Lundi 10 décembre 2018

Budget

Les grands travaux sacrifiés

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2007 - 927 mots

Les projets du Mucem, de l’Île Seguin et du Palais Tokyo risquent d’être enterrés.

 PARIS - « Consolidation ». Tel est le terme étrange choisi par la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, pour qualifier son budget 2008, présenté sans conviction le 26 septembre. Traduction : le budget 2008 ressemble à s’y méprendre à celui de 2007, avec au total 2,928 milliards d’euros affectés à la mission Culture (soit 3,2 % d’augmentation), dont plus de 620 millions d’euros de charges de personnel. Pour la ministre, il s’agit là d’un « budget satisfaisant au regard des contraintes […] et des enjeux de la politique de réforme conduite par le président de la République. » En guise d’aveu d’impuissance, Christine Albanel a précisé que « la décision politique commandait la décision budgétaire. » La Rue de Valois devra contribuer à l’effort général de maîtrise de l’emploi public et de cessions immobilières. 30 millions d’euros devraient être dégagés par ces ventes. Cette manne sera attribuée pour partie à la rénovation des écoles d’architecture, les 10 millions restants devant financer le relogement de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine dans l’ancienne école d’architecture de Charenton-le-Pont (lire le JdA n° 239, 9 juin 2006, p. 6). Les coûts de fonctionnement du ministère devront par ailleurs être réduit de 5 %.
Restriction oblige, la principale annonce de la ministre a concerné le gel des grands travaux. Si les projets, déjà engagés et impérieux pour la sécurité des collections, du Centre des archives nationales de Pierrefitte-sur-Seine et du quadrilatère Richelieu ont été confirmés, d’autres ont à nouveau été contestés. Exception faite de la Philharmonie de Paris (coût total 203 millions), qui bénéficie désormais du soutien présidentiel.

Projets retoqués
Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille, dont la création a pourtant été autorisée par décret en 2005 (lire l’encadré), mais aussi les projets de l’Île Seguin et du palais de Tokyo pourraient, en revanche, être retoqués. « Les décisions définitives seront prises dans le cadre de l’exercice de révision générale des politiques publiques », qui, pour le ministère de la Culture, aboutira fin janvier, a précisé Christine Albanel. Pour les musées, la dotation globale s’élèvera à 344,3 millions d’euros, dont 263,3 pour les seuls établissements publics. L’effort portera néanmoins davantage sur les régions qu’en 2007. Limoges, Colmar, Le Puy-en-Velay, Chalon-sur-Saône, Dijon, Quimper, Rennes, Vannes, Tours et Moirans (Isère) bénéficieront de crédits pour travaux. L’enrichissement des collections ne sera pas encore la priorité, avec une somme équivalente à l’an passé (18,6 millions d’euros), qui enraye l’hémorragie des années précédentes. La question de l’inaliénabilité des collections, posée par le président de la République, fera par ailleurs l’objet d’une mission confiée à Jacques Rigaud, ancien directeur du cabinet de Jacques Duhamel, Rue de Valois (lire p. 12). Le sentiment était mitigé chez les professionnels du patrimoine, même si l’effort engagé se poursuit cette année avec une hausse de 28 % des crédits de paiement. 315,7 millions d’euros seront ainsi affectés au patrimoine monumental, dont 24 millions pour le seul domaine de Versailles – quand le Sénat appelait de ses vœux un minimum de 350 millions par an pour résorber la crise. Interrogée sur la question d’une nouvelle ressource extra-budgétaire, la ministre est restée plus qu’évasive, confessant que la réflexion n’avait pas avancé. Les arts plastiques voient leur enveloppe progresser faiblement (4 % avec 53,6 millions d’euros). Celle-ci permettra de poursuivre les expositions « Monumenta » au Grand Palais, mais aussi d’engager les travaux des FRAC Centre et Bretagne. 9,5 millions seront consacrés aux acquisitions et à la commande publique. Enfin, Christine Albanel a confirmé le lancement d’un plan de renouveau pour le marché de l’art (lire p. 21) et a réaffirmé vouloir améliorer l’efficacité des lois sur le mécénat.

Consternation à Marseille

« C’est le sommet du cynisme et du mépris. Je suis écœuré et stupéfait que l’on puisse s’asseoir ainsi sur un projet qui a déjà été arbitré par quatre ministres de la Culture », s’est indigné Rudy Ricciotti, l’architecte du Mucem, au lendemain de l’annonce de la ministre de la Culture d’un réexamen du projet. Seuls 2 millions d’euros seront engagés en 2008 afin de couvrir les marchés d’études. À Marseille, l’annonce du gel des crédits pour les travaux de ce qui devait être le fer de lance du renouveau culturel de la ville, a suscité un tollé. Son directeur, Michel Colardelle, visiblement affecté, n’a pas souhaité s’exprimer. Lancé officiellement en 2004, le projet du Mucem a déjà été malmené en 2005, mais le soutien du maire Jean-Claude Gaudin (UMP) avait permis la relance du projet. Le candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, s’était même fendu d’une lettre de soutien à l’Association de préfiguration. La colère est d’autant plus grande que le Mucem devait être l’un des éléments clefs de la candidature de Marseille au label Capitale européenne de la culture en 2013, dont le dossier doit être déposé début novembre. « Tout cela est du pain béni pour l’opposition à la veille des municipales », poursuit un observateur. D’autant plus que les collectivités, toutes deux dirigées par les socialistes, ont déjà versé leur contribution pour le Mucem (plus de 15 millions d’euros chacune). Du côté de l’Hôtel de Ville, on préfère taire toute polémique. « Il ne s’agit pas d’une décision que nous considérons comme négative, précise Jean-Claude Gondard, secrétaire général de la mairie. Ce n’est faire injure à personne que de dire que le projet scientifique et culturel peut encore être amélioré. Nous avons le soutien du président, du Premier ministre et de la ministre de la Culture qui seront respectueux d’un projet signé en 2006 ». D’autant plus que Nicolas Sarkozy s’est engagé fermement en faveur d’une Union Méditerranéenne, dont le Mucem pourrait devenir une excellente vitrine.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°266 du 5 octobre 2007, avec le titre suivant : Les grands travaux sacrifiés

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