Samedi 15 décembre 2018

"Les Russes admettent que la collection Koenigs doit être restituée"

Le responsable néerlandais des négociations avec la Russie l’affirme

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 691 mots

Les Pays-Bas espèrent récupérer les trois cent six dessins de maîtres anciens de la collection Koenigs, exposés au Musée Pouchkine, à Moscou, après avoir été cachés dans les réserves pendant cinquante ans. La collection pourrait être restituée aux Pays-Bas dès qu’un cadre juridique sera défini par les autorités russes, déclare le Dr Robert de Haas, directeur du Service royal des beaux-arts des Pays-Bas.

ROTTERDAM - Après la vive polémique déclenchée à la fin de 1992 par l’exposition, à Saint-Péters­bourg, de la collection de la Kunsthalle de Brême – saisie par l’Armée rouge en 1945 –, des protestations analogues s’élèvent aujourd’hui à propos de l’exposition de la collection Koenigs, présentée au Musée Pouchkine à Moscou.

La collection, cachée pendant plus de cinquante ans dans les réserves du musée après avoir été saisie par les troupes soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale, comprend trois cent six dessins de maîtres anciens, parmi lesquels Dürer, Holbein, Rubens, Cranach (lire le JdA n° 2, avril 1994).

Peu après l’invasion allemande de 1940, le riche collectionneur Van Beuningen acheta en bloc la collection de 2 700 dessins que Franz Koenigs – un banquier juif hollandais – avait mise en dépôt au Musée Boymans de Rotterdam. Mais vers la fin de cette même année, Van Beuningen dut en céder une partie sur les instances pressantes de Hans Posse, conservateur en chef du Musée de Dresde, dûment mandaté par le Führer.

Dans une lettre adressée à Van Beuningen en juillet 1941, Posse confirme les conditions de paiement (une somme correspondant à 1,4 million de florins de l’époque) et mentionne la vente de 526 dessins (près de deux cents ont disparu depuis…) ; les quelque 2 200 pièces restantes seront données par Van Beuningen au Musée Boymans.

Les Pays-Bas ont introduit une demande officielle de restitution de la collection dès 1992. Le point le plus délicat de la négociation touche au fait que les œuvres saisies ont été "vendues" par le collectionneur aux forces d’occupation allemandes. Mais, en toute hypothèse, les autorités néerlandaises se refusent à admettre la légitimité de la transaction, comme nous l’a confirmé, lors d’un entretien, le Dr Robert de Haas, directeur du Rijksdienst Beelden Kunst (Service royal des beaux-arts) et responsable des négociations avec la Russie, "la loi néerlandaise interdisant toute tractation d’affaire avec les forces occupantes, la transaction a donc été illégale."

À quand le retour de la collection Koenigs aux Pays-Bas ?
Dr de Haas : Les autorités russes font preuve d’une grande compréhension à l’égard de notre requête, mais l’opinion publique et certaines forces conservatrices rendent les choses plus difficiles. Nous avons déjà réussi à établir que la collection n’était pas la propriété de l’Allemagne. Alors que ceux qui s’opposent à la restitution de ces œuvres soutiennent que la collection a été "vendue" aux Allemands et doit être considérée comme prise de guerre. Le plus grand paradoxe de toute cette affaire est qu’elle oppose les Pays-Bas et la Russie, deux alliés durant la guerre.

Dans quelles conditions, à votre avis, Van Beuningen a-t-il vendu sa collection à Hitler ?
C’est très simple. Imaginez que vous soyez collectionneur d’art, durant la Seconde Guerre mondiale, et qu’un officier supérieur nazi se présente chez vous pour exiger la vente de votre collection : comment réagiriez-vous ? Nous sommes d’avis que cette transaction a été forcée ou, pour le moins, que Van Beuningen n’a pas été totalement libre de refuser. Je le répète, le transfert de la collection en Allemagne a été illégal, donc juridiquement nul et non avenu.

Doit-on en conclure que les autorités russes sont tombées d’accord avec vous sur le caractère illégal de la transaction ?
Ce que je puis dire, c’est que notre requête pour la restitution de la collection Koenigs est justifiée sur le plan du droit international. Nos interlocuteurs russes admettent que la collection devrait être restituée, mais le problème réside dans le fait qu’il n’existe, à ce jour, aucun cadre juridique qui l’autorise. Le gouvernement russe travaille actuellement à la rédaction d’une loi qui permette de telles transactions, et nous gardons bon espoir, même si nous savons que nous devrons attendre encore longtemps avant que la question ne soit résolue.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : "Les Russes admettent que la collection Koenigs doit être restituée"

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