Dimanche 18 novembre 2018

Ode au cerisier du musée Gadagne

Par Adrien Goetz · L'ŒIL

Le 1 mars 2003 - 493 mots

Le musée d’Histoire de Lyon – installé dans l’hôtel Gadagne, chef-d’œuvre de l’architecture Renaissance –, va perdre son cerisier séculaire, mais au profit
d’une rénovation complète. Un chantier très attendu qui s’achèvera fin 2004.

Autrefois, au cœur du Vieux Lyon, au milieu du jardin secret le plus calme et le plus agréable de la ville, les amoureux se retrouvaient sous les branches du plus vieil arbre de la cité, le magique cerisier du musée Gadagne. Sans doute, ce vieil arbre n’avait-il pas été explicitement mentionné, lors du classement de l’ensemble du quartier sur les sacro-saintes listes du patrimoine mondial de l’humanité : les importants travaux de restauration et de réhabilitation de l’hôtel Gadagne qui sont en cours en ont décidé le sacrifice. Le double jardin intérieur redeviendra « Renaissance », grâce à des architectes-paysagistes contemporains qui sauront, comme il se doit, se garder de tout pastiche, réinventer « grotte de fraîcheur » et fontaine, et seuls quelques passéistes nostalgiques parleront encore du cerisier du musée Gadagne.
Le projet de réhabilitation, mené par Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques, est magnifique. Il s’est accompagné d’une campagne de fouilles archéologiques remarquable. Le bâtiment est sans conteste le plus beau de Lyon : construit à l’origine pour deux frères, d’où son caractère bicéphale, Nicolas et André de Pierrevive, il appartint à partir de 1545 à des banquiers venus de Florence, les Gadagne. On disait alors « riche comme Gadagne » et leur nom est illustre au point d’être cité par Rabelais et de figurer, dès 1597, avec Guillaume de Gadagne, dans l’armorial des chevaliers du Saint-Esprit parmi les plus grands seigneurs du royaume. Le résultat de cette « intégration » exemplaire, de ce syncrétisme franco-italien fut ce grand palais dans la ville, où Philibert Delorme lui-même a sans doute mis la main, avec sa tour à pans coupés, ses hautes fenêtres et ses salles de réception. On y installa en 1921 le musée d’Histoire de la ville, qui existait depuis 1852 et qui s’appliqua pendant près d’un siècle à rivaliser avec le musée Carnavalet. Le résultat est un chef-d’œuvre de charme et de poussière, intégrant de très intéressants décors intérieurs, des salles consacrées au compagnonnage et à la franc-maçonnerie, des éléments de mobilier Empire évoquant l’âge d’or de la soie.
En hommage à Laurent Mourguet, le génial inventeur de Guignol, on y présente une collection unique de marionnettes du monde entier, à tringle ou à tige, à gaine ou à fils, de l’Inde à la Sicile, du Cambodge à Fourvière. Souhaitons que la restauration intérieure du musée parvienne à en sauver l’âme.
Il présentera plus de cent mille objets et, annonce la municipalité, un « centre de réflexion sur la ville ». Pourvu que la réouverture, prévue l’an prochain, ne nous fasse pas regretter le temps des cerises qui ne reviendra plus. On vous en reparlera.

LYON, musée Gadagne, 1 place du Petit Collège, Ve, tél. 04 78 42 03 61 (renseignement et visite).

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°545 du 1 mars 2003, avec le titre suivant : Ode au cerisier du musée Gadagne

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