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°88 du 10 septembre 1999, avec le titre suivant : Tous mécènes !

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