Samedi 17 novembre 2018

An 2000

Les Aristonains

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 5 novembre 1999 - 570 mots

En parallèle aux manifestations nationales et municipales, l’Association des Amis de Bagatelle offre son prestigieux domaine du Bois de Boulogne à une grande exposition, « 2000 nains à Bagatelle », célébration millésimée du nain de jardin.

PARIS - Pour l’an 2000, le domaine de Bagatelle, dans l’ouest parisien, fera sien le slogan du Pr. Friedmann, président de l’Association internationale de protection des Nains de jardin : “100 % humour, 100 % sérieux”. Ni démonstration scientifique, ni farce absurde, “2000 nains à Bagatelle” offrira, du 15 mars au 31 juillet, aux joyeux lutins pastoraux longtemps cantonnés dans les jardins ouvriers, un domaine aristocratique à la mesure de leurs noblesse. Le Trianon de Bagatelle ne porte-t-il d’ailleurs pas sur son fronton la devise Parva sed apta (petit mais adapté) ? Les petits hôtes du comte d’Artois y seront distribués de façon thématique. Des nains d’accueil dans le vestibule, des nains ludiques dans la salle de jeux, et des nains aux connotations érotiques dans le boudoir, la rotonde centrale étant réservée au nain des jardins de Boboli, Bacchus sculpté par Cioli au XVIe siècle. Quant au château, ses salles accueilleront les grandes étapes historiques, tel que “Noblesse oblige” et l’univers courtisan du nain renaissant, ou encore “De la céramique au plastique”, réflexion sur les techniques de l’après-guerre centrée sur les sept compagnons de Blanche-Neige.

Mais ces démonstrations muséographiques ne doivent pas faire oublier l’essentiel : le jardin. “C’est le problème du nain de jardin, il ne devient tel qu’une fois placé dans un jardin. Tout est histoire de contexte”, explique Laurent Le Bon, commissaire de l’exposition. “Il ne s’agit pas de mettre des figurines partout dans les jardins, mais dans les endroits les plus pittoresques”, rassure ce dernier. Pourtant, les chiffres sont implacables, ils seront plus de 2 000 : outre l’ensemble du catalogue Heissner, la plus grande firme du secteur, les “nains-connus”, “les nains-sectes” et autres “1000 héros de jardin” déjà montrés en 1998 au Musée de l’objet à Blois, l’installation d’Ottmar Hörl promet une belle accumulation de petits hommes. Résolument tournés vers le troisième millénaire, ceux-ci devraient être revêtus d’un costume proche de celui des cosmonautes !

La créativité nanophile
Avec Présence Panchounette, Jeff Koons ou Jean-Michel Alberola, “la créativité nanophile” est d’ailleurs un des points forts de ce jamboree lilliputien, et le nain “ange de la mort” avec sa mitraillette, de Milan Knizak, devrait faire un massacre. “Nous sommes dans le domaine de la réflexion sur le kitsch et la sculpture, dans le domaine de l’art. Nous ne nous moquons pas des personnes de petite taille”, tient à rappeler Laurent Le Bon. La réflexion n’est d’ailleurs pas isolée, puisque le Deuxième congrès international des Nains de jardin se tiendra simultanément à Rennes. Daniel Cueff, président de l’Association des Nains de jardin (tél. 02 99 69 95 10), est d’ailleurs ennuyé par cette “concurrence” : “Il ne nous reste plus que la dimension sociologique menée par un laboratoire de l’université de Rennes”, ajoutant que “le rapport que nous entretenons avec ces objets est très révélateur dans notre société”. Dernière inconnue, l’attitude du Front de libération des Nains de jardin (FLNJ). Si le canal historique du groupuscule sommeille, l’hypothèse d’actions isolées n’est pas à écarter. Mais Laurent Le Bon se veut rassurant : “C’est à chacun de prendre ses responsabilités. Certaines pièces ont une très grande valeur. Mais, de toute façon, pourquoi libérer des nains qui seront déjà dans la nature ?”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°92 du 5 novembre 1999, avec le titre suivant : Les Aristonains

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