Vendredi 19 octobre 2018

Paragone

Le Journal des Arts

Le 17 novembre 2000 - 349 mots

A la Renaissance, un débat virulent était né sur la hiérarchie des arts, une comparaison baptisée Paragone, à laquelle Léonard, avant Vasari, avait apporté une contribution décisive. À l’ascendant exercé par la peinture sur les autres arts depuis cette époque, s’est substitué au XXe siècle l’empire du cinéma, dont les images ont nourri l’imaginaire collectif, y compris celui des plasticiens. Toutefois, plus qu’à une hégémonie à sens unique, on a affaire à une circulation des signes et des pratiques, que plusieurs expositions mettent en lumière.

D’une nouvelle adaptation d’un texte littéraire, les cinéastes en sont venus à la réinterprétation de films passés, signe manifeste de l’autonomisation de l’objet filmique. Puis de nombreux artistes se sont à leur tour réapproprié ce matériau, à travers la vidéo. Ils ont ainsi tourné des reprises de films, non pas pour proposer leur version contemporaine d’une fiction, mais pour mettre en évidence les influences croisées des scénarios, des images et des sons sur les spectateurs, tant sur le terrain du conscient que de l’inconscient.

Riche de son histoire centenaire, le cinéma constitue par ailleurs un fabuleux réservoir d’images, de séquences, offertes à toutes les récupérations et détournements. À travers les œuvres de près de 70 cinéastes, vidéastes ou musiciens, “Monter/Sampler” au Centre Pompidou montre le rôle du montage numérique dans le développement de ces pratiques, qui remettent en cause la notion d’auteur. Il lui revient de créer des relations entre les sons et les images et non plus de les produire. Retournant tous ces postulats, les commissaires de l’exposition “Hitchcock et l’art” proposent une lecture toute personnelle de l’œuvre de sir Alfred, figure emblématique de la politique des auteurs, et entendent mettre en évidence l’influence de la culture symboliste, mais aussi du Surréalisme, dans ses conceptions esthétiques et morales. Autant de correspondances avec la peinture ou la sculpture, qui rappellent la perméabilité des cinéastes aux mythes et aux arts de leur temps.  Toutes ces manifestations ambitieuses posent de nouveau la question de la place du cinéma au musée. Alors que Paris tergiverse, Turin installe le 7e art dans un monument emblématique de la ville.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°115 du 17 novembre 2000, avec le titre suivant : Paragone

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