Dimanche 18 novembre 2018

Lumières sur la ville

Du nouveau dans le paysage institutionnel

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 12 septembre 2003 - 1219 mots

Tandis que le Musée des beaux-arts de Lyon s’apprête à fêter son bicentenaire, la ville vient d’inaugurer un musée entièrement consacré au cinéma. Projeté par le conseil général du Rhône, le futur Musée des Confluences devrait pour sa part voir le jour en 2007, et ce malgré les réticences de la nouvelle municipalité lyonnaise (PS). Celle-ci n’a pas épargné non plus Les Subsistances : après un changement de direction, ce lieu dévolu à la création contemporaine devrait accueillir l’école nationale des beaux-arts… Le Journal des Arts propose un tour d’horizon des évolutions et changements en cours dans le paysage artistique institutionnel lyonnais.

Vaste presqu’île de 150 hectares, situé au cœur de Lyon mais coupé de la ville par l’autoroute A7, le quartier du Confluent fut longtemps dédié à l’industrie et aux transports. Prétexte depuis longtemps aux projets les plus fous (qui n’ont jamais vu le jour), la zone fait enfin l’objet d’un plan d’urbanisation cohérent. Au cœur de ce vaste chantier : le futur Musée des Confluences, voulu par Michel Mercier (UMP), président du conseil général du Rhône, et imaginé par Michel Côté, actuel directeur du Muséum d’histoire naturelle de Lyon – lui aussi en cours de rénovation (lire le JdA n° 160, 6 décembre 2002).

Situé à la pointe de la presqu’île, entre le Rhône et la Saône, le Musée des confluences, dont le coût de construction s’élève à 109 millions d’euros, abritera les collections scientifiques du muséum (sciences de la vie et de la Terre). Il espère attirer pas moins de 500 000 visiteurs par an. Pour ce, l’agence autrichienne Coop Himmelblau a dessiné un gigantesque “Nuage de cristal”, sorte de vaisseau déstructuré de 22 000 m2, dont l’ouverture est prévue fin 2007. Ce “Nuage” accueillera simultanément différentes expositions pensées autour d’un thème générique – la mort, la fragilité, le bonheur… Michel Côté a montré qu’il savait innover en la matière.

Ses précédentes expositions, “Mali-Kow” à La Villette (2001-2002), “Chefs-d’œuvre, trésors et quoi encore” (2001-2002) ou encore “Inuit” (2002-2003) au Muséum battaient en brèche les idées reçues, détournaient notre vision occidentale du monde pour mieux en révéler les contradictions. Conçu “pour répondre à toutes les attentes des publics”, ce musée de sciences et de société hébergera également deux auditoriums, des ateliers, un parc, ainsi qu’une librairie et des restaurants qui devront tous décliner la thématique de l’exposition du moment.

La capitale du cinéma
Subventionné par le conseil général du Rhône, le Musée des Confluences suscite les réserves de la municipalité, qui préfère mettre en avant son propre projet, un “centre de loisirs” au nord du Confluent (côté Saône) estimé à 150 millions d’euros et financé par des investisseurs privés. Le sénateur maire, Gérard Collomb (PS), avait ainsi, lors d’un conseil municipal réuni en février, retiré au dernier moment la délibération qui aurait permis au conseil général de déposer son permis de construire, arguant d’un manque de précision dans les plans d’installation. Depuis, tout semble rentré dans l’ordre : les travaux des Confluences devraient commencer en septembre 2004 pour s’achever vers la fin de l’année 2007. Confiant, Michel Côté rappelle qu’un tel projet ne peut se réaliser rapidement. Peu après son arrivée à la mairie en 2001, Patrice Béghain (PS), adjoint à la culture, annonçait pourtant “la fin des grands projets”, à l’exception de l’ouverture d’un “lieu consacré aux origines du cinéma à Lyon” (Lyon Capitale, septembre 2001).

