Mercredi 24 octobre 2018

Tours : le CCC devient producteur d’œuvres d’art

Le centre d’art veut dépasser son rôle traditionnel pour mettre sa logistique et des fonds à la disposition des créateurs

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 21 janvier 2000 - 793 mots

Alors que les lieux d’exposition se multiplient en France, le Centre de création contemporaine (CCC) de Tours, l’un des plus anciens centres d’art du pays, a créé une structure de production inédite, l’Agence d’Artistes. Cette dernière propose aux créateurs de les accompagner dans la réalisation d’œuvres qui, fait inédit, ne sont pas forcément destinées à être exposées sur place.

TOURS - “L’Agence d’Artistes est née du constat que l’on ne pouvait pas se contenter de faire un travail classique, traditionnel et nécessaire d’exposition”, souligne Alain Julien-Laferrière, directeur du CCC. Après avoir organisé des monographies de nombreux artistes, et tout en poursuivant cette activité, le centre d’art de Tours s’est orienté, il y a trois ans, vers une politique de production d’œuvres, souvent indépendante de toute présentation sur place. Il s’agit alors de mettre à la disposition des créateurs la logistique de l’institution, aux niveaux technique, administratif et financier, afin de leur permettre de réaliser un travail qu’il leur serait difficile de mener à bien seuls.

Cette approche répond aux nouvelles attentes et besoins des artistes, qui font de plus en plus souvent appel aux artisans ou aux entreprises pour donner une réalité concrète à leurs projets. Certains s’inspirent également des logiques de production qui ont cours dans le cinéma ou le théâtre. L’Agence d’Artistes du CCC vient ici donner un appui à de jeunes artistes qui travaillent seuls ou prend le relais d’autres acteurs. Elle a ainsi produit les deux œuvres de Véronique Boudier pour le dernier “Printemps de Cahors” ou, le cas échéant, comble les déficits de production des galeries. Alain Julien-Laferrière ne s’y trompe pas quand il estime que “l’enjeu aujourd’hui, c’est Jeffrey Deitch à New York et Hauser & Wirth à Zurich”. L’Agence est pourtant loin d’avoir les mêmes moyens, qui plafonnent à 140 000 francs par an.

Les frais sont remboursés quand l’œuvre est vendue
Ces fonds – pris dans le budget global du CCC – ont pu être une première fois dégagés après l’arrêt pendant cinq mois de la programmation des expositions, lors du déménagement du centre de la rue Racine à la rue Marcel-Tribut, en 1996. Une convention liant les artistes à l’Agence prévoit ensuite le remboursement des frais qu’elle a engagés quand l’œuvre est vendue, opération dans laquelle l’institution n’intervient pas. Néanmoins, la relative faiblesse de ce budget n’autorise pour l’instant que des productions légères de jeunes artistes, même si reste ici prôné le “trans-générationnel”. À côté d’Agathe Lievens, Guillaume Janot, Didier Courbot, Delphine Coindet, Boris Achour, Saâdane Afif ou Kcho, François Morellet a par exemple bénéficié d’une production de l’Agence avec son projet de néons, Pirococo. Pour Franck Scurti, qui a bénéficié de la production de trois œuvres et en particulier Hip Hop et D’où elle vient la neige ?, l’Agence permet de se poser la question de la production : “D’où elle vient la neige ? est de ce point de vue emblématique, en raison de son caractère d’édition illimitée”.

L’ensemble des œuvres réalisées constitue une collection “virtuelle”, dans le sens où, sans réellement venir enrichir un fonds “muséal”, chaque pièce est gérée par convention pendant trois ans par l’Agence d’Artistes, à la fois au niveau de la circulation et de la documentation. Des publications, “les Archives de la production”, devraient bientôt retracer l’histoire de la réalisation des créations, avec un inventaire pratique et technique, en portant “une réflexion matérielle sur l’œuvre”, selon les mots du directeur. Sur la trentaine de pièces jusqu’à présent produites, un tiers est en circulation et un tiers est entré dans d’autres collections.

Certaines créations sont en revanche conçues pour l’extérieur, comme le projet de Morellet qui continue à tourner de Paris à Bourges, Brest, Cologne et bientôt Barcelone. Little democracy de Pierre Joseph, un ensemble de vingt photographies sérigraphiées déjà montré à Madrid et Tours, a été affiché dans les villes avec le soutien d’un partenaire privé, Decaux.

L’avenir de l’Agence d’Artistes passe peut-être en effet par le développement de partenariats avec des mécènes. Alain Julien-Laferrière espère en effet que les grandes entreprises, dans des stratégies de communication nationale, seront plus promptes à soutenir des productions itinérantes qu’à verser des fonds à des structures de province. À terme, il souhaite également porter le budget de l’agence à un million de francs, seul moyen de financer de grandes productions internationales d’artistes français et étrangers. L’ouverture d’ateliers de production d’artistes est également à l’étude. Ces derniers pourraient venir occuper un ancien complexe militaire du centre de Tours en même temps que le CCC. Le bâtiment, laissé vacant par le départ de la Direction régionale des Anciens combattants, dispose de trois plateaux de 500 m2. Mais l’installation définitive du CCC ressemble à un serpent de mer. Il reste encore à convaincre les partenaires de l’institution, l’État et surtout la Ville de Tours.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°97 du 21 janvier 2000, avec le titre suivant : Tours : le CCC devient producteur d’œuvres d’art

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