Mercredi 21 février 2018

« Photographie en galeries » anime la capitale

Le Journal des Arts

Le 6 février 2008

À l’occasion de Paris Photo, une quinzaine d’espaces marchands propose un parcours.

Galerie Anne Barrault

Spécialisée exclusivement dans la photographie contemporaine, la galerie Anne Barrault représente une douzaine d’artistes. Quatre d’entre eux sont actuellement réunis dans une exposition collective qui questionne la relation de l’homme à son environnement, et plus particulièrement l’empreinte qu’il laisse sur l’espace naturel. “Traces d’humanité” parle de l’homme, mais ne le montre que très peu, ou furtivement comme dans les photographies de Magdi Senadji qui montrent des femmes à la plage selon des vues partielles qui s’attardent plus sur la vacuité de leurs occupations que sur leur réelle présence. Quant à Olivier Quaglia, c’est davantage la trace de l’activité humaine qu’il traque en photographiant des paysages montagneux impressionnants de majesté, revêtus d’un appareillage dérisoire constitué de remontées mécaniques désertées à la tombée du jour. À la précarité de ces équipements répond l’imposante architecture des silos photographiés en noir et blanc par Philippe Calandre, et colorisés dans un second temps. Basculant par cette opération dans une picturalité savamment orchestrée, ces vaisseaux fantômes orgueilleusement posés en pleine zone rurale, apparaissent comme d’étranges vestiges plus rêvés que réels. Emmanuelle Aureille-Bouaziz retourne à la source avec une série de photographies représentant l’intérieur d’un sous-bois, dans lequel la nature omniprésente sature l’espace du cadre mais s’interrompt selon le bon vouloir de l’artiste qui oblitère l’image par des formes circulaires blanches, métaphores du néant ou zones vierges à aménager intellectuellement.
- Galerie Anne Barrault, 22 rue Saint-Claude, 75003 Paris, tél. 01 44 78 91 67, du 13 novembre au 12 janvier 2002.

Galerie Michèle Chomette

La galerie Michèle Chomette, qui possède un important fonds d’œuvres historiques, s’attache également à défendre la création actuelle en présentant des artistes comme Jacqueline Salmon, Mikael Levin ou encore Éric Rondepierre auquel est consacrée en ce moment une exposition personnelle. À travers ses Précis de décomposition, ce dernier avait envisagé le cinéma et sa pellicule comme un vaste monde propre à une exploration minutieuse, habité par sa propre destruction. Aujourd’hui, intitulée Suites, sa nouvelle série de quatorze photographies arrête une fois de plus le défilement du film pour cadrer au plus près deux photogrammes successifs. Visage coupé, ou série de portraits isolés dans une foule, les deux images accolées en forment une troisième, mutante. Dans celle-ci, le film prend l’épaisseur de son temps. Que se passe-t-il d’un vingt-quatrième de seconde à l’autre : tout (un changement de plan), ou pas grand-chose (un simple mouvement). Sans souci de fournir une typologie de ces écarts, Éric Rondepierre reste avant tout attentif à cette “sorte de montage” qui se joue pourtant dans une seule et même vision. En ramenant de la Cinémathèque de Lausanne ces “entre-images” habituellement invisibles dans le flot de la projection, il livre au spectateur des instants jusque-là inédits.
- Galerie Michèle Chomette, 24 rue Beaubourg, 75003 Paris, tél. 01 42 78 05 62, jusqu’au 1er décembre.

