Rencontre avec Peter Klaus Schuster, nouveau directeur des musées nationaux berlinois

« Notre objectif principal reste l’achèvement de l’île des musées »

Le Journal des Arts

Le 27 août 1999

Peter Klaus Schuster est l’homme clé des musées berlinois, cet automne. Il est non seulement le nouveau directeur général des musées nationaux, mais également le commissaire de la grande exposition « Le XXe siècle. Un siècle d’art en Allemagne », qui ouvre ses portes le 4 septembre dans différents lieux de la capitale (lire page 20). À la différence de son prédécesseur Wolf-Dieter Dube, Peter Klaus Schuster est aussi directeur d’un musée, la Neue Nationalgalerie. Il connaît bien Berlin, où il a fait l’essentiel de sa carrière et qu’il n’a quitté qu’une année pour assurer la direction générale des collections nationales de peintures à Munich. Son « objectif principal » est l’achèvement dans les dix années à venir de la Museumsinsel (l’île des musées), mais il voudrait aussi faire du Martin-Gropius-Bau « un grand centre international d’expositions ».

Comment considérez-vous le rôle des musées nationaux dans la nouvelle capitale allemande ?
La rôle de Berlin comme capitale et siège du gouvernement nous fournit incontestablement des atouts. Nous ressentons plus fortement l’attente du public, une attente importante rien qu’en raison de la richesse de nos collections. Pour le moment persiste encore cette ambiance charmante propre à l’improvisation et à l’indulgence, car tout ne peut pas fonctionner aussi merveilleusement qu’à Munich où, dès 1945, tout a été reconstruit avec un sens artistique aigu.

Comment voit-on les choses depuis l’étranger ?
Pour nos collègues de l’étranger, le fait que Berlin soit devenue la nouvelle capitale a contribué à clarifier très largement la situation. Auparavant, ils ne savaient pas toujours exactement à quel saint se vouer. Aujourd’hui, les musées nationaux de Berlin doivent pouvoir faire face à des projets aussi bien nationaux qu’internationaux. Mais, en même temps, nous sommes une institution qui appartient aux Länder et qui, de ce fait, est soutenue par chaque citoyen. D’un côté, nous sommes la partie centrale du programme gouvernemental pour l’art et la culture et, de l’autre, une institution du fédéralisme culturel. Dans ce sens, nous défendons évidemment la pluralité.

Comparée aux pays anglo-saxons, la fréquentation des musées reste très modeste, bien que ces institutions jouissent d’une très grande considération au sein de la population. Comment expliquez-vous ce décalage ?
La structure urbaine de Berlin y est bien sûr pour quelque chose. La National Gallery de Londres est située en plein Trafalgar Square ; Londres possède une toute autre densité. Certes, Berlin est immense, mais du point de vue de la population, la ville est relativement petite : quatre millions d’habitants ne représentent pas un potentiel important. Dans la région de Cologne et de Düsseldorf, chaque exposition attire des centaines de milliers de visiteurs des Pays-Bas, de Belgique et de France. Mais nous n’avons pas de raison de nous plaindre, car Berlin est très prisée du point de vue touristique.

Comment comptez-vous faire venir le public dans vos musées ?
Les nouvelles idées ne sont souvent que la redécouverte des anciennes. De plus, nous suivons de près le travail de nos collègues français, américains et britanniques, surtout celui de Neil MacGregor et de Nicholas Serota à Londres, qui dirigent leurs institutions avec beaucoup de succès. Il me semble également important d’offrir des services très pragmatiques aux visiteurs afin de faciliter leur venue. C’est ainsi que j’ai introduit à Munich, dès le début, un “plan d’ensemble” avec un numéro d’appel direct à la disposition des touristes. Nous devons également travailler davantage avec les jeunes historiens de l’art et développer le multilinguisme. Pour renforcer encore l’impact sur le public, nous nous proposons de collaborer plus largement avec des artistes contemporains. Nous avons ainsi appris beaucoup de choses grâce à l’installation d’Ulrich Rückriems à la Neue Nationalgalerie, pour laquelle les anciens rideaux ont complètement disparu de la salle.

