Mercredi 12 décembre 2018

Art et communication

My kingdom for a train

Le Journal des Arts

Le 4 juillet 1997 - 358 mots

Réviser ses cours d’histoire n’est jamais une mauvaise chose.

La SNCF nous en donne l’occasion à travers une campagne clin d’œil pour nous convaincre des avantages de l’Eurostar. Imaginez ce "brave" Empereur Napoléon 1er, lui qui a toujours rêvé de conquérir, sans succès, la Grande-Bretagne, quelle épine du pied ce moyen de transport ultra-moderne lui aurait enlevée et combien sa vie en aurait été facilitée ! Ce trait d’humour n’a pas échappé à l’agence Young & Rubicam, signataire de cette annonce. En effet, le train Eurostar arrive à la gare de Waterloo à Londres. Or, vanter les mérites d’un train n’est pas forcément ce qu’il y a de plus rigolo. Mais à l’agence, on aime bien s’exprimer avec un maximum de "finesse", même et d’autant plus sur des thèmes qui ne sont pas, a priori, très drôles. "Le publicitaire se doit d’être respectueux des lecteurs qui, comme tout consommateur, n’apprécie pas d’emblée la publicité. Être spirituel permet d’espérer être vu sans trop déranger les gens", explique Bruno Le Moult, directeur de création. Il est évident que si le sieur Napoléon avait pu faire treize allers-retours par jour entre Waterloo et la France, la donne historique aurait été considérablement changée et le sort de beaucoup d’individus, dont celui du principal intéressé, également. Une façon amusante et intéressante de faire passer le message publicitaire... En outre, l’annonce s’adressant à une cible de décideurs, établir une sorte de métaphore entre eux et l’homme célèbre constitue un argument supplémentaire. Le tableau, dont le cliché appartient au Musée de l’Armée à Paris, est de Paul (en réalité Hippolyte) Delaroche, peintre éclectique de l’époque napoléonienne qui tenta de concilier classicisme et romantisme dans des sujets d’histoire au caractère théâtral. "L’œuvre n’a pas été utilisée en tant que telle, mais simplement pour être mise au service de l’expression de l’idée", insiste Franck Sallins, responsable du budget. Avec tout ça, on sait maintenant comment prendre enfin possession des Îles britanniques. Et comme l’histoire est un perpétuel recommencement...

Agence : Young & Rubicam / Directeur de création : Bruno Le Moult / Concepteur-rédacteur : Marc Labrosse / Directeur artistique : Dimitri Smilenko / Peinture : Paul Delaroche

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°41 du 4 juillet 1997, avec le titre suivant : My kingdom for a train

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque