Vendredi 14 décembre 2018

Portland s’offre tout Greenberg

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 2000 - 620 mots

En achetant la collection de Clement Greenberg, le Musée des beaux-arts de Portland s’est enrichi d’un ensemble unique de 152 œuvres. Au-delà de la présence de quelques chefs-d’œuvre, celui-ci témoigne de l’aventure de l’abstraction américaine à travers les choix d’un des critiques les plus influents de la seconde moitié du siècle.

PORTLAND (de notre correspondante) - Helen Frankenthaler, Hans Hofmann, Adolph Gottlieb, Kenneth Noland, Jules Olitski, Anthony Caro ou encore David Smith, tous figurent dans la collection personnelle de Clement Greenberg (1909-1994). Attachés au parcours critique du maître à penser de l’abstraction américaine, ils côtoient quelques artistes moins connus, mais portés aux nues par le théoricien de l’Expressionnisme abstrait, à l’image de Walter Darby Bannard et Paul Jenkins. Au total, ce sont quelque 152 œuvres, peintures, sculptures et œuvres graphiques de 58 artistes que vient d’acquérir le Musée des beaux-arts de Portland par l’intermédiaire de Janice Van Horne, la veuve de Greenberg. Rassurée que les biens de son époux soient aujourd’hui conservés dans leur intégralité et puissent faire l’objet d’une étude scientifique, cette dernière a estimé que Portland était “le bon client au bon moment”. Outre les œuvres d’art, la collection renferme également des livres annotés, des catalogues d’expositions, des brochures et un buste du critique réalisé en 1940 par Anthony Caro. Les archives personnelles, manuscrits, journaux et carnets de notes de Greenberg ont quant à eux été vendus en 1996 au centre de recherches du Musée J. Paul Getty de Los Angeles.

"La collection ressemble à un palimpseste, commente Bruce Guenther, conservateur du département d’art moderne et d’art contemporain du Musée de Portland, c’est une empreinte dans le temps, laissée par des idées qui sont aujourd’hui commentées par de jeunes générations d’artistes. Les plus grands noms de l’abstraction du milieu du siècle sont représentés, ainsi que leurs disciples et étudiants." Au-delà de l’intérêt historique inestimable de l’ensemble, c’est aussi pour le musée l’occasion d’acquérir des pièces maîtresses comme le premier Target painting (1958) imprégné sur toile de Kenneth Noland, ou un dessin à l’encre de Jackson Pollock offert par le peintre au critique pour ses quarante-deux ans.

Fondé en 1892, le Musée des beaux-arts de Portland est le plus ancien musée du nord-ouest des États-Unis. Riche d’environ 35 000 œuvres, il a pu acquérir la plupart de ses collections grâce à une série de dons importants. Il se distingue par des ensembles d’art indien de la côte nord-ouest et d’art régional, mais aussi par des pièces renaissantes et baroques. Récemment doté d’une grande extension, d’un coût de 22 millions de dollars (environ 165 millions de francs), il dispose aujourd’hui d’une galerie d’exposition de 25 000m2, et se place parmi les 25 plus grands musées des États-Unis en termes d’espace.

"Nous pouvons nous engager dans ce type d’acquisitions. Nous ne sommes pas blasés comme certaines grandes institutions, et nous accordons autant d’importance à l’aspect humain qu’à l’aspect esthétique", se félicite John E. Buchanan, le directeur général du musée. Une fois la collection estimée et vérifiée, il a convaincu les mécènes locaux, Tom et Gretchen Hulce, d’acheter les pièces à Janice Van Horne pour en faire don au musée. Le prix final n’a pas toutefois pas été communiqué par la direction. Elle s’est contentée de préciser qu’il se comptait en "millions de dollars" et que le musée "en avait eu pour son argent". "Nous n’avions que très peu d’œuvres d’art moderne, rajoute John E. Buchanan, cette acquisition nous fait faire un pas de géant." Plusieurs des artistes représentés dans la collection sont toujours vivants, et Portland ne peut qu’espérer des contacts avec eux. En attendant, le musée prépare une exposition itinérante de la collection pour 2001-2003. Elle débutera à Portland l’été prochain et sera accompagnée d’un catalogue documentant les œuvres présentées.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°116 du 1 décembre 2000, avec le titre suivant : Portland s’offre tout Greenberg

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