Galerie Polaris

Spécialisée depuis plusieurs années dans le domaine de la photographie contemporaine, la galerie Polaris présente actuellement une exposition d’Anthony Hernandez. Le photographe, qui s’était intéressé, dans ses précédents travaux, aux lieux occupés par les sans-abris, dresse un nouveau portrait de l’Amérique en présentant des clichés réalisés dans un hôtel particulier, abandonné, de Los Angeles. Des dessins figurant des jeunes garçons nus sont griffonnés sur les murs de cette demeure ayant appartenu à un médecin, dans laquelle l’artiste a par ailleurs retrouvé des carnets de notes au contenu assez ambigu. Le photographe, qui ne porte aucun jugement moralisateur, laisse la réalité se perdre dans la fiction. À l’heure où la photographie occupe le devant de la scène artistique, Bernard Utudjian, le directeur de la galerie, a choisi paradoxalement d’ouvrir, depuis peu, son lieu à d’autres médiums comme la peinture avec Yvan Le Bozec, ou le dessin avec Laure Tixier. Des toiles récentes de Simon Willems, jeune peintre anglais fraîchement sorti du Royal College of Art, sont d’ailleurs présentées en même temps que les photographies d’Anthony Hernandez. Les tableaux de cet artiste qui semblent s’inscrire dans la plus pure tradition de la peinture victorienne, traitent sous des atours élégants de sujets anecdotiques et triviaux.
- Galerie Polaris, 8 rue Saint-Claude, 75003 Paris, tél. 01 42 72 21 27, du 10 novembre au 12 janvier 2002.

Galerie Baudoin Lebon

Si la galerie Baudoin Lebon, qui fête actuellement ses vingt-trois années d’existence, a été l’une des premières à s’intéresser à la photographie, elle n’en demeure pas pour autant fermée aux autres pratiques artistiques, représentant des sculpteurs comme Vladimir Skoda et Yann Kersalé. Parmi les photographes qui ont fait sa renommée, on pense notamment à Robert Mapplethorpe ou à Joel-Peter Witkin. Présente à Paris Photo avec un stand consacré aux visions panoramiques d’artistes des XIXe et XXe siècles, la galerie propose simultanément dans son espace du Marais deux expositions personnelles. Patrick Bailly-Maître-Grand, dans une de ses dernières séries encore jamais montrée en France, réalise des tirages classiques à partir d’un procédé original. Intitulé “Astéroïdes”, l’ensemble se compose d’empreintes de CD, dont la surface sérigraphiée a été inscrite dans une résine transparente, placée ensuite sous la lampe d’un agrandisseur. L’opération confère au produit d’origine un volume et un aspect érodé qui lui font perdre sa modernité lisse et impersonnelle. Figure céleste ou vestige guerrier d’une civilisation oubliée, l’objet non identifié arbore néanmoins quelques stigmates éloquentes : Sgt. Pepper, La Symphonie héroïque ou Lucy in the Sky with Diamonds. Jean-Baptiste Audat-Touré présente quant à lui deux projets réalisés en Afrique à partir d’un programme préétabli très précis : l’artiste demande à des écrivains publics de Bamako d’écrire une lettre comportant toutes les recommandations que l’on peut faire à un étranger venu de Marseille. Il se rend ensuite chez différents photographes professionnels qui mettent en image ces écrits en lui faisant adopter des postures variées.
- Galerie Baudoin Lebon, 38 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 75004 Paris, tél. 01 42 72 09 10, jusqu’au 8 décembre.

Galerie Françoise Paviot

Charles Nègre, Eugène Atget, Man Ray, Brassaï, Cartier-Bresson, Doisneau, mais aussi Nancy Wilson Pajic, et Anna Bernhard Blume sont quelques-uns des photographes représentés par la galerie Françoise Paviot qui soutient, depuis 1977, aussi bien la photographie ancienne et moderne que contemporaine. Présente à Paris Photo avec “Small is beautiful”, une exposition qui regroupe un ensemble de petits tirages, la galerie consacre son espace de la rue Sainte-Anne à Marcel Bovis, photographe qui a participé au groupe Rectangle et a été membre du groupe des XV. Ses séries sur Paris le jour et surtout celles de Paris la nuit, réalisées dès 1927, offrent une vision mystérieuse de la capitale avec un rendu des lumières qui donne aux paysages des accents irréels. Autre chantre de Paris, Georges Dudognon, récemment disparu, sera également mis à l’honneur, prochainement, sur les cimaises de la galerie avec une exposition qui doit réunir une quarantaine d’originaux datant de la période de l’immédiate après-guerre. Photographe, entre autres, du mythique Saint-Germain-des-Prés de cette époque, il a su saisir l’atmosphère bouillonnante qui y régnait, rencontrant ses principaux protagonistes : Boris Vian, Juliette Gréco, Jean-Paul Sartre...
- Galerie Françoise Paviot, 57 rue Sainte-Anne, 75002 Paris, tél. 01 42 60 10 01, exposition “Marcel Bovis”, jusqu’au 18 novembre ; exposition “Georges Dudognon”, jusqu’au 26 janvier 2002.

