Dimanche 25 février 2018

Artiste

Raymond Hains

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 11 février 2008

Affichiste, amateur averti de jeux de mots et autres calembours, membre éminent du Nouveau Réalisme, Raymond Hains, né à Saint-Brieuc en 1926, bénéficie jusqu’au 3 septembre d’une importante exposition au Centre Georges-Pompidou. Il commente l’actualité.

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Après la remise du rapport Quemin, il a été fortement question cet été de la place de l’art français sur la scène internationale. Vous avez connu bien des changements, depuis la Biennale de Venise de 1964 avec la remise du Prix à Rauschenberg, jusqu’à vos dernières expositions au Portugal et en Espagne. Quel est votre sentiment sur la présence française à l’étranger ?
Je ne me rends pas bien compte si les artistes français sont plus ou moins présents à l’étranger parce que je ne voyage pas. J’ai pris l’avion deux fois dans ma vie et la première, c’était pour aller à la Biennale de Venise en 1964. Aujourd’hui, à mon avis, ce ne sont pas les Américains qui font obstacle, mais les Français qui parfois ne reconnaissent pas très bien le travail fait à l’étranger. Par exemple, mon exposition de Barcelone, au Macba, est certainement l’une des meilleures que j’ai eues. Catherine Bompuis y a fait un travail extraordinaire. Pour Paris, Christine Macel a de son côté fait quelques découvertes intéressantes à propos des citoyens du monde. D’ailleurs, j’aime bien aussi l’exposition du Centre Georges-Pompidou, qui est très différente. De plus, elle a été très bien accueillie. Mais elle est comme un “work in progress”, un travail en cours ou même au long cours. Elle est comme un chantier. Pour revenir à la question, je trouve que les jeunes artistes français voyagent beaucoup. Ils vont aux États-Unis... Je suis d’une autre génération, mais j’ai beaucoup de sympathie pour la jeune génération. Je rencontre des gens très intéressants. J’avoue que je me sens plus proche de l’époque actuelle que de celle des hippies.

Les grandes maisons de vente aux enchères peuvent dorénavant vendre en France. Qu’en pensez-vous ?
Je ne comprends rien à tout ça et j’ai même horreur des ventes aux enchères. Je suis pourtant en très bons termes avec des commissaires-priseurs : maître Binoche a des œuvres de moi dans son appartement. Je connaissais très bien aussi maître Loudmer qui a eu beaucoup d’ennuis. Mais je ne suis pas au courant de plein de choses. En somme, j’ai passé toute ma vie à dépenser l’argent que je gagne à acheter des livres que je lis à la terrasse des cafés ou pour aller au restaurant. Il faut se plonger là-dedans : la vie est comme un roman. J’ai lu beaucoup de livres ; je prends des notes que j’appelle des erginotes et des cosmonotes. Vous avez l’ouvrage d’Aragon Henri Matisse Roman. Il faut relire ce livre aujourd’hui parce qu’il raconte ça avec la journée du théâtre du vide de Klein. Nous vivons cette histoire-là aujourd’hui avec nos aventures à nous. Nous vivons des événements extraordinaires qui sont la réalité : c’est Artaud qui disait que la réalité est plus surréaliste que toute surréalité.

Comment réagissez-vous face aux prix qu’atteignent certaines œuvres, comme celles d’Yves Klein à New York ?
Pour moi, l’argent n’a pas de valeur. Il y a eu l’affaire Flagrant Dalí. Actuellement, il y a cette histoire de la donation de Niki de Saint-Phalle au Musée de Nice. Je ne sais pas si je suis un clochard ou un milliardaire parce que je ne connais pas le prix d’une palissade. Ce qui est très important, c’est de retenir que si ma palissade est au clou, ma tante est au mont-de-piété.

Que pensez-vous de la question du droit de suite ?
Je trouve très bien que les artistes profitent de leur travail.

La Fiac a décidé cette année de consacrer un secteur spécifique à la vidéo. Comment abordez-vous les nouvelles technologies en général ?
Avec les progrès de la technique, avec des petites caméras numériques, on peut faire des choses intéressantes. Quand Hervé Chandès est venu à Dinard, il avait photographié la plage. À l’époque, nous ne savions pas que nous y reviendrions pour parler d’Hitchcock. Pierrick Sorin est lui aussi venu à Dinard et il y a fait des films très drôles. Il fait tout lui-même et à peu de frais. C’est le problème actuel : certains films coûtent très cher et d’autres rien du tout. J’ai toujours eu envie de faire de la vidéo puisque j’ai fait des films autrefois avec une caméra 16 mm. Cette dernière a joué un rôle important dans mon travail. À l’occasion de l’exposition au BHV, au printemps dernier, chaque artiste avait la possibilité de faire des achats au magasin et j’ai acheté une caméra et un appareil photo numériques. Mais je n’y suis pas encore habitué. Les ordinateurs m’auraient aussi intéressé si j’avais été plus jeune. Mais, malheureusement, je ne peux pas rester longtemps devant un écran. J’ai trouvé amusant de faire des Macintoshages. Ce qui a été un événement pour moi, c’est quand il y a eu le passage des 78 tours aux 33 tours. J’avais trente-cinq ans, Dufrêne était professeur à Clamart et venait chez moi où j’étais avec Villeglé.

Quelles sont les expositions qui vous ont marquées dernièrement ?
J’aime bien visiter les expositions d’autres artistes même si je n’en ai pas beaucoup le temps. J’ai été très occupé dernièrement avec mon exposition au Centre Georges-Pompidou et je n’ai vu que l’accrochage de l’exposition Hitchcock à Beaubourg. On vit une époque passionnante et j’aimerais bien avoir vingt ou trente ans de moins, bien que quand on a mon âge, on se dit : “Ouf.” Parfois, on n’est pas mécontent de se mettre à la retraite. Aujourd’hui, c’est comme si je faisais mon testament.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°131 du 31 août 2001, avec le titre suivant : Raymond Hains

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