Mercredi 19 décembre 2018

Quelle fondation pour Pinault ?

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2000 - 598 mots

Après l’annonce par François Pinault, le 4 septembre, de la création de sa fondation d’art contemporain à l’emplacement des anciennes usines Renault, plusieurs questions restent en suspens. L’homme d’affaires doit notamment désigner l’architecte et le conservateur qui gérera ce qui est considéré comme l’une des plus belles collections privées françaises d’art moderne et contemporain.

PARIS - Comme nous le laissions entendre (lire le JdA n°107, 9 juin et JdA n°109, 25 août ), l’île Seguin accueillera donc finalement un grand musée d’art contemporain. François Pinault, Jean-Pierre Fourcade, sénateur-maire de Boulogne-Billancourt, et Louis Schweitzer, président de Renault, sont parvenus à un accord pour la création d’une Fondation Pinault pour l’art contemporain. Celle-ci devrait être abritée par un nouveau bâtiment de plus de 30 000 mètres carrés dont la construction sera confiée par François Pinault à un grand architecte international. Après ses prises de position en faveur de l’île, Jean Nouvel s’est déjà placé implicitement comme candidat. Pour lui, la création de cette fondation est “presque inespérée pour redonner une ‘attractivité’” à l’île Seguin. “Il peut se passer quelque chose d’extraordinaire dans une stratégie comme celle-ci. N’importe quel plan de ville espérerait un moteur de cette qualité.”

Les prises d’intérêt récentes de François Pinault dans le domaine de l’art sont bien connues, comme les acquisitions de Christie’s et de l’étude de commissaires-priseurs PIASA. La constitution de sa collection d’art moderne et contemporain s’est en revanche effectuée dans un relatif secret, même si selon Pierre Daix, son biographe officiel, aujourd’hui “il s’agit d’une des collections les plus riches en France, aussi bien pour l‘art moderne que contemporain et de la plus belle collection de sculptures modernes en France”.

François Pinault s’est d’abord intéressé à des œuvres “régionales” de Bretagne, sa terre d’origine. Le tournant est venu en 1990 quand l’homme d’affaires a acquis aux enchères, pour l’équivalent de 45,7 millions de francs, d’une œuvre de Piet Mondrian datant de 1925, Tableau losangique II. Le collectionneur aurait ensuite acheté des œuvres de Robert Rauschenberg, Andy Warhol, Paul Rebeyrolle, Mark Rothko, Willem De Kooning ou Jackson Pollock. Il possède également une impressionnante collection de sculptures, avec des Modigliani, Miró (voir notre illustration en page 1), Pablo Picasso, Henry Moore, Eduardo Chillida, Richard Serra et, plus récemment, Jeff Koons. Depuis quelque temps, il avait même confié à la commissaire d’exposition et ancienne galeriste, Caroline Bourgeois, le soin de constituer une collection d’art vidéo.

Le 4 septembre, François Pinault a présenté, avec Jean-Pierre Fourcade, le projet de sa fondation à la ministre de la Culture. Le collectionneur semble vouloir pour l’instant entièrement gérer ce dossier lui-même et n’a formulé aucune demande particulière aux pouvoirs publics. On indique cependant, au ministère, qu’au même titre que des fondations comme Cartier ou Guerlain, des relations évidentes se noueront entre ce nouveau lieu et l’ensemble du réseau de l’art contemporain, des structures d’États et des collectivités territoriales. “C’est un grand projet d’art contemporain qui honore la France”, nous a déclaré David Caméo, le conseiller pour les arts plastiques et les musées de la ministre. Pour l’homme d’affaires, la création de cette fondation s’inscrit tout autant dans une volonté d’attacher son nom à un grand projet culturel mais aussi de rendre accessible sa collection au public. “Je crois que savoir observer ce qui change et évolue dans l’art permet de cultiver la liberté d’esprit et l’ouverture sur la vie, a déclaré François Pinault dans un communiqué. Il existe une sorte d’équilibre entre la création artistique et les évolutions de la société. L’art est un bon moyen de les percevoir. Je souhaite que cette démarche soit accessible au plus grand nombre.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°111 du 22 septembre 2000, avec le titre suivant : Quelle fondation pour Pinault ?

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