Mardi 10 décembre 2019

architectes

Team Zoo, une architecture sans architecte

L'ŒIL

Le 1 juillet 2001 - 557 mots

C’est dans l’ancienne biscuiterie LU de Nantes que l’équipe nippone soixante-huitarde Team Zoo établit son campement d’été.

C’est dans l’ancienne biscuiterie LU de Nantes que l’équipe nippone soixante-huitarde Team Zoo établit son campement d’été. Réhabilités par l’architecte Patrick Bouchain (qui est à la réhabilitation de locaux industriels dédiés à l’art contemporain ce que Jean-François Bodin est à la scénographie muséale plus classique), les locaux de LU sont donc devenus ceux du LU, le Lieu Unique... Mais que nous réservent ici les constructeurs de cahutes ? Une cabane de petits-beurres ? Presque... Agent de ce groupe d’activistes méconnus, Patrice Goulet avait déjà présenté à l’Institut français d’Architecture à Paris il y a plusieurs années leur travail géodésique à base de bambous arqués et ligaturés en région tropicale. D’Hokkaido à Taiwan, les réalisations du groupe s’agrègent dans la perspective d’une démarche de site specific : trouver ici et maintenant, en fonction de ce que l’on a sous la main, de quoi faire œuvre ou ouvrage d’art. On retrouve là une certaine accointance avec l’architecture en carton, nomade et éphémère, qu’avait mis en scène l’écrivain existentialiste Abe Kobo lorsque, dans les années 70, il décrivait la condition de son homme-boîte. Nomade et volontiers de coloration écologiste, on imaginerait volontiers les comparses vivre en peaux de bêtes, de pêche, de chasse et de cueillette.  La communauté, formée dans les années 70 autour du professeur Takamaza Yoshizaka, fonctionne comme une tribu. Comparables aux Achuars (des Jivaros à la frontière péruvienne), on pourrait également voir les membres du clan comme les adeptes d’une nature domestique. En son sein, leurs cabanes seraient à même d’accueillir les sept principes édictés par le groupe : comprendre, élargir, réunir, émouvoir, équilibrer, osciller et transcender.
Là réside pourtant l’un des paradoxes de la profession de foi de ces architectes : celui de pratiquer une architecture sans architecte. Résistant encore à l’impérialisme de la conception assistée par ordinateur, de la découpe au laser et de la domotique, le village d’irréductibles fonctionne donc par une mise en réseau coopératif d’équipes aux noms d’animaux : le Tigre, la Poule d’eau, etc. Team
et Zoo à la fois, la belle équipe a, par ailleurs, influencé des structures plus jeunes, comme celle, basée à Tokyo, des très itinérants PH Studio, jouant à la lisière poétique entre le Tombeau des lucioles d’un Takahaka Isao et le Charisma de Kurosawa Kiyoshi. Mais il ne s’agit chez Team Zoo ni d’un dessin animé, ni d’un film, ni d’une installation d’art contemporain au sens strict, ni d’un happening ou d’une performance. Mais que faire à Nantes compte tenu de la disparition de la forêt tropicale et des pandas dans la région ? Quel Zoo pour Nantes ? Quel BN (bâtiment naturel) pour LU ? La réponse résonne comme un mot d’ordre non-gouvernemental : penser globalement, agir localement, avec les moyens du bord. Montée par les étudiants des écoles d’art et d’architecture avec Murayama Kinya, Machiyama Higuchi et Shigemura Tsutomu, l’installation a recours aux matériaux vernaculaires récupérés auprès des cultures maraîchères, viticoles et ostréïcoles, haikus d’ardoise d’Angers, de cagettes et de filets anti-oiseaux. Entre l’art brut et l’architecture pauvre, Team Zoo offre en ce début de saison touristique une belle vitrine pour le syndicat d’initiative de la Loire atlantique.

- NANTES, le Lieu Unique, 2, rue de la Biscuiterie, tél. 02 51 82 15 00, 8 juin-23 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°528 du 1 juillet 2001, avec le titre suivant : Team Zoo, une architecture sans architecte

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