Mardi 11 décembre 2018

Toulouse sans réels débats

La culture ne passionne pas les candidats

Le Journal des Arts

Le 2 mars 2001 - 1198 mots

Alors que la campagne électorale s’accélère, se médiatise et se complique à quelques jours du scrutin, la question de la culture ne semble pas être au cœur du débat politique à Toulouse, même si un ancien ministre de la Culture, Philippe Douste-Blazy, brigue la mairie.

L’occupation au cœur de Toulouse de l’ancienne préfecture par les artistes de l’association Mix’art – groupe alternatif de création installé à Toulouse depuis cinq ans – vient de mettre intempestivement la culture et surtout les arts plastiques et la création au cœur du débat électoral. Cette question a toujours été éloignée des préoccupations de la municipalité qui n’a jamais souhaité développer une politique d’ateliers ou de résidences d’artistes en ses murs. Cette action aurait pu intégrer le vaste programme de rénovation patrimoniale et immobilière de la cité. Cinq ateliers ont été financés en 1997 par le ministère de la Culture et le conseil régional Midi-Pyrénées.

La quatrième ville de France bénéficie pourtant d’équipements artistiques prestigieux : dix musées dans la ville, dix trésors du patrimoine architectural auxquels viennent de s’ajouter les Abattoirs, Espace d’art moderne et contemporain, érigé sur le site historique des anciens abattoirs d’Urbain Vitry et inauguré en juin dernier (lire JdA n° 108, 30 juin 2000). Entre la décision de l’État, de la Ville et de la Région de créer un syndicat mixte pour le projet et l’ouverture du musée en 2000, neuf années se sont écoulées au cours desquelles le Centre régional d’art contemporain de Labège, fermé depuis 1995, a été “sacrifié” et les commissions d’achats du Fonds régional d’art contemporain ont parfois piétiné. De péripéties administratives en aléas de construction, le public a attendu et a dû se contenter des lieux-relais habituels – aussi beaux soient-ils – de la ville pour redécouvrir les collections ou visiter dans des espaces peu adaptés de rares expositions d’art contemporain de qualité. Avec un financement de 42 % du coût de construction, de 60 % du budget de fonctionnement et 40 % du budget d’acquisitions, la mairie de Toulouse exerce un véritable contrôle sur les Abattoirs. L’originalité des missions coordonnées de musée, de Frac et de centre d’art n’a malheureusement pas empêché quelques dérapages de la municipalité. Néanmoins, Toulouse possède enfin un outil pour le public qui peut et doit – entre autres – produire, diffuser et porter l’art contemporain au cœur de la cité en générant la rencontre, l’échange, le débat.

Presque entièrement confiné aux berges et abords de la Garonne, l’art contemporain a trop souvent été associé à des manifestations approximatives (le festival Garonne) ou à des démonstrations d’éclat (la bâche de Claude Viallat).

Un milieu associatif orienté vers la création
Le centre névralgique et hautement symbolique de la cité, la place du Capitole, a été réservée au “très-célèbre-et-incontesté-artiste-ami” Raymond Moretti. Le performant métro toulousain a bien sûr été l’objet de commandes publiques et possède, comme toute grande ville française pourvue de ce mode de transport urbain, son cortège d’œuvres et d’installations familiarisant l’usager de chaque station à l’art d’aujourd’hui. La programmation sans risque des espaces d’art de la ville répond régulièrement aux demandes des artistes toulousains tendance tradition picturale... Les ateliers d’arts plastiques effectuent, en revanche, un véritable travail de sensibilisation et de diffusion de la création en liaison avec l’actualité contemporaine à Toulouse ou en région.

Mais ni l’imposant parc patrimonial des musées et encore moins l’exsangue action artistique ne peuvent masquer une carence de taille : la création et sa diffusion.

Toulouse revendique une certaine forme d’autonomie mais est géographiquement et économiquement isolée du marché de l’art. Les trop rares galeries privées d’art contemporain occupent soit des terrains déjà balisés par “l’histoire”, privilégiant des artistes de renommée internationale, soit des territoires plus personnels. La jeune création, régionale ou nationale, n’y est accueillie qu’épisodiquement. Quoiqu’il en soit, ce fragile circuit a le mérite de maintenir une diffusion économique de la création mais aussi de résister à la puissante inertie de la politique et de l’état d’esprit toulousains qui a réussi à décourager de nombreuses initiatives dans ce domaine.
C’est le milieu associatif et les artistes eux-mêmes qui ont fourni les moyens de produire et de diffuser la création actuelle dans la ville. L’ouverture, en 1994, du Bond de la Baleine à Bosse (BBB) témoignait de l’urgente nécessité de proposer un lieu différent pour les jeunes artistes où les dimensions sociales, économiques et artistiques étaient étroitement liées. Depuis un an, le BBB est le premier centre d’art contemporain toulousain installé en zone dite “sensible”, dans les quartiers nord de la ville. À cette vocation d’encourager la jeune création régionale, et, depuis un an, nationale et européenne, dans ce qu’elle a de plus innovant et de plus expérimentale, se sont organisées des missions complémentaires d’accompagnement des publics les plus éloignés de l’art contemporain. Un partenaire culturel aujourd’hui incontournable qui n’a bénéficié d’aucun soutien effectif de la part de la Ville ! De son côté, le collectif d’artistes AlaPlage a quitté l’École des beaux-arts de Toulouse en 1997. Confronté immédiatement à la réalité toulousaine, le groupe a mis l’accent sur les nouvelles technologies et pratiques artistiques, l’interaction des divers domaines de la création et ouvre une dimension affective aux rapports de création collective. Installé aujourd’hui en plein centre de la ville, AlaPlage dispose d’un espace convivial où événements, concerts, performances accueillent un public jeune de plus en plus nombreux. Ces deux seuls exemples révèlent la nécessité d’un engagement prioritaire dans le domaine de la diffusion et de la communication de l’art contemporain auprès de tous les publics.

Arrivée du Printemps de Cahors
Il y a un an, la candidature de Philippe Douste-Blazy à la mairie de Toulouse, soutenue par Dominique Baudis, semblait sceller l’issue des élections et annoncer la politique de l’ancien ministre de la Culture : tout en continuité. La récente nomination du maire sortant à la présidence du CSA, la multiplication des listes de gauche et l’envolée médiatique de la campagne, laissent planer quelque doute sur l’évidence d’hier. Les deux principaux candidats ne se sont prononcés jusqu’à présent que de manière généraliste sur la question de la culture. Le socialiste François Simon, affichant plus ouvertement son soutien aux structures associatives et aux artistes, aurait fort à faire, s’il prenait les commandes de la ville, pour restaurer, ou plutôt instaurer une politique d’aide à la création digne de ce nom.

En attendant, on peut déjà apprécier la qualité du programme proposé aux Abattoirs : “Organic”, et “l’Œuvre Collective”, deux grandes expositions thématiques proposées par le pôle contemporain, ainsi que la première grande exposition monographique du musée, consacrée à Pierre Soulages. On peut souhaiter que cet outil réponde à l’attente du public et des artistes, et dynamise les nombreux lieux privés et associatifs voués depuis plusieurs années à la diffusion et à la compréhension de l’art contemporain. En attendant, un nouvel événement viendra animer Toulouse à l’automne : le Printemps de Cahors. La mairie a en effet récemment voté une subvention de 2,8 millions de francs pour accueillir la manifestation en 2001.
À suivre...

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°122 du 2 mars 2001, avec le titre suivant : Toulouse sans réels débats

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