Dimanche 8 décembre 2019

Parures antiques à la mode

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 6 septembre 2011 - 774 mots

Très appréciés quand ils peuvent être portés, les bijoux de l’Antiquité s’imposent en pièces uniques, à des prix qui restent attractifs.

Les bijoux ont une place à part dans le marché des antiquités. Ils sont, dans une moindre mesure, collectionnés comme objets de vitrine. Lorsque c’est le cas, la démarche est à la fois esthétique et documentaire. Mais boucles d’oreilles, bagues, colliers et bracelets des temps anciens sont surtout recherchés pour être portés comme ils l’étaient à leurs époques respectives. Rares sont les documents iconographiques de cette période illustrant des personnages parés de bijoux, comme les portraits peints du Fayoum, qui nous soient parvenus. « Le bijou antique témoigne d’une culture. Il est chargé d’histoire et il est unique. Il reste une pièce bon marché par rapport au bijou moderne », rapporte Didier Wormser, de la galerie parisienne L’Étoile d’Ishtar.

Pour une bague romaine à intaille, par exemple, les premières affaires commencent à partir de quelques centaines d’euros. Un très large choix de bijoux antiques portables s’offre pour quelques milliers d’euros de budget. L’état de conservation et la finesse d’exécution expliquent les écarts de valeur. Quelques rares pièces excèdent la dizaine de milliers d’euros. C’est le cas des bagues égyptiennes en or à chaton tournant gravé d’une inscription hiéroglyphique. Elles ont généralement appartenu à des dignitaires ou des proches de pharaons et ont valeur de sceau. Un bel exemplaire en or datant du Nouvel Empire vaudrait près de 100 000 euros. Les prix des bijoux antiques sont relativement stables. 

Vente annuelle très prisée
Dans cette spécialité, la maison de ventes Christie’s consacre une vente annuelle, très prisée des amateurs, à New York un peu avant Noël – apparemment une période propice pour le commerce de bijoux quelle que soit l’époque. Le 2 décembre 2010 à Paris, à Drouot, les prix ont flambé pour un ensemble réuni par un collectionneur de glyptique. Durant cette vente, un scarabée grec archaïque (Ve siècle avant J.-C.) en cornaline rouge, gravé d’un hoplite accroupi, monté en bague et estimé au mieux 2 500 euros, est parti à 9 200 euros. « Cette vente était celle d’une vieille collection française. Les bijoux avaient conservé des petites étiquettes manuscrites. À qualité d’objets égale, une belle provenance fait toujours la différence », explique Antoine Tarantino, l’expert parisien de la vacation. Les bijoux antiques, c’est chic, mais pour qu’ils soient portables, il faut avant tout qu’ils soient solides. « Les bagues romaines en or creux avec intaille se vendent mal, car elles sont trop fragiles », admet l’expert en archéologie Christophe Kunicki.

Spécialiste en bijoux anciens, Fabian de Montjoye reconnaît que nombre de ses clients font le choix pratique de la monture moderne, qui a de surcroît le mérite d’être moins coûteuse. Ce galeriste parisien précise : « À intaille égale, une monture antique simple en or, en bon état et portable, vaut 3 000 euros de plus. Pour une monture complexe en or ajourée, soit un travail opus interrasile, cela peut grimper jusqu’à 20 000 euros ». L’inconvénient de la monture antique est qu’il faut être patient pour trouver un anneau de la taille de son tour de doigt. Alors qu’une monture moderne peut se réduire ou s’élargir au besoin. Quelques amateurs, hommes ou femmes, contournent la difficulté en s’offrant une bague antique avec un anneau d’origine qui puisse aller au moins à l’un des cinq doigts de la main. 

Allure moderne
Beaucoup de pièces antiques, aussi anciennes soient-elles, ont l’allure de parures modernes, ce qui ajoute à leur charme et les rend d’autant plus désirables. Dans le genre, l’antiquaire parisien David Ghezelbash a récemment vendu un bracelet hellénistique (Ier siècle avant J.-C.- Ier siècle après J.-C.) en or plein et en excellent état, représentant un serpent au corps enroulé, qu’il aurait pu céder à plusieurs reprises. Dans les colliers, les chaînes en or à maillons tressés connaissent un certain succès, notamment pour y suspendre un pendentif, de préférence antique lui aussi. Les colliers de pierres précieuses et semi-précieuses sont également très appréciés, à l’instar d’un joli modèle de Bactriane de la fin du IIIe-début du IIe siècle avant J.-C. en lapis-lazuli, cornaline et or, adjugé 8 750 dollars (6 600 euros), le 9 décembre 2010 à New York, chez Christie’s. Soit une pièce unique, distinguée et emprunte d’histoire, qui ne manquera pas son effet au cou d’une dame. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°352 du 9 septembre 2011, avec le titre suivant : Parures antiques à la mode

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