Philippe Guimiot

Portraits de quatre marchands d’art africain, océanien et précolombien

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 4 avril 2003

Le parcours de Philippe Guimiot est celui d’un aventurier doté d’un œil aiguisé et d’un caractère parfois rugueux que l’intéressé ne désavoue pas : “Je suis un loup solitaire et tout le monde sait que je peux être abrupt. J’ai une volonté de rigueur qui ne plaît pas toujours.” Après avoir rejoint les maquis de la résistance, travaillé chez un avoué, le jeune homme en quête d’évasion répond en 1958 à une annonce pour un poste d’administrateur des mines d’uranium au Gabon. Très vite après son arrivée, le médecin Jean-Claude Andrault l’initie à l’art africain. À cette époque, le marché de l’art africain autorisait encore de nombreuses découvertes. Les objets sortis avant les années 1950 ne représentaient que le tiers des objets connus aujourd’hui dans les collections. Les deux autres tiers ont émergé durant les trente années suivantes. “Lorsque j’ai commencé à collectionner, il n’existait guère que quatre livres sur l’art africain. En 1966, la Reine dansante Bangwa, que possédait Helena Rubinstein, réalise 30 000 dollars en vente publique. En 1991, cet objet s’est revendu 3,5 millions de dollars. En quarante ans, il y a eu un monde d’évolution “, commente le marchand. En 1963, l’amateur quitte ses fonctions pour collecter des sculptures tribales. Il s’engage dans de grandes expéditions, puis ouvre une galerie en 1966 au Cameroun. Grâce aux rabatteurs locaux, il récupère des objets auprès de populations qu’un Occidental peu connaisseur des protocoles n’aurait su convaincre. Des milliers d’objets anciens du Cameroun et du Nigeria lui sont passés entre les mains. “Lorsque les faux ont commencé à apparaître, j’avais vu tellement d’objets authentiques que je pouvais difficilement me laisser abuser.” Il noue en 1968 une association fructueuse avec Jacques Kerchache. Quatre ans plus tard, il quitte l’Afrique pour ouvrir une galerie à Bruxelles. “Quand j’ai l’impression qu’une aventure prend fin, je ne veux pas m’appesantir. J’avais fini par avoir l’impression de m’endormir sur des choses connues, explique-t-il. Il était temps que je passe de l’autre côté de la scène et que je repense l’art africain avec la distance de l’Europe. J’ai alors choisi Bruxelles plutôt que Paris, car mon installation était financièrement moins onéreuse, mais aussi parce que les Belges sont plus courtois et ouverts.” Le marchand s’est forgé en trente ans une solide réputation auprès des musées, notamment américains. Les institutions françaises, qui renâclent habituellement à toute proximité avec le monde marchand, lui confient en 1995 l’expertise de la collection nigériane Barbier-Mueller en vue de son achat par l’État. Le caractère de prime abord un brin calleux de Philippe Guimiot s’estompe dès qu’il parle des objets : “Les Africains nous apportent le témoignage vivant de quarante millénaires oubliés. L’objet d’art africain n’est pas inventé par la fantaisie du sculpteur, qui n’est qu’au service d’une tradition. Chaque ethnie définit son propre style, conforme à l’image qu’elle se fait d’elle-même. La tribu crée des images qui doivent être régulièrement reproduites, mais tous les artistes n’ont pas le même don d’interprétation. Ces images sont généralement répétitives. Seuls les objets qui transcendent l’imagerie tribale vous nourrissent tous les jours.” Depuis 1979, le marchand a d’ailleurs choisi de concentrer ses activités sur des pièces exceptionnelles, “celles qui vous apportent leur poids d’intelligence”.

GALERIE Philippe Guimiot, avenue Lloyd George 16, Bruxelles, tél. 32 2 640 69 48

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°168 du 4 avril 2003, avec le titre suivant : Philippe Guimiot

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