Mercredi 17 octobre 2018

Arts à l'école

Péril en la demeure

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 12 mai 2006 - 760 mots

Le manque de moyens et l’absence de volonté politique continuent à torpiller
les rares initiatives encore existantes en faveur des arts à l’école.

 PARIS - Signe des temps : le 4 mai, alors que le rectorat de l’académie de Créteil (Seine-et-Marne) organisait à Dammarie-lès-Lys la cinquième édition d’« Art ExPRO », une exposition de travaux d’élèves de lycées d’enseignement professionnel (LEP) du département réalisés dans le cadre des classes à projet artistique et culturel (PAC), le recteur d’académie ne daigna pas se déplacer. Si soixante-quinze LEP y avaient participé l’an dernier, seule une trentaine étaient présents cette année, le différentiel s’expliquant par l’abandon par le ministère de l’Éducation nationale des classes à PAC et le renoncement concomitant des établissements.
Inventé conjointement par les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture (respectivement Jack Lang et Catherine Tasca) en décembre 2000, ce dispositif permettait d’associer une classe entière à un projet mené par un artiste ou un professionnel de la culture, dans le cadre des programmes scolaires. Contrairement aux autres dispositifs existants (ateliers, option « histoire des arts »), qui ne concernent qu’un public d’élèves volontaires, celui-ci permettait de faire bénéficier tous les enfants scolarisés d’une sensibilisation à la culture. Alors qu’une classe à PAC ne coûte en moyenne que 610 euros, le nouveau ministre, François Fillon, conseillait dès 2004 aux établissements de s’orienter vers d’autres projets.

Plan non financé
Malgré l’avalanche de textes et la cascade de déclarations de bonnes intentions, les dispositifs en faveur de l’accès à la culture et des arts à l’école sont en effet en mauvaise santé. Car si l’école s’est incontestablement ouverte aux arts et à la culture – envisagés comme un facteur d’identité et de construction de l’autonomie des individus –, l’absence de continuité des politiques ministérielles a toujours empêché la mise en œuvre d’une ligne d’action claire et efficace. En janvier 2005, les ministres de l’Éducation nationale et de la Culture et de la Communication, respectivement François Fillon et Renaud Donnedieu de Vabres, signaient ensemble un plan de relance de l’éducation artistique et culturelle, dépourvu de mesures concrètes et de financements (lire le JdA no 208, 4 février 2005, p. 3). Dans la foulée, une circulaire visant l’inscription dans chaque projet d’établissement d’un volet d’éducation artistique et culturelle – tous les lycées devaient être dotés d’une option artistique – est restée sans effets. S’en est suivie l’installation du Haut Conseil de l’éducation artistique en novembre 2005 au cours d’une cérémonie où l’on a entendu ses propres membres murmurer que cet organisme consultatif serait purement et simplement inutile (!).

Propositions bancaires
Dernière nouveauté prévue à la rentrée scolaire 2006 : des « collèges ambition réussite » dotés d’une « forte ambition culturelle »… mais dont le volet culturel n’aura pas été discuté faute de temps. « Il y a un double manque de volonté politique, déplore Marie Lavin, déléguée à l’éducation artistique et culturelle de l’académie (DAAC) de Créteil. De la part du ministre mais aussi des recteurs. Car si ceux-ci font leurs propres choix, ces derniers sont trop souvent dictés par les orientations du ministère. » Chargée de piloter les différents projets dans son académie, Marie Lavin a ainsi vu son budget se réduire comme peau de chagrin au fil des années. En 2001, quand la mission a été créée au sein du rectorat, elle pouvait ainsi compter sur une enveloppe annuelle de 816 000 euros. Pour 2006, aucun crédit n’avait été programmé et c’est à force de pugnacité que 80 000 euros ont été débloqués. « L’an prochain, les établissements devront être autonomes financièrement. Le rectorat se contentera donc de jouer un rôle d’expertise et de conseil. Mais comment imposer des choix ou un label lorsque l’on n’est pas financeur ? », s’interroge Marie Lavin. Alors que les DAAC travaillent en collaboration avec les directions des Affaires culturelles (DRAC) pour la validation des projets, des proviseurs avouent déjà être sollicités par des officines leur proposant des activités plus ou moins sérieuses. « On voit aussi se multiplier les initiatives de la part de banques qui se proposent de parrainer des projets culturels dans des établissements de banlieue, renchérit Marie Lavin. Mais est-il bon de faire entrer l’entreprise au sein de l’école ? Le service public ne doit-il pas, au contraire, garder la main sur l’enseignement ? » Pour l’heure, les rectorats de la région parisienne ont reçu une consigne ferme en matière culturelle : envoyer en masse les scolaires visiter l’exposition « La force de l’art ». Pour gonfler les statistiques de fréquentation de cette exposition initiée par une volonté politique ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°237 du 12 mai 2006, avec le titre suivant : Péril en la demeure

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