Ouverture du marché : Sotheby’s prend la main

Par Emmanuel Fessy · Le Journal des Arts

Le 11 août 2008

Le ton monte entre Sotheby’s, l’étude Poulain-Le Fur et Drouot, après l’accord conclu entre les premiers pour organiser des ventes publiques. La guerre des communiqués va-t-elle conduire à des procès ?

PARIS. L’entrée en vigueur de la réforme des ventes publiques françaises est reportée au troisième millénaire, la commission des lois de l’Assemblée nationale affirmant désormais que celle-ci ne pourrait pas examiner le projet de loi avant l’été. Face à cet attentisme, alors que des investissements dans des locaux tournant à vide depuis un an commencent à peser lourd et qu’un vendeur lui a confié depuis dix-huit mois la dispersion d’un château, Sotheby’s France n’avait qu’une alternative pour passer à l’offensive. Soit faire un coup d’éclat et risquer de passer pour l’agresseur en organisant directement une vente, et, en cas de procédure, demander la constatation par la justice de la contradiction des règles françaises aux traités. Soit agir plus subtilement et semer la discorde chez les commissaires-priseurs en se rapprochant de l’un d’entre eux. La société américaine a choisi la seconde attitude et élu l’étude Poulain-Le Fur. Hervé Poulain fait partie des francs-tireurs de la profession qui, il y a près de vingt ans, avaient mis en cause l’unicité du lieu de vente et, avec son associé Rémy Le Fur (membre de la Chambre de discipline), s’installera au Palais des Congrès à la fin de cette année sous le nom d’Expertie’s. Là aussi, les investissements doivent être rentabilisés. L’étude dispersera donc, du 2 au 6 juin, le contenu du château de Groussay, estimé 100 millions de francs, un record pour le marché hexagonal. Dans un communiqué ne mentionnant pas le nom de l’étude mais seulement celui de Sotheby’s, la Chambre nationale des commissaires-priseurs s’est fondée sur un arrêt de la Cour de cassation (lire l’analyse juridique page 29) pour “réaffirmer que ne peut être autorisée une vente faite en contravention avec la loi française”. Elle soutient même que “cette vente risquerait d’être annulée”. Les “rebelles” considèrent que leur action est tout à fait légale puisqu’ils exerceront “la plénitude des devoirs et obligations de leur ministère avec Sotheby’s France comme prestataire de services”. Drouot, lui, a refusé à l’étude l’autorisation de tenir le marteau dans les locaux de Sotheby’s à Paris pour disperser, en mai, des livres modernes et l’importante collection de photographies d’André Jammes. Pour la Compagnie parisienne, Sotheby’s “contourne la loi” et les commissaires-priseurs “ne peuvent faire la courte échelle à tel ou tel concurrent”. Sûre de son bon droit, la société américaine a immédiatement répliqué qu’elle pourrait “contester l’obligation faite aux commissaires-priseurs parisiens de vendre à Drouot”, dont la Compagnie de Paris est propriétaire, ce qui pourrait constituer “une entente” illicite. Au lieu de la guerre de mouvement que l’on anticipait, le marché français va-t-il s’enliser dans les tranchées judiciaires ? Le législateur pourrait alors être tenté de temporiser en laissant à la justice le soin de faire place nette.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°76 du 5 février 1999, avec le titre suivant : Ouverture du marché : Sotheby’s prend la main

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