Dimanche 22 septembre 2019

Collection privée

Les Picasso de Peter Ludwig à Cologne

Le Musée Picasso de Barcelone est déçu

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 mai 1994 - 527 mots

Peter Ludwig veut donner 90 œuvres – d’une valeur de 525 millions de francs – à sa ville : les autorités de Barcelone sont déçues, le monde de la culture allemand est divisé et accuse le collectionneur de mégalomanie.

COLOGNE - Le collectionneur allemand d’art contemporain Peter Ludwig a annoncé son intention de donner à la ville de Cologne environ 90 œuvres de Picasso provenant de sa collection, considérée comme l’une des plus complètes du monde. Il s’agit d’un ensemble extrêmement prestigieux, par son caractère exhaustif et par sa qualité, qui va des périodes bleue et rose, avec un Arlequin de 1923, jusqu’à la dernière phase de production, avec Mousquetaire et amour et quelques exemplaires de la série Grandes têtes de 1969. Si la donation devait être officialisée, "Cologne disposerait de l’une des collections de Picasso les plus complètes, sans manquer de respect à Barcelone, certainement plus riche en ce qui concerne la première période de l’artiste", a déclaré Peter Nestler, le puissant adjoint à la Culture de la ville.

Une donation au musée de Barcelone ?
Ce n’est pas par hasard que Nestler a fait allusion à Barcelone, où l’exposition consacrée, en 1992, aux œuvres de Picasso de la collection Ludwig avait suscité un certain optimisme. En décembre de cette année-là, Oriol Bohigas, conseiller pour la Culture dans la capitale catalane, avait confirmé que les bons rapports existant entre Peter Ludwig et le Musée Picasso de Barcelone pourraient favoriser une donation quand l’agrandissement du musée, toujours en cours, serait terminé. La dernière chance pour Barcelone serait alors un repentir éventuel du collectionneur.

Cologne : 90 Picasso et deux musées
Ceci pourrait se produire si un accord n’est pas trouvé avec la ville de Cologne, Peter Ludwig souhaitant placer les Picasso, accompagnés d’un important corpus graphique, au Wallraf-Richartz Museum. Ceci implique le déménagement et la réinstallation en un autre lieu des collections qui y sont conservées et qui vont du XVe siècle aux Impressionnistes. Peter Ludwig aurait suggéré l’actuel Museum für Angewandte Kunst (Musée des arts décoratifs), inauguré il y a seulement 5 ans après avoir dépensé, à l’époque, plus de 17 500 000 francs. Dans ce cas, les Arts décoratifs partiraient à la Kunsthalle am Neumarkt, la surface disponible étant réduite de 15 000 m2, actuellement, à 4 000.

Polémiques en Allemagne
Mais les projets de Peter Ludwig divisent le monde culturel allemand. Ceux qui soutiennent, Nestler en tête, que Cologne ne peut laisser échapper l’occasion d’accueillir les 90 Picasso, dont la valeur totale tourne autour de 525 millions de francs, se voient rétorquer par d’autres que Peter Ludwig est un mégalomane qui a des visées impérialistes. C’est ce que fait, par exemple, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung qui, dans une violente chronique, estime le coût des transferts des deux musées à 40 millions de marks (environ 137 millions de francs) et polémique sur l’opportunisme et la mégalomanie de Peter Ludwig. Après avoir rappelé "la douzaine de musées en contrat avec lui de par le monde ou les quatre institutions de Rhénanie liées à son nom", l’article conclut par une prévision ironique : "En 1995, le mécène aura soixante-dix ans. En l’an 2 000, Cologne sera-t-elle Ludwig-Stadt ?"

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Les Picasso de Peter Ludwig à Cologne

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