Lundi 10 décembre 2018

Patrick Bongers : « Le marché est compliqué »

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 13 mars 2013 - 799 mots

Patrick Bongers, l’ex-président du Comité professionnel des galeries d’art, porte un regard ambivalent sur la situation des galeries en France.

Petit-fils de Louis Carré qui a créé la galerie du même nom en 1938, Patrick Bongers est depuis 1978 le directeur de la galerie Louis Carré & Cie, toujours sise à la même adresse, dans le 8e arrondissement à Paris. Il a été secrétaire général du Cofiac (Comité d’organisation de la Foire internationale d’art contemporain) de 1996 à 2002 puis président du Comité professionnel des galeries d’art de 2005 à 2011. Il n’est pas présent à Art Paris Art Fair.

Henri-François Debailleux : Comment les galeries vont-elles aujourd’hui ?
Patrick Bongers : D’après ce qu’on lit dans la presse, le marché de l’art se porte bien et tout est extrêmement positif dans les ventes publiques, pour lesquelles on enregistre de nouveaux records à chaque session. Je crois cependant que la réalité est un peu différente. Ma galerie n’est pas vraiment représentative de ce qui se passe puisqu’elle s’inscrit dans la dynamique du marché qui fonctionne bien. Elle est en effet, pour une part de ses activités, positionnée dans un registre patrimonial et historique – nous recevons plus de demandes que nous n’avons de possibilités d’offres : tout le monde cherche des œuvres importantes « qualité musée ». Pour ce qui concerne notre activité avec les artistes contemporains, nous avons la chance de représenter des artistes qui sont déjà dans l’histoire de l’art et qui aujourd’hui rentrent dans l’histoire du marché ; je pense notamment à Eduardo Arroyo, François Boisrond, Hervé Di Rosa, Erró, Hervé Télémaque, pour ne citer qu’eux… Pour ces artistes, on a pu voir, lors de la vente chez Versailles Enchères en décembre dernier, des prix records, résultats d’un vrai marché d’enchères avec de vraies batailles d’acheteurs.

H-F.D. : Qu’en est-il alors pour l’art plus contemporain ? 
P.G. : Ma vie de collectionneur (je me passionne pour ce qui se passe dans la création contemporaine) me laisse penser que les choses sont un peu plus compliquées. Le problème qui se pose pour les galeries d’art contemporain, celles de la scène émergente, ce sont les foires, les foires et encore les foires. Il faut bien se rendre à l’évidence que les collectionneurs se déplacent de moins en moins, pour ne pas dire plus, dans les galeries. Or, si celles-ci ne font pas les foires, elles n’ont plus de visibilité. Lorsqu’on connaît le coût de participation aux foires, que reste-t-il lorsqu’on a payé les frais ? Comment alors financer l’activité de la galerie et la constitution des stocks ? J’imagine que cela doit être très compliqué à gérer.

H-F.D. : En même temps, on voit peu de galeries fermer leurs portes…

P.G. : Oui, parce que ces galeristes émergents sont de grands professionnels. Après trente ans d’activité à la galerie Louis Carré & Cie, j’ai encore beaucoup à apprendre de ces jeunes.
Je pense qu’aujourd’hui il n’y a plus de place pour les amateurs. Il ne faut pas penser qu’avec un marché que la presse présente comme dynamique, on peut ouvrir une galerie et s’occuper du jour au lendemain d’art contemporain. Le paysage s’est transformé, il se compose de personnes qui gèrent aujourd’hui leur galerie comme des PME et qui, grâce à leurs compétences, sauront surmonter les problèmes liés à la crise.

H-F.D. : On ne peut toutefois pas généraliser, ce n’est pas le cas de toutes les galeries…
P.G. : En effet, mais les amateurs vont à un moment ou un autre disparaître. Le problème aujourd’hui vient du fait qu’avec la grande quantité d’informations qui circulent, le marché est pollué par des apprentis sorciers qui brouillent les cartes. On se retrouve ainsi face à des marchés qui sont manipulés et très dangereux pour la trilogie artiste-galeriste-collectionneur (que ce dernier soit privé ou public).

H-F.D. : Jusqu’à une certaine somme, de l’ordre de 15 000-20 000 euros, et ensuite au-delà de 100 000 euros, le marché ne semble pas se porter mal… 
P.G. : C’est logique car, d’un côté, il s’agit d’un marché qui est en devenir. Lorsqu’on achète à petit prix, les risques sont quasiment nuls, il y a donc un grand intérêt. De l’autre côté, dans les marchés plus élevés, on se retrouve sur des valeurs reconnues et les risques sont limités puisqu’on est dans un registre patrimonial qui a déjà fait ses preuves.
Globalement le marché se porte bien, et je suis sûr que cela ne changera pas, mais il est compliqué. En discutant avec mes jeunes confrères, j’ai le sentiment que les situations sont très tendues et les trésoreries, délicates. J’ai toutefois une grande confiance car, comme je vous l’ai déjà dit, les galeries auxquelles je fais référence sont de grands professionnels.
Quand on voit le contexte économique actuel, nous sommes mal placés pour nous plaindre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°387 du 15 mars 2013, avec le titre suivant : Patrick Bongers : « Le marché est compliqué »

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