Samedi 17 novembre 2018

Plus d’autonomie pour les musées

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 13 juin 2003 - 1050 mots

Le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, a présenté le 4 juin en Conseil des ministres sa politique concernant les musées nationaux. Dans un entretien au Journal des Arts (lire page 2), le ministre revient sur la réforme de la Réunion des musées nationaux (RMN), organisme dont le recentrage accompagne une remise à plat de l’organisation des musées nationaux. En toile de fond se dessine une redéfinition du rôle de la direction des Musées de France.

PARIS - “Accroître l’autonomie des grands musées pour en faire des vecteurs actifs et responsables de la politique culturelle. Moderniser et compléter les dispositifs d’acquisition d’œuvres d’art pour les musées nationaux, de manière à accroître leur capacité économique en la matière. Réformer la Réunion des musées nationaux pour sortir cet établissement de la crise profonde qu’il traverse”, telles sont les trois orientations que le ministre de la Culture a développé durant son intervention en Conseil des ministres le 4 juin.
L’autonomie de Versailles et du Louvre mise en place (lire le JdA n° 171, 16 mai 2003), Orsay et Guimet vont suivre cette voie et, à partir de janvier 2004, sortir du giron de la Réunion des musées nationaux (RMN), jusque-là le bras financier de la direction des Musées de France (DMF).
Créée en 1895 pour permettre l’enrichissement des collections nationales, la RMN sera désormais pilotée par son propre président et non plus par le directeur des Musées de France. Elle ne percevra plus les revenus des entrées du Louvre, de Versailles, d’Orsay et de Guimet comme c’était le cas jusqu’alors. Le ministre entend profiter de ce mouvement pour sortir la RMN de sa “situation de crise”. Avec des missions recentrées, l’organisme restera l’“éditeur naturel” des musées nationaux, leur diffuseur et organisateur d’expositions. Une partie de ses personnels sera transférée dans les musées, et ses effectifs devraient être réduits de 10 %. Une subvention de l’État correspondant au manque à gagner que représente la sortie des grands musées sera versée annuellement à la RMN. Toutefois, rien n’est encore chiffré, puisque le projet de loi de finances 2004 doit préciser l’ensemble des transferts. Les représentations syndicales des personnels de la RMN ont, pour leur part, tenu à signaler “une rupture totale” avec la direction dans ce processus, dénonçant les licenciements attendus et la fermeture d’espaces commerciaux en province. Jeudi 4 juin, face à un début de grève, la direction de la RMN a assigné en référé l’intersyndicale devant le TGI de Paris “pour assemblée générale illicite”, avant d’abandonner la procédure. Une manœuvre pointée par les syndicats comme “un déni de tout dialogue social”.

Autre chantier annoncé par Jean-Jacques Aillagon, la réforme des comités d’acquisitions, autrefois centralisés par la DMF. Au Louvre et à Orsay, 20 % des sommes perçues sur les droits d’entrée aux collections permanentes seront attribuées aux acquisitions. En cessant de reverser leurs droits d’entrée à la RMN, ces établissements s’éloignent aussi de la DMF. Ils deviennent maîtres de leurs achats (c’est déjà le cas depuis longtemps pour le Musée national d’art moderne), opérés au sein de commissions propres à chaque institution. Désormais, il sera inutile pour eux de passer par le comité consultatif des musées nationaux, instance de réunion mensuelle des conservateurs. Au-delà d’un certain seuil, le Conseil artistique des musées nationaux sera toutefois consulté. À long terme, la totalité des trente-trois musées nationaux (parmi lesquels le Musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye ou le Musée national du Moyen Âge de Cluny) pourrait adopter la même procédure, recourant à des comités d’acquisitions formés de leurs conservateurs, de ceux d’autres établissements et de personnalités qualifiées (experts, universitaires...) et civiles (mécènes...). Pour ces établissements, réforme et procédures sont encore en gestation, mais des comités pourraient être créés par domaine culturel ou secteur géographique.
“L’évolution des grands musées nationaux doit servir de référence pour la modernisation du mode de gestion des autres musées nationaux, a poursuivi dans sa démonstration le ministre. Dans l’immédiat, ils demeureront gérés sous la forme de services à compétences nationales, la Réunion des musées nationaux continuant d’exercer à leur égard des missions inchangées. Par la suite, les modalités d’une meilleure autonomie juridique et d’une meilleure association avec les collectivités territoriales intéressées seront recherchées.” Le vent de l’autonomie et de la décentralisation souffle donc sur les musées, comme sur l’ensemble de la politique culturelle (lire page 3). “Les grandes directions ne pèsent plus comme elles le faisaient en 1945, juge un directeur de musée. D’ailleurs, la loi musée avait annoncé l’évolution. L’autonomie doit permettre la souplesse, la facilité d’action, mais la DMF doit conserver son rôle dans la politique nationale, et la RMN, rester un lien majeur entre les musées.” À la DMF demeurent donc les missions d’expertise, d’inspection et d’orientation. Toutefois, les grands musées nationaux sont désormais investis de missions qui dépassent largement leurs murs. À l’exemple du Centre Pompidou, qui ouvrira en 2006 son antenne à Metz, le Louvre a été prié de penser à un développement comparable (lire le JdA n° 176, 16 mai 2003), comme cela a aussi été suggéré à Orsay.

Installation du Haut Conseil

Le ministre de la Culture a décidé l’installation, le 27 mai, du Haut Conseil des musées de France, institué par la loi relative aux musées de France. Le Haut Conseil se réunit au moins une fois par an et peut formuler des recommandations sur tout sujet relatif aux musées français. Il donne son avis sur l’attribution (ou le retrait) de l’appellation “musée de France”? et peut être consulté sur les questions relatives au transfert de propriété des collections publiques. Outre le ministre de la Culture, il comprend : un député (Patrick Bloche) et un sénateur (Philippe Richert) désignés par leur assemblée respective, cinq représentants de l’État – le directeur des musées de France (Francine Mariani-Ducray), le chef de l’inspection générale des Musées (Dominique Viéville), le directeur chargé des musées au ministère de la Recherche (Élisabeth Giacobino), le directeur mémoire, patrimoine et archives du ministère de la Défense (Solange Apik), un directeur régional des Affaires culturelles (Abraham Bengio) – ; cinq représentants des collectivités territoriales (André Laignel, Bernardette Bourzai, Bruno Bourg-Broc, Jean-Paul Pottier, Jean-Paul Huchon) ; cinq représentants des professionnels des musées (Henri Loyrette, Jean-Pierre Mohen, Simone Blazy, Bruno Jacomy, Florence Bertin), et, enfin, cinq personnalités qualifiées dans les domaines de compétences du Conseil (André Dubuc, Claude Welty, Christian Giacomotto, Nathalie Reymond, Bruno Racine).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°173 du 13 juin 2003, avec le titre suivant : Plus d’autonomie pour les musées

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