Dimanche 24 février 2019

Moroses protestations à Formose

Une exposition itinérante aux États-Unis controversée

Le Journal des Arts

Le 1 mars 1996 - 426 mots

Les protestations d’une partie de la classe intellectuelle taiwanaise ne devraient pas empêcher l’exposition itinérante des 475 chefs-d’œuvre d’art chinois du National Palace Museum de commencer son périple ce mois-ci. En préparation depuis quatre ans, \" Splendeurs de la Chine impériale \" sera présentée à partir du 19 mars au Metropolitan Museum de New York, avant de sillonner les États-Unis pendant treize mois.

TAIPEI (de notre correspondant) - Vingt-sept peintures inestimables, exécutées par des artistes des dynasties Song (960-1279) et Yuan (1260-1368), étaient particulièrement visées par la manifestation qui a réuni, peu après le Nouvel An, un groupe de spécialistes, de conservateurs et d’écrivains devant le National Palace Museum, où est sans doute conservée la plus importante collection d’art chinois au monde. Ces œuvres fragiles, parmi lesquelles des paysages de Kouo Shi, ne sont montrées aux visiteurs du National Palace que tous les trois ans, et pour une durée de quarante jours seulement. Les protestataires taiwanais redoutent donc une possible détérioration des œuvres du fait d’une trop longue exposition.

Cependant, un mécontentement plus général naît du financement de cette opération. Il semblerait que la moitié du coût de l’exposition, estimé à 3 millions de dollars (15 millions de francs), soit à la charge du gouvernement taiwanais.

Sélection américaine
Pour ne rien arranger, le catalogue de l’exposition a été préparé par des spécialistes vivant aux États-Unis, à qui le musée aurait laissé carte blanche pour effectuer la sélection des pièces. Or, une démarche inverse avait été adoptée par le Louvre pour l’exposition à succès (730 000 visiteurs) qu’il a récemment organisée au Palace Museum. Ce sont en effet Jean-Pierre Cuzin et Sylvain Laveissière, respectivement conservateur en chef et conservateur au département des Peintures, qui avaient choisi ce qui pouvait être prêté, et tant l’élaboration du catalogue que le montage de l’exposition avaient été assurés par le prêteur. Enfin, il reste la crainte, même si elle est peu fondée, de voir le gouvernement de Chine populaire réclamer la restitution de ces œuvres d’art aux Américains.

Toutefois, bien des Taiwanais conviennent que les spécialistes d’art chinois vivant aux États-Unis ont un niveau de connaissances souvent supérieur à celui de leurs compatriotes et considèrent que ces chefs-d’œuvre appartiennent au patrimoine de l’humanité. Lin bo Ting, conservateur du département de Calligraphie du National Palace, a en outre précisé que les fameuses peintures seraient divisées en deux groupes, jamais exposés simultanément.

SPLENDEURS DE LA CHINE IMPÉRIALE, Metropolitan Museum de New York (19 mars-19 mai), Art Institute de Chicago (29 juin-25 août), Asian Art Museum de San Francisco (14 octobre-8 décembre), National Gallery de Washington.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°23 du 1 mars 1996, avec le titre suivant : Moroses protestations à Formose

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