Louvre : une école à l’image du Palais

Le Journal des Arts

Le 11 septembre 1998

Établissement public administratif autonome depuis janvier, l’École du Louvre occupe à la rentrée ses nouveaux locaux, situés dans l’aile de Flore du Palais et réalisés par l’architecte Antoine Stinco, déjà responsable de l’aménagement de la Galerie nationale du Jeu de Paume.

PARIS - Après avoir traversé le chantier aux abords de l’aile de Flore, on entre, par l’ancienne porte Jaujard, dans la nouvelle École du Louvre, prélude à l’achèvement du Grand Louvre à la fin de l’année. Établie depuis 1882 à l’autre extrémité de la “Galerie au bord de l’eau”, l’école, créée à l’origine pour former des conservateurs et des archéologues et qui dispense aujourd’hui un enseignement général en Histoire de l’art, n’a rien perdu à ce petit déménagement. Si l’architecte Antoine Stinco “s’est interdit de créer au sein du monument qu’est le Palais du Louvre un nouveau monument qui serait l’École du Louvre”, l’impression de démesure ressentie dans le hall d’accueil le fait un peu mentir. La lumière, qui pénètre à flots par les immenses baies ouvertes sur le (futur) jardin, souligne la blancheur un peu froide, très années trente, de ce qui fut une galerie de sculpture. Au bout de ce vaste espace, on s’engouffre dans la partie réservée à l’enseignement, véritable antithèse de l’entrée, organisée autour d’un long couloir sombre en sous-sol, un peu étouffant. Ce couloir, évoquant quelque coursive de paquebot, se termine sur une rotonde dont la circularité invite à retourner sur ses pas. Les amphithéâtres et les salles de cours, baptisés Cézanne, Dürer, Angkor ou encore Lascaux, distribués de part et d’autre de la galerie, présentent un visage moins minéral que les espaces de circulation, tapissés qu’ils sont de bois. Ces parois permettent le plus souvent de masquer certains équipements techniques, comme l’éclairage et la climatisation, en même temps qu’elles créent un indéniable sentiment de confort. Signalons en outre que l’École est entièrement accessible aux handicapés.

Dans le plan d’aménagement du Grand Louvre, elle avait hérité d’espaces tellement disparates, entre la porte Jaujard et le Pavillon des États, que l’organisation autour d’un axe traversant le bâtiment d’ouest en est n’allait pas de soi. La nature des lieux et les installations antérieures n’ont guère facilité la tâche, et de nombreuses difficultés se sont révélées en cours de chantier. Ainsi, les espaces dévolus au pôle enseignement, sous les anciennes écuries, étaient partagés entre les réserves de sculptures et des locaux techniques truffés d’entresols métalliques et de réseaux de calorifères et de fluides, qui rendaient impossible une appréhension globale des lieux. Ces péripéties expliquent sans doute le coût élevé des opérations, 35 millions de francs, auxquels s’ajoutent l’audiovisuel et le mobilier.

Espérons que le lustre de cette nouvelle école, qui a arraché quelques commentaires amers à de récents diplômés, ballottés aux quatre coins de la capitale pendant la durée des travaux, donnera au ministère de l’Éducation nationale l’ambition de rendre un peu de dignité à l’Institut d’art et d’archéologie de la Sorbonne, en pleine décrépitude.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°66 du 11 septembre 1998, avec le titre suivant : Louvre : une école à l’image du Palais

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