Patrimoine

Les serres d'Auteuil dans le filet

Le tournoi international de Roland-Garros reste à Paris en empiétant sur les serres d’Auteuil pour s’agrandir

Par Julie Portier · Le Journal des Arts

Le 16 février 2011 - 690 mots

La Fédération française de tennis a voté, le 13 février, en faveur du plan d’agrandissement du site parisien de Roland-Garros, au détriment de la délocalisation du tournoi hors de la capitale. Ce projet annexera une partie des serres d’Auteuil : écologistes et défenseurs du patrimoine s’indignent et pointent la mort annoncée du jardin botanique au profit du « sport business ».

PARIS - La nouvelle n’a pas surpris les associations de défense du patrimoine et les militants écologistes, sur leurs gardes depuis plusieurs semaines : la Fédération française de tennis (FFT) a voté, le 13 février, en faveur de l’agrandissement du site de Roland-Garros porte d’Auteuil, à Paris, pour répondre aux nouvelles normes internationales, rejetant les projets de délocalisation à Versailles, Marne-la-Vallée ou Gonesse. Si la Mairie de Paris se félicite de conserver l’étape française du grand chelem dans ses murs, l’annonce déchaîne les passions de ceux qui s’inquiètent du sort du jardin des serres d’Auteuil sur lequel empiète le projet parisien. Une pétition, qui a déjà recueilli près de 40 000 signatures, dénonce son « saccage », un terme excessif selon la Mairie de Paris qui pointe là une manœuvre de désinformation.
Les serres chaudes, qui seront détruites pour accueillir un court de 5 000 à 7 000 places d’ici 2016, « ne présentent aucun intérêt architectural », argumente Bertrand Delanoë, maire de Paris, dans une lettre de réponse aux opposants. L’aménagement du site laisse, en effet, intactes les serres construites en 1898 par Jean-Camille Formigé, élève de Baltard et d’Eiffel. Mais c’est le sort du patrimoine botanique qui inquiète davantage. Les espèces rares de plantes exotiques, « pour le moment mal exposées », tient à souligner la Mairie de Paris, seraient en partie transférées au parc floral de Vincennes pendant les travaux, avant de rejoindre les nouvelles serres figurant sur le plan de l’architecte Marc Mimram et du paysagiste Michel Corajoud, selon un dessin non légendé diffusé sur le site Internet de la Mairie de Paris.

Dés pipés ?
Pour l’heure, aucune information ne filtre sur ce plan de relogement des plantes, pas plus qu’il n’est possible de joindre un responsable des serres d’Auteuil, dont les appels sont filtrés par la Mairie de Paris… Dans ce climat d’opacité mûrissent les craintes de voir à terme sacrifié le jardin botanique. D’autant plus que, comme le note le site La Tribune de l’art, la direction des parcs et jardins a déménagé du site d’Auteuil et son budget dévolu aux expositions sur place a été supprimé. Aussi l’envahissement du site par les dizaines de milliers de spectateurs de Roland-Garros, qui y transiteront d’un match à l’autre, mettra-t-il, selon les spécialistes, directement en péril l’écosystème fragile du jardin. Un argument une fois de plus écarté par la Mairie de Paris qui ne voit là qu’un à priori élitiste sur le comportement des amateurs de sport, elle qui défend au contraire un projet misant sur le décloisonnement des publics.
Les dés étaient-ils jetés d’avance, comme s’en indignent les opposants au projet ? Selon Jean Gachassin, président de la FFT, comme le rapporte le site du Figaro le 13 février, l’existence des trois autres projets en dehors de Paris étaient le fait d’une « mise en concurrence, pas un appel d’offres ». L’intéressé souligne la qualité du projet parisien et rapporte : « J’ai consulté nos sponsors historiques, ils traînaient un peu la patte [devant le dossier versaillais]. » Pourtant, en restant à Paris, le site du célèbre tournoi ne s’agrandit que modérément (en atteignant 13,5 hectares contre 35 à Versailles) et reste toujours la plus petite escale du grand chelem. Ce constat continue de nourrir la suspicion d’un favoritisme parisien. Un communiqué des élus Europe écologie-les verts déplorait, dès le lundi 14 février, une politique d’aménagement réactionnaire et contradictoire avec la perspective du Grand Paris. Les défenseurs du patrimoine et de la nature, stigmatisés comme des militants antisport par le service de communication de la Mairie de Paris, n’ont pas dit leur dernier mot. Ils pointent un obstacle juridique que les bâtisseurs devront contourner. Car, si les serres classées sont épargnées, le site dans sa totalité est inscrit à l’inventaire des Monuments historiques.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°341 du 18 février 2011, avec le titre suivant : Les serres d'Auteuil dans le filet

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