Galerie Agathe Gaillard

Première galeriste à avoir ouvert à Paris un espace exclusivement consacré à la photographie, Agathe Gaillard continue de promouvoir cette discipline depuis plus de vingt-cinq ans. Représentant principalement des photographes contemporains, elle prône la diversité des approches, refusant d’abriter un style ou une école. “Lorsque j’ai commencé, il était nécessaire de montrer la richesse de ce médium. Ce qui semble acquis aujourd’hui et que personne ne conteste était loin de l’être dans les années 1970”, précise-t-elle. L’exposition actuellement présentée à la galerie permet de redécouvrir l’œuvre de Madame Yevonde, photographe anglaise disparue en 1975. Très active au début des années 1930, elle réalise de nombreux portraits en noir et blanc qui font son succès, avant d’expérimenter un nouveau procédé de photographie en couleur Vivex, qui lui ouvre d’autres horizons. Elle présente en 1932 la première exposition de photographies en couleur en Angleterre, et devient l’artiste en vogue dans la haute société londonienne. Parmi les différentes séries réalisées, on remarquera celle intitulée Goddesses, qui présente de belles femmes costumées en déesses gréco-romaines. L’usage de la couleur, l’humour, et la liberté de ton confèrent à cette démarche une modernité qui pourrait bien trouver sa place entre les scènes allégoriques de Julia Margaret Cameron et les portraits kitsch de Pierre et Gilles.
- Galerie Agathe Gaillard, 3 rue du Pont-Louis-Philippe, 75004 Paris, tél. 01 42 77 38 24, jusqu’au 24 décembre.

« Photographie en Galeries »

« Photographie en Galeries » est une initiative, qui réunit, parallèlement à Paris Photo, une quinzaine de galeries parisiennes qui ont choisi de présenter du 13 au 17 novembre de la photographie dans leurs murs. Une nocturne est par ailleurs organisée le samedi 17 novembre jusqu’à 22 heures. Internet : www.photoengalerie.free.fr L’agence ArtProcess organise à cette occasion une visite guidée à travers ces galeries (Inscription au 01 47 00 90 85).
- Agence ArtProcess, 52 rue Sedaine, 75011 Paris
- Galerie Anne Barrault, 22 rue Saint-Claude, 75003 Paris
- Galerie Michèle Chomette, 24 rue Beaubourg, 75003 Paris
- Galerie Patricia Dorfmann, 61 rue de la Verrerie, 75004 Paris
- Galerie Les filles du calvaire, 17 rue des Filles-du-Calvaire, 75003 Paris
- Galerie de France, 54 rue de la Verrerie, 75004 Paris
- Yves Hoffmann Gallery, 80 rue de Turenne, 75003 Paris
- Bernard Jordan, 5 rue Chapon, 75003 Paris
- Galerie Polaris, 8 rue Saint-Claude, 75003 Paris
- Galerie Michel Rein, 42 rue de Turenne, 75003 Paris
- Galerie Thaddaeus Ropac, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris
- Galerie Claude Samuel, 69 avenue Daumesnil, 75012 Paris
- Galerie Anton Weller, 57 rue de Bretagne, 75003 Paris
- Galerie Zürcher, 56 rue Chapon, 75003 Paris

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°136 du 9 novembre 2001, avec le titre suivant : « Photographie en galeries » anime la capitale

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