C’est chose faite depuis juin 2003, avec l’inauguration du Musée Lumière, installé au cœur de Monplaisir, quartier historique de Lyon où les frères Lumière inventèrent le cinématographe. La conception du lieu a été confiée à Dominique Païni – en charge du développement culturel au Centre Pompidou, ex-directeur de la Cinémathèque française –, la scénographie, à Nathalie Crinière. Le duo s’était déjà brillamment illustré lors de l’exposition “Hitchcock et l’art” au Centre Pompidou en 2001. Parmi les pièces présentées au musée figure le fameux “Cinématographe n° 1”, utilisé pour la première projection publique d’un film en 1895, à Paris. D’autres appareils, des autochromes, des photographies noir et blanc, des films documentaires et quantité d’archives liées au 7e art permettent de suivre l’avènement de la discipline. Projetés sur de grands écrans ou dans de toutes petites lucarnes, des films des frères Lumière  jalonnent un parcours thématique. Lyon peut ainsi enfin se vanter d’être la capitale du cinéma.

La ville ne manquera pas non plus de célébrer les deux cents ans du Musée des beaux-arts de Lyon. Pour l’événement, l’établissement a décidé de mettre en avant ses propres collections comme les 60 projets d’affiches de Cappiello (1875-1942,), offerts au musée par la veuve de l’artiste, ou encore la donation Maurice Denis (lire le JdA n° 168, 4 avril 2003), qui feront l’objet d’expositions (du 9 octobre au 15 décembre). Ce bicentenaire est également marqué par le départ du directeur du musée, Vincent Pomarède (en poste depuis 2000), appelé en août à remplacer Jean-Pierre Cuzin à la direction du département des Peintures du Musée du Louvre.

Quel avenir pour Les Subsistances ?
Les Subsistances, ces anciens magasins de l’armée dédiés à la création contemporaine depuis janvier 2001, fêteront quant à elles leur troisième année d’existence dans des circonstances particulières. Propriétaire et gestionnaire des lieux, la municipalité lyonnaise, qui a déjà investi plus de 11 millions d’euros pour leur rénovation, n’a pas été convaincue par le travail de son directeur, Klaus Hersche, qu’elle a remercié en avril. C’est Guy Walter, directeur de la villa Gillet, qui lui a succédé en tant que chargé de mission. Ce dernier pourrait être appelé à la tête des Subsistances en janvier 2004. Mauvaise lisibilité, manque de contact avec le public lyonnais, problèmes de rentabilité… si tout le monde s’accorde à dire que les Subsistances ont été un échec, personne ne peut en donner les vraies raisons. “La nouvelle municipalité a choisi de couler les ‘Subs’ parce que ce n’était pas son projet. Depuis son arrivée au pouvoir, elle a fait preuve d’un réel désengagement, d’un mutisme total”, déclarait pour sa part Klaus Hersche dans le Lyon Capitale daté du 23 avril 2003. Que va devenir ce lieu qui avait accueilli la Biennale de Lyon 2001 et dont seulement un tiers de la surface totale (22 500 m2) est actuellement exploité ?

L’école nationale des beaux-arts de Lyon doit s’y installer très prochainement et louer, probablement avec d’autres institutions, les deux tiers de l’espace. Les 8 000 m2  restants devraient revenir aux artistes. Pour l’heure, l’équipe des Subsistances – qui va être renouvelée – poursuit sa programmation, avec notamment “À la recherche des liens d’amour”, du 22 au 27 septembre, une semaine de lectures, spectacles, concerts et rencontres-débats à l’occasion de “Djazaïr, une Année de l’Algérie en France” (lire le programme p. 35). Un dernier envol avant de remettre définitivement les clefs à la nouvelle équipe...

- Musée des Confluences, 10 rue Boileau, 69006 Lyon, tél. 04 72 69 05 00, www.museum-lyon.org.

- Musée LumiÈre, 25 rue du Premier-Film, 69008 Lyon, tél. 04 78 78 18 95, www.institut-lumiere.org.

- Les Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent, 69001 Lyon, tél. 04 78 39 10 02, www.les-subsistances.com.

- Musée des beaux-arts de Lyon, Palais Saint-Pierre, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, www.mairie-lyon.fr. Le samedi 11 octobre, journée-débat sur le thème "Le renouveau des musées : un bilan à l’occasion du Bicentenaire du Musée des beaux-arts de Lyon", entrée libre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°176 du 12 septembre 2003, avec le titre suivant : Lumières sur la ville

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