Lundi 10 décembre 2018

Paris Photo au plus haut

Les collections d’entreprise sortent de leurs murs

Par Emmanuel Fessy · Le Journal des Arts

Le 1 décembre 2000 - 605 mots

Des marchands qui affichent leur satisfaction, des visiteurs toujours plus nombreux – 38 000 –, la quatrième
édition de Paris Photo (16-19 novembre au Carrousel du Louvre) a confirmé le succès de la jeune manifestation.
Cette reconnaissance invite le Salon à s’engager encore plus dans le monde de la photographie, en favorisant par exemple une meilleure connaissance mutuelle des collections d’entreprise.

PARIS - Où peut-on croiser le soir d’un vernissage des “VIP” comme Lee Radziwill (sœur de Jackie Kennedy), des collectionneurs réputés tels Manfred Heiting, Michael Wilson, Roger Thérond mêlés à une foule d’étudiants et de jeunes amateurs d’art en herbe, français et étrangers ? À Paris Photo. C’est l’un des grands succès du Salon d’associer, autour de l’un des médias les plus populaires du XXe siècle, les générations, les acheteurs d’aujourd’hui et de demain. Ce brassage crée une atmosphère, un dynamisme qu’on rencontre rarement dans d’autres foires. Ouvert dans l’embellie qui saisit à nouveau le marché de l’art, le salon s’est clos dans l’euphorie. La grande majorité des 95 galeries – dont 27 nouveaux exposants, comme le grand spécialiste américain du XIXe, Hans Kraus – ne masquait pas sa satisfaction d’avoir vendu nombre d’œuvres, à des prix souvent étourdissants, allant de 1 000 à 100 000 dollars. L’exposition non commerciale était consacrée cette année à cinq collections d’entreprise (Caisse des dépôts, Cartier, CCF, NSM-Vie, Première Heure), tandis qu’une journée de discussion a réuni pour la première fois une vingtaine de responsables de collections ou d’entreprises. Lors d’un groupe de travail, puis d’une table ronde ouverte aux professionnels de l’art, Français, Allemands, Belges, Néerlandais, Américains... ont échangé leurs expériences. Comment créer la collection, comment faire appel à un spécialiste lorsque celle-ci grandit, faut-il passer des commandes à des artistes et dans quelles conditions, comment impliquer les salariés, quel avenir à long terme pour la collection... ? Autant de sujets débattus et d’expériences échangées, telle la mise en place d’un site intranet, ou d’écrans de veille, d’un couloir des “refusés”... Les discussions, menées en partenariat avec le JdA qui en rendra compte dans un prochain numéro, vont se poursuivre. Rik Gadella va consacrer Paris Photo 2001 (15-19 novembre) aux collections d’entreprises étrangères (exposition et colloque). De son côté, la section Art Statements, ouverte aux artistes de moins de quarante ans, réunira l’an prochain des Allemands.

Photographes victimes ?

Le stand des Archives du New York Times a suscité des discussions, voire une polémique. Le prestigieux quotidien américain y vendait des tirages d’époque, des images phares de l’actualité, comme l’assassinat de Lee Harvey Oswald, tueur présumé de John Kennedy. Le NYT se sépare de ses archives – à des prix allant de 1 300 à 17 500 dollars – pour financer leur numérisation. Ses représentants affirmaient que le quotidien est bien propriétaire des tirages mis en vente, en retournant les cadres et en montrant la succession de tampons prouvant au fil des ans l’utilisation des images par le journal. Des photographes, et pas des moindre comme Henri Cartier-Bresson ou Elliott Erwitt, contestent cette version. Ils estiment n’avoir cédé au NYT qu’un droit de reproduction pour une utilisation précise et jamais le tirage en tant que tel. L’affaire va sans doute connaître des suites, puisque d’autres magazines ont déjà procédé de la sorte, mais plus discrètement par le biais de marchands, et que d’autres envisagent de le faire, incités par l’inflation des prix des “vintage”?. Les photographes seront-ils victimes de l’embellie du marché ? En partenariat avec le JdA, le Centre Pompidou organise un débat le jeudi 7 décembre à 19h30 intitulé “Le photographe, l’agence, le droit d’auteur”? (Petite salle, entrée libre). Doivent intervenir photographes, représentants d’agence et juristes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°116 du 1 décembre 2000, avec le titre suivant : Paris Photo au plus haut

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