Quels sont vos projets ?
Permettez-moi d’user du droit de discrétion des premiers cent jours nous autorisant à ne pas forcément livrer nos pensées secrètes. Mais la première tâche importante est incontestablement “Le XXe siècle. Un siècle d’art en Allemagne”, cette grande exposition organisée suivant plusieurs axes qui ouvrira ses portes le 4 septembre dans différents lieux à la fois. À celle-ci, nous opposerons en 2004 une exposition consacrée à l’histoire de l’art : “Cent ans de fédéralisme artistique en Allemagne”. Nous allons ensuite coopérer avec le Musée d’art moderne de New York et le Centre Pompidou. Avec ce dernier, nous sommes en train de mettre sur pied un projet intitulé “Relire le XXe siècle”. Mais, en attendant, nous nous concentrons sur l’inauguration toute proche, le 4 octobre, de l’Alte Nationalgalerie sur l’île des musées (Museumsinsel). Notre objectif principal est, et demeure, l’achèvement dans les dix années à venir de la Museumsinsel. Nous y sommes très fortement attachés. Une autre tâche, non moins importante, est de faire découvrir à un public international la richesse et la beauté des collections des musées nationaux de Berlin, dignes représentantes de l’Allemagne réunifiée. Il faut préciser au passage que ce gigantesque complexe muséal, le plus grand d’Allemagne, dont les différentes institutions coopèrent à tous les échelons, fait de nous le centre du fédéralisme culturel du pays. Ce n’est que sur cette base que nos projets pour la création d’un Centre national de la photographie et d’un Centre allemand de l’architecture – je l’espère, dans les bâtiments restaurés de l’ancienne Académie d’architecture de Schinkel – prennent tout leur sens.

Collectionner est également l’une des missions d’un musée. Sur quoi comptez-vous mettre l’accent ?
Dans le domaine de l’art contemporain, la proximité avec les collectionneurs est d’une importance capitale et nous soutiendrons cet aspect. Pour ce qui est de l’art moderne classique et de l’art ancien, nous devons rester attentifs à nos ressources financières afin de ne pas entraver nos capacités d’agir quand une occasion se présente. Hors de l’Europe, on pense quelquefois que Berlin est à même de faire des acquisitions importantes. Bien que l’argent public soit sévèrement compté, l’espoir de trouver des soutiens privés, en tout premier lieu pour Berlin, n’est pas vain. Dans le domaine de l’art contemporain, je m’engagerai de plus en plus sur le territoire à haut risque qu’est le non encore établi.

À propos d’art contemporain, la Hamburger Bahnhof est considérée comme un enfant à problèmes dans la mesure où il lui manque un programme clairement défini.
Je suis quasiment certain qu’un “programme clair” n’est rien d’autre pour un musée contemporain qu’une construction fantasmatique. Mais quoi qu’il en soit, la Hamburger Bahnhof présentera à partir du 3 septembre, dans le cadre de l’exposition “Le XXe siècle”, la grande manifestation “Collage Montage”. Progressivement, elle deviendra la première scène de l’art du XXIe siècle et de ce qui le prépare. C’est notre but.

Le Martin-Gropius-Bau, le plus grand centre d’expositions de Berlin, jusqu’à présent sous la tutelle du Sénat, n’a toujours pas de conception précise. Lors de votre élection comme directeur, vous avez, à la grande surprise de nombreux observateurs, aussitôt fait connaître vos prérogatives sur le bâtiment. Quels sont vos projets aujourd’hui ?
Cela allait de soi : un édifice qui nous a appartenu et qui, dans les livres cadastraux, est toujours inscrit à notre nom, nous est bien sûr infiniment proche. Cela friserait le ridicule de ne pas le revendiquer. Par ailleurs, dans cette ville, nous sommes le partenaire le plus compétent pour mener la transformation du Martin-Gropius-Bau en un grand centre international d’expositions. Mais nous tenons également à favoriser d’autres lieux d’expositions : la Bundeskunsthalle et le Musée allemand d’histoire. Il va de soi que nous tenons à être présents dans le Martin-Gropius-Bau, aussi bien par nos propres projets que par des coopérations internationales. Or, ceci ne peut se réaliser qu’en marchant main dans la main avec les musées nationaux. Christoph Vitali nous en donne déjà l’exemple à Munich, dans la Haus der Kunst, avec la collection de peintures de l’État. À Paris, cela fonctionne à merveille avecle Grand Palais et la RMN.

Quand commencerez-vous à y travailler ?
Il n’y a pas d’urgence pour le moment, dans la mesure où les programmes du Martin-Gropius-Bau sont établis jusqu’en 2001. Nous restons donc ouverts aux propositions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°87 du 27 août 1999, avec le titre suivant : Rencontre avec Peter Klaus Schuster, nouveau directeur des musées nationaux berlinois

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