Jeudi 13 décembre 2018

L’équation de Maastricht - Tefaf 2008

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 février 2008 - 1183 mots

The European Fine Art Fair tente d’attirer les collectionneurs des pays émergents.
- La foire s’ouvre timidement cette année aux jeunes marchands avec la plateforme « Showcase ».

Si l’arrivée de la galerie Wildenstein (New York) avait été annoncée par un roulement de tambour voilà deux ans, son choix de ne pas renouveler sa présence a laissé libre cours à toutes les conjectures. Le 4 septembre, la galerie a adressé une lettre à la foire, expliquant qu’elle n’y participerait pas car sa partenaire, Pace-Wildenstein, préférait se concentrer sur les foires d’art contemporain. Tout en vantant la qualité de Tefaf (The European Fine Art Fair) Maastricht, et en affirmant avoir obtenu de bons résultats lors de ses participations, la galerie précisait : « Nous souhaitons rediriger l’énergie que nous avions mise dans Tefaf pour organiser des expositions majeures dans notre galerie, comme “Les arts de la France” ou “Claude Monet”. Notre intention est de conduire certaines de ces expositions itinérantes jusque dans les marchés émergents comme la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient. » Or c’est bien là que le bât blesse pour Tefaf. La foire néerlandaise est certes La Mecque de l’art ancien, le rendez-vous obligé des conservateurs de musées, mais pas encore celui des fortunes des pays émergents. Ces fameux acheteurs sur lesquels la planète de l’art mise tant pour pallier la récession américaine. Les efforts de Maastricht pour draguer le public asiatique l’an dernier n’ont pas vraiment porté leurs fruits. Certes Littleton & Hennessy (Londres, New York) a vendu sa pièce phare, un tapir en bronze d’une valeur de 12 millions de dollars (8,2 millions d’euros), à un collectionneur chinois. Mais l’exemple reste isolé. « Nous ne sommes pas très contents, admet Ben Janssens, président du comité exécutif de Tefaf. Nous avons essayé de faire une promotion plus active cette année. Nous verrons le changement. » Certaines galeries, comme Didier Aaron & Cie (Paris), comptent surtout sur une clientèle russe, plus présente aussi bien en galerie que sur la foire.

Les modernes en puissance
Cette volonté d’élargir l’audience, visible avec la section « Showcase » dédiée aux jeunes marchands (lire l’encadré), n’est-elle pas balayée par les tarifs d’entrée prohibitifs de la foire (55 euros par personne !) ? Élitiste sur le plan qualitatif, la foire est devenue élitaire, oubliant presque que