Vendredi 23 février 2018

Ortiz Echagüe numérisé

Première base de données pour un photographe espagnol

Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2009

José Ortiz Echagüe (1886-1980) est l’un des auteurs emblématiques de la photographie espagnole. La Fondation de l’Université de Navarre, à laquelle il a légué la quasi-totalité de son œuvre, a entrepris de numériser ses 28 000 négatifs et les 1 100 tirages conservés pour constituer une base de données. Cette activité précède une monographie Ortiz Echagüe qui circulera en Espagne et sera présentée au début de l’année prochaine à Paris.

MADRID (de notre correspondant) - C’est la première fois que l’on réalise en Espagne une base de données intégrant l’œuvre d’un photographe de l’importance de José Ortiz Echagüe. Celle utilisée, “Cumulus”, sert à emmagasiner les images et comporte aussi toutes les informations connues sur chacune. Dans certains cas, hélas, il n’y en a pas, ou bien elles se bornent à indiquer sommairement la date ou le lieu de la prise de vue. Cette carence devrait aller en s’amenuisant à l’avenir grâce aux études et aux re­cher­ches des spécialistes qui travaillent sur le legs, et à celles des chercheurs qui pourront accéder à la base de données.

Ceci n’était guère possible jusqu’à présent, car les négatifs en nitrate de cellulose sont un matériel trop fragile pour autoriser leur manipulation. Ils sont conservés à l’intérieur d’enveloppes au Ph neutre et maintenus à une température constante de - 27° C. “Nous avons voulu créer un accès aux négatifs, et le seul moyen d’accès passe par le digital”, explique Valentín Vallhonrat, l’un des deux conservateurs avec Rafael Levenfeld. Les 1 100 tirages originaux ont été restaurés. Ortiz Echagüe avait adopté le tirage au charbon, qui nécessitait de nombreuses retouches donnant aux œuvres l’aspect “pictorialiste” qu’il aimait. “Des tirages mo­dernes ne pourront jamais être identiques à ceux qu’a réalisés l’artiste”, précise Vallhonrat. C’est justement cette particularité qui a souvent provoqué les réticences d’historiens ou de critiques, qui considéraient l’œuvre comme l’exemple type d’une photographie dépassée. “Ortiz Echagüe a été fidèle à son style dès qu’il s’est lancé dans la photographie en 1903, et il a toujours tenté de le perfectionner. Il est vrai qu’il n’était pas un photographe d’avant-garde et qu’il ne l’a pas rejointe quand elle a débuté dans les an­nées vingt, bien qu’il l’ait connue”, re­con­naît Levenfeld.

Le conservateur dément encore le présumé ca­rac­tère franquiste de l’œuvre, une des critiques les plus courantes. “Le problème est qu’on ignore les dates. Mais l’œuvre d’Ortiz Echagüe peut difficilement être considérée comme une propagande du franquis­­me, puisque la majorité de ses images sont antérieures au régime”. Le travail documentaire d’Ortiz Echagüe a la particularité d’intéresser les disciplines les plus diverses. D’après Leven­feld, “non seulement les historiens de la photographie, mais aussi les ethnologues comme les gens du monde de la mode peuvent trouver de l’intérêt à l’étudier”.

Pilote, ingénieur, fondateur de la Casa (Socie­dad de Construc­ciones Aeronáuticas) et premier président de la compagnie automobile Seat, Ortiz Echagüe était une personnalité exceptionnelle. Une exposition de 140 tirages originaux débutera au Musée d’art de Catalogne le 23 juillet, puis sera présentée dans les îles Canaries à l’automne. Elle viendra à Paris en janvier 1999 à l’Hôtel Sully (Mission du patrimoine photographique), et ira ensuite au Musée Reina Sofía de Madrid.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°58 du 10 avril 1998, avec le titre suivant : Ortiz Echagüe numérisé

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