À qui appartient vraiment le portrait du Grand Timonier ?

Le Journal des Arts

Le 23 décembre 2008

Alors que le capitalisme triomphe en Chine, le collectivisme refait surface de façon inattendue : la propriété de la plus célèbre image de la Révolution culturelle, vendue en 1995, est revendiquée par plusieurs personnes ayant participé à sa réalisation.

PÉKIN. Une polémique a récemment éclaté sur la paternité du ta­bleau Mao sur la route d’Anyuan, véritable emblème de la Révolution culturelle. L’œuvre avait été exécutée en 1967 par le peintre Liu Chunhua, après un processus de création collective, lors de l’exposition “La pensée de Mao Tsé-Toung éclaire le mouvement révolutionnaire d’Anyuan”, au Musée de la Révolution. Cette manifestation entendait subvertir l’historiographie officielle et consacrer Mao unique responsable de la mobilisation des masses ouvrières et paysannes, au détriment de Liu Shaoqi. En son temps, l’œuvre avait connu une diffusion exceptionnelle, au point de devenir l’ima­ge artistique la plus reproduite de l’histoire. La toile, restée au musée après 1967, a été inexplicablement restituée à son auteur en 1980, avant d’être mise en vente en 1995. Elle a alors atteint un prix jamais vu pour une œuvre d’art chinois contemporain : 5,5 millions de yuans (4 millions de francs). En janvier dernier, le commissaire artistique et l’organisateur de l’exposition de 1967 ont revendiqué des droits de propriété sur l’œuvre, faisant valoir que si la toile avait bien été peinte par Liu Chunhua, il n’avait été que l’exécutant matériel d’une idée élaborée collectivement. Le Comité national pour l’évaluation des biens culturels, saisi par les deux hommes, a estimé le 25 janvier que “le tableau (était) propriété de l’État” et que la décision de restitution était illégale, tout comme celle de mettre en vente une œuvre ayant figuré au préa­lable dans un musée d’État. La toile a été classée dans la catégorie des “biens culturels de premier niveau”, réservée aux œuvres anciennes les plus fameuses et aux monuments de la Cité Inter­dite. Ce qui a suscité une vaste controverse sur la signification et l’importance de l’art de la Révo­lu­tion culturelle, largement ignoré par tous les spécialistes de l’art chinois moderne. La polémique continue de faire rage, tandis que le mystère demeure sur l’identité de l’acquéreur et la localisation du tableau.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°58 du 10 avril 1998, avec le titre suivant : À qui appartient vraiment le portrait du Grand Timonier ?

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