Vendredi 13 décembre 2019

graphiste

Ryan McGinness, de la vérité à la réalité

Par Gilles de Bure · L'ŒIL

Le 1 juillet 2001 - 575 mots

A propos de Ryan McGinness, il est d’usage d’utiliser la parabole du
« ni, ni », si chère aux hommes politiques. Ni peintre, ni sculpteur, ni photographe...

A propos de Ryan McGinness, il est d’usage d’utiliser la parabole du « ni, ni », si chère aux hommes politiques. Ni peintre, ni sculpteur, ni photographe... mais, ajoute-t-on aussitôt, plutôt un graphiste, un show-man ou bien même un producteur. Bref, un petit jeune homme bien de son époque, né en 1972 en Virginie, diplômé en arts graphiques de la Carnegie-Mellon de Pittsburgh (on notera, à cet égard, que Andy Warhol et Keith Haring sont tous deux originaires de Pittsburgh). Il vit et travaille à New York et est exposé ce mois-ci chez Colette, haut lieu du croisement de toutes les modes et de toutes les images du moment, tête de file des « concept-stores » parisiens. « Je suis avant tout intéressé par le langage, confie McGinness. Le langage des images, des symboles, des schémas, des formes. Par la sémantique. En combinant et remixant les vocabulaires graphiques issus de nombreuses sources, j’en explore les significations iconographiques, les symbolismes historiques et contemporains ». Ryan McGinness, effectivement, combine et remixe à satiété. Il mélange des images de toutes origines, déjà digérées par tout le monde, ce qui rend, d’emblée, son travail proche, complice. Triturant, expansant, confrontant, réduisant, affrontant cette moisson d’images, il lui donne une dimension à la fois simple et complexe, en une sorte d’éloge de la banalité transcendée. Un peu à la manière d’un Philippe Thomas et de ses Ready Made appartiennent à tout le monde. Mais avec infiniment moins de profondeur, de contenu dialectique et idéologique. Bref, McGinness s’amuse à déconstruire les signes les plus récurrents de la communication visuelle dominante. Il les met littéralement « à plat », les recompose et les restitue, pervertis et inchangés, dézingués et identiques. Mise en cause ou célébration de la société de marchandise, dénonciation ou sublimation de l’emprise des signes, réfutation ou soumission aux modes et manières de consommation de l’époque ? Ryan McGinness entretient l’ambiguïté. « Mon travail est une célébration immédiate de la vie, confie-t-il. Il existe en réaction contre ce que j’appelle le “ beaucoup de bruit pour rien ” qui caractérise trop souvent l’art d’aujourd’hui ». Il y a dans le travail graphique de McGinness, caractérisé également par l’emploi systématique du monochrome et l’intrusion fréquente de phrases et mots proches de la rhétorique du graffiti ou du tag, une vraie dimension ludique. Y cohabitent l’humour et l’enfance, l’innocence et le sens commun, l’universalisme et l’inconscient collectif. Sans que l’on n’arrive jamais à déterminer s’il s’agit de la dénonciation ou de l’apologie du mondialisme.A moins, tout simplement, que McGinness y participe en toute innocence. On retrouve constamment ce goût du jeu chez lui, et notamment dans ses cartes postales plus vraies que nature qu’il glisse subrepticement dans les présentoirs des librairies du MoMA et du Whitney, dans ses décors pour planches de skate, ou encore dans cette photo trafiquée où on le voit côtoyer Basquiat, Clemente et Warhol... « Je dis la vérité », affirme Ryan McGinness. Certes, mais s’agit-il de la vérité ou bien, tout simplement, de la réalité du monde actuel ? Cocteau ne disait-il pas lui-même : « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité ».

- PARIS, Colette, 213, rue Saint-Honoré, tél. 01 55 35 33 90, 2-28 juillet.
A lire : Ryan McGinness, Flatnessisgod et Luxurygood, disponibles chez Colette.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°528 du 1 juillet 2001, avec le titre suivant : Ryan McGinness, de la vérité à la réalité

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