Ministre de la Culture

L’homme qui valait un milliard

Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

Renaud Donnedieu de Vabres a été ministre de la Culture dans les gouvernements Raffarin et Villepin. Bilan de son action depuis mars 2004.

Que l’on soit pour ou contre, s’il reste quelque chose dans les esprits de l’action de Renaud Donnedieu de Vabres au ministère de la Culture depuis 2004, c’est sans conteste la vente de la marque « Louvre » à l’émirat d’Abou Dhabi pour la coquette somme d’un milliard d’euros. Après les antennes de grands musées initiées en régions par son prédécesseur, Jean-Jacques Aillagon, Renaud Donnedieu de Vabres aura donc franchi un pas supplémentaire en faisant entrer le monde des musées français dans la globalisation. Curieuse schizophrénie pour celui qui avait repris à son compte la bataille pour l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle à l’Unesco, en octobre 2005, principe hérité des débats lancés à la fin des années 1990 sur l’exception culturelle, et qui visaient alors à préserver les activités culturelles des négociations marchandes à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) !
Entré en fonction à la fin mars 2004 après l’échec de son prédécesseur dans les tractations sur le statut des intermittents du spectacle, reconduit en mai 2005 dans le nouveau gouvernement de Dominique de Villepin après le naufrage du référendum sur la Constitution européenne, cet énarque et élu tourangeau aura mis du temps à prendre la mesure de son portefeuille. À sa décharge, il s’était vu attribuer, de facto, certains dossiers minés : la question des intermittents, mais aussi la « patate chaude » du projet de loi sur le droit d’auteur à l’ère du numérique, dont la transposition était attendue depuis 2001. Visiblement peu conscient de l’enjeu, auteur d’un texte mal préparé, le ministre s’est ridiculisé devant les parlementaires en multipliant les volte-face, sa proposition ayant été, au final, partiellement censurée par le Conseil constitutionnel. Que dire enfin de la crise sans précédent qui a touché le secteur des monuments historiques, crise due en grande partie à la décision prise par Jean-Jacques Aillagon de supprimer les reports de crédits. Héritier de cette situation, Renaud Donnedieu de Vabres n’en a pris la mesure que tardivement, parvenant à enrayer la spirale à coups d’expédients budgétaires sans offrir de réelles garanties pour l’avenir.

Le primat de la capitale
Quelle ligne de conduite a donc privilégié le ministre ? Celle d’une tranquille continuité, confortant le primat de la capitale sur les régions, maintenant au point mort le chantier de la décentralisation. Tous les engagements contractés par ses prédécesseurs ont ainsi été honorés, notamment en termes de grands travaux. Ainsi, à Paris, de l’inauguration du Musée du quai Branly, de la poursuite des travaux de rénovation du Grand Palais – devenu un établissement public vitrine de l’action ministérielle –, du pénible achèvement de la Cité de l’architecture et du patrimoine, ou encore du lancement de la Cité des archives de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Le projet de « bibliothèque numérique européenne » promu par Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France, aura également été soutenu. Avant que son initiateur, notoirement de gauche, soit mis à la retraite de manière peu courtoise à la veille des élections présidentielles. Quelques dossiers victimes de nombreux atermoiements auront également connu un dénouement positif, ainsi de l’engagement des travaux de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), ou encore du partenariat établi avec la Ville de Paris pour la construction du grand auditorium attendu depuis plus de dix ans à La Villette. Ceci après avoir investi 90 millions d’euros pour l’acquisition de la Salle Pleyel rénovée et rouverte en 2006…

Soutien du mécénat
Promoteur de « l’Europe de la culture » avant l’échec du référendum, le ministre aura également soutenu sans relâche le mécénat, tout en niant y voir, sans vraiment convaincre, un symptôme du désengagement de l’État. Visiblement soucieux de démentir l’image des politiques culturelles de droite négligeant la création – et d’effacer celle de son inertie lors de l’annonce par François Pinault de l’abandon de son projet pour l’île Seguin –, Renaud Donnedieu de Vabres aura également contribué au lancement de plusieurs initiatives en faveur des arts plastiques, à défaut d’augmenter le budget de ce secteur. Ainsi de la création de la Triennale du Grand Palais, de Monumenta – autre rendez-vous au Grand Palais, cette fois-ci annuel –, ou encore de l’annonce de l’ouverture d’un lieu dévolu à la scène française dans les sous-sols du Palais de Tokyo, à Paris. Aussi encourageantes soient ces décisions, certains observateurs se sont étonnés de voir Renaud Donnedieu de Vabres se muer ainsi en défenseur de l’art en France. N’est-ce pas ce même ministre qui avait évité d’inaugurer le Mac/Val de Vitry-sur-Seine, en novembre 2006, premier musée à être pourtant entièrement consacré à l’art contemporain en France, mais situé dans le bastion communiste du Val-de-Marne ?

Le ministère RDDV en dates

- Mars 2004 : Nomination de Renaud Donnedieu de Vabres. - Novembre 2004 : Choix de Lens (Pas-de-Calais) pour l’accueil de l’antenne du Louvre. - Avril 2005 : Annonce du lancement du projet de « bibliothèque numérique européenne ». - Juin 2005 : Confirmation de Renaud Donnedieu de Vabres dans le nouveau gouvernement. - Octobre 2005 : Adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle à l’Unesco. - Décembre 2005 : Réouverture de la nef du Grand Palais. - Mai 2006 : Exposition « La force de l’art » au Grand Palais. - Mars 2007 : Signature de la convention pour le Louvre-Abou Dhabi.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°259 du 11 mai 2007, avec le titre suivant : L’homme qui valait un milliard

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