Les écoles d’art attendent toujours une réforme

Malgré l’effort financier, leurs directeurs se montrent déçus par les dernières propositions de Catherine Trautmann

Le Journal des Arts

Le 18 février 2000

En gestation depuis un an et demi (lire le JdA n° 77, 19 février 1999), la réforme des écoles d’art peine à prendre corps. L’attente créée par les propositions du rapport Imbert (1998) et par les premières mesures mises en œuvre lors de la rentrée 1999 a été déçue par le plan d’action annoncé par Catherine Trautmann le 10 février. Simple temporisation ou manque d’ambition ? Les écoles doivent aussi relever le défi du multimédia. Sous la pression de la demande, les formations se multiplient, entraînant des changements dans les établissements. Notre dossier enquête sur les initiatives entreprises. Les écoles font une large place aux artistes dans l’enseignement. Nous avons donc interrogé quelques artistes sur leur expérience.

En gestation depuis un an et demi (lire le JdA n° 77, 19 février 1999), la réforme des écoles d’art peine à prendre corps. L’attente créée par les propositions du rapport Imbert (1998) et par les premières mesures mises en œuvre lors de la rentrée 1999 a été déçue par le plan d’action annoncé par Catherine Trautmann le 10 février. Simple temporisation ou manque d’ambition ? Les écoles doivent aussi relever le défi du multimédia. Sous la pression de la demande, les formations se multiplient, entraînant des changements dans les établissements. Notre dossier enquête sur les initiatives entreprises. Les écoles font une large place aux artistes dans l’enseignement. Nous avons donc interrogé quelques artistes sur leur expérience.

“Sur la base du rapport Imbert, des éléments concrets ont été engagés, comme pour les bourses ou le soutien aux écoles territoriales. Le fait que ce rapport ait été produit et que des mesures aient été mises en œuvre a suscité une attente. Celle-ci a été déçue et, surtout, elle se prolonge. À nouveau, l’inquiétude grandit de voir ce chantier se ralentir et s’immobiliser”, analyse Jean-Philippe Vienne, directeur de l’École nationale des beaux-arts de Dijon et président de l’Association nationale des directeurs d’écoles d’art (Andea). La déception provoquée par les demi-mesures annoncées le 10 février est d’autant plus grande que l’arrivée de Catherine Trautmann avait suscité beaucoup d’espoir. “Pour la première fois, nous avions l’impression d’être écoutés et compris”, rappelle Alain Snyers, directeur de l’École supérieure d’art et de design d’Amiens et secrétaire général de l’Andea. La concertation lancée dans le cadre de la rédaction du rapport de Jacques Imbert avait été particulièrement bien accueillie, mais, depuis un an, le dialogue avec le ministère de la Culture s’était plus ou moins interrompu. “Deux lettres adressées à la ministre à l’automne sont restées sans réponse”, s’indigne Alain Snyers. La modestie du plan d’action suscite l’incompréhension, car les propositions du rapport Imbert étaient “réalistes”.

Poursuite de l’effort financier
Chacun fait crédit au gouvernement de l’effort financier qui a déjà été engagé et qui sera poursuivi. Ainsi, l’alignement des bourses sur celles de l’Éducation nationale s’est traduite par une augmentation de 10 % du taux moyen des bourses offertes aux étudiants (16 000 francs en 2000, contre 14 500 en 1998), et s’est accompagnée d’une croissance de 8 % depuis un an du nombre de boursiers (3 429 pour 1999-2000, contre 3 188 en 1998-99). De la même manière, les subventions aux écoles municipales et régionales se sont accrues, passant de 81 millions de francs en 1998 à 90 en 1999 et 98 millions pour 2000, soit une augmentation de 21 % en deux ans. L’intervention de l’État n’est pas fondée sur des clés de répartition a priori, mais sur la dynamique des projets ; elle tient compte de l’inscription dans des réseaux, dans des logiques de professionnalisation et de leur ouverture sur la ville, en tant que lieux de médiation. Toutefois, Alain Snyers s’inquiète du “fléchage” de ces crédits, dont une partie est parfois orientée par les Directions régionales des Affaires culturelles vers d’autres secteurs, comme le spectacle vivant.

Au-delà des aspects financiers, le bât blesse dans la réforme des statuts respectifs des écoles et des enseignants. Comme pour la question des équivalences avec l’Université, on en reste au niveau des intentions et des lieux communs. Pour pallier les inconvénients de la régie directe, le rapport Imbert suggérait la mise en place d’un statut de type nouveau pour les écoles territoriales, celui d’établissement public local à vocation culturelle. Une proposition qui est simplement reprise, sans plus de précisions, dans le dossier d’information distribué à la presse. Il semblerait que l’opposition du ministère de l’Intérieur à ce projet n’ait pas été levée.

Sur le statut des enseignants, on chercherait de même en vain une décision et un calendrier, même si l’engagement a été pris d’améliorer le déroulement de leur carrière et leur rémunération. L’une comme l’autre, en les assimilant à des professeurs du secondaire, ne tiennent pas compte de la spécificité de leur mission. D’autre part, les directeurs d’écoles attendent que le gouvernement adresse des recommandations aux préfectures afin qu’elle permettent le recrutement de contractuels, aujourd’hui simplement toléré. Il en va de la capacité des écoles à suivre les mutations technologiques et économiques. Qu’un an et demi après la remise du rapport, les services du ministère en soient encore à réfléchir sur la voie à suivre ne manque pas d’inquiéter.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°99 du 18 février 2000, avec le titre suivant : Les écoles d’art attendent toujours une réforme

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