Mercredi 12 décembre 2018

Disparition

Requiem pour un lièvre

Figure singulière du monde de l’art, le sculpteur Barry Flanagan s’est éteint le 31 août

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 15 septembre 2009 - 522 mots

IBIZA - Décédé à Ibiza le 31 août à l’âge de 68 ans, le sculpteur britannique Barry Flanagan aura laissé une œuvre pleine de malice, prenant à contre-pied les codes de la statuaire héroïque.

« Il a apporté l’idée d’une extrême liberté. En jouant sur l’histoire de la sculpture, il a été un grand libérateur des formes », observe Patrice Cotensin, de la galerie Lelong (Paris, New York, Zurich). Pour Jill Silverman, directrice de la galerie Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg), « Flanagan aura apporté une vision rafraîchissante et singulière. Il a réussi à populariser la sculpture anglaise grâce à son pouvoir d’attraction universelle. » Né à Prestatyn, dans le nord du pays de Galles, mais naturalisé irlandais, Flanagan tâte d’abord de l’architecture avant de s’inscrire à la Saint Martins School of Art à Londres. « J’étais un sculpteur à part entière dès l’âge de dix-sept ans. J’ai plongé et embrassé le monde physique », répétait-il à l’envi. D’emblée, il rompt avec l’héritage d’Henry Moore et le modernisme d’Anthony Caro. Ses premiers assemblages de sable, cordages ou feutres s’apparentent davantage à l’Arte povera et au minimalisme. Dessinateur hors pair, il maîtrisera toutes les techniques, de la taille de pierre à la fonte, de la soudure à la gravure. De ses mains émerge un art taquin, décalé, marqué par Alfred Jarry et la pataphysique et teinté d’existentialisme. Sérieux sans être sinistre, il aura su donner une gravité à ses fantaisies.

Animal fétiche
Devenue iconique, la figure du lièvre surgit dans son travail à la fin des années 1970. La vision de l’animal se serait imposée à lui chez un boucher. Il a aussi déclaré avoir été inspiré par les spécimens folâtrant dans les prairies du Sussex. D’après lui, le lièvre est « riche et expressif », doté des « codes du cartoon et des attributs humains ». Son bestiaire ne se résumera toutefois pas à cet animal fétiche. En témoigne une installation baptisée Last Residential Election, silhouette plus ou moins humaine flanquée d’un âne et d’un éléphant, que la galerie Lelong présentera à Paris dans les Tuileries en octobre dans le cadre de la FIAC. Le passage du minimalisme à une sculpture animalière coquasse sera parfois perçu comme hérétique. Qu’importe, le bestiaire de Flanagan interrogera sans relâche l’histoire de l’art, prenant ses aises dans le pavillon britannique à la Biennale de Venise en 1982 avant d’être accueilli par le Centre Pompidou l’année suivante. Boxeur, penseur ou rieur, insouciant ou mélancolique, le lièvre ne cessera de gambader dans les arcanes du monde de l’art. Sans forcing, l’artiste deviendra une valeur sûre internationale. « Il ne cherchait pas à être présent partout, il n’avait aucune impatience. Son regard sur le marché était distant et ironique », souligne Patrice Cotensin. Bien que rongé par la maladie de Charcot, Flanagan gardera une gaieté et un humour ravageur. Directrice du Roche Court New Art Centre à East Winterslow (Grande-Bretagne), Madeleine Bessborough, qui aura organisé cette année l’une de ses dernières expositions de son vivant, nous a confié?: « Il a été courageux bien que malade. Jusqu’à la fin, il aimait les filles, s’amuser, danser, chanter. Il aimait la vie. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°309 du 18 septembre 2009, avec le titre suivant : Requiem pour un lièvre

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