Lundi 10 décembre 2018

Paris

Lier art et science

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 1 décembre 2006 - 646 mots

Le Laboratoire, nouveau lieu parisien qui sera inauguré en septembre 2007, compte jeter un pont entre les disciplines.

 PARIS - Les relations entre l’art et la science sont dans l’air du temps comme en attestent deux initiatives aussi différentes que celle, filandreuse, de la milliardaire Louise McBain et l’autre, plus solide, du Wellcome Trust, grande fondation londonienne dédiée à la recherche médicale. La première a ouvert en octobre un institut à Londres, destiné à explorer les relations entre l’art et les neurosciences. Le second inaugurera l’été prochain, toujours dans la capitale britannique, un espace dédié à sa collection d’objets pharmaceutiques et de commandes passées à des créateurs contemporains comme Marc Quinn. Parallèlement, de plus en plus d’artistes comme Olafur Eliasson ou Julius Popp intègrent la science dans leur démarche.
Le Laboratoire, dont l’ouverture est prévue à Paris en septembre 2007, promet d’apporter sa pierre à ce débat. Né dans l’esprit du professeur américain David A. Edwards, enseignant en biotechnologie à l’université de Harvard (Boston), ce projet part d’un constat : la notion de processus prime dans le travail aussi bien des artistes que des scientifiques. Son optique consiste dès lors à confronter les deux univers pour familiariser le public aux problèmes de santé globale. « Depuis trente ans, les scientifiques, mais aussi les artistes s’engagent contre le sida, explique l’intéressé. Ils sensibilisent le public et indirectement sont responsables de la levée des fonds. Nous avons le grand défi d’attirer d’une façon intelligente l’attention sur les problèmes. Au final, on voudrait changer le dialogue public autour du développement de nouveaux vaccins contre le sida, la malaria et la tuberculose. »

Un événement annuel
Acheté voilà deux ans, le bâtiment de 1 200 m2 situé rue du Bouloi, à deux minutes du ministère de la Culture, avait été le siège d’une imprimerie au XIXe siècle, avant d’accueillir, en dernière instance, les studios de Télé Europe. Régi par une association loi 1901, créée en février 2006, cet espace organisera un événement annuel, aboutissement du dialogue entre un artiste et un scientifique. Chaque collaboration sera dictée par des thèmes ouverts comme Intelligence en 2007, Surface en 2008 ou encore Accélération en 2009. Pour l’heure, David A. Edwards et son équipe, composée d’Olivier Borgeaud, directeur de cette structure, et Caroline Naphegyi, commissaire artistique, ne souhaitent pas révéler les noms des artistes et scientifiques avec lesquels ils sont en discussion. Autre facette des activités du Laboratoire, un programme humanitaire sur quatre ans baptisé « Attention ! » sera accompagné d’un colloque annuel réservé aux professionnels. Fondé aussi sur une complicité entre artistes et scientifiques, en l’occurrence le photographe James Natchwey et le professeur Anne Goldfeld, ce programme sera lancé en juin prochain. Si l’achat du bâtiment et les travaux ont coûté 5 millions d’euros à David A. Edwards, le budget de fonctionnement du site reste encore confidentiel. Celui-ci devrait être assuré par la billetterie, la location et l’apport de partenaires industriels, notamment d’entreprises pharmaceutiques, et humanitaires.
On peut s’étonner qu’un Américain, certes marié à une Française, ait choisi notre capitale pour mener à bien ce projet. « On a pensé qu’il y avait l’opportunité d’une coexistence fructueuse avec les institutions culturelles parisiennes, dans la mesure où nous sommes un lieu expérimental de création plus que d’exposition », observe David A. Edwards. Les œuvres éventuellement nées du travail entre l’artiste et le scientifique ne sont pas non plus destinées à former une collection. « Ces œuvres pourront faire l’objet d’une exposition itinérante, ou rester la propriété de l’artiste ou de sa galerie, indique l’intéressé. Elles pourraient encore finir chez un sponsor qui les aura financées. Ou enfin être vendues dans la Labothèque, une boutique où seront proposés des objets liant l’art et la science. » Le maître de céans n’est d’ailleurs guère collectionneur lui-même : « Je n’achète pas vraiment. J’aime la présence de ceux qui créent plus que les objets créés. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°248 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Lier art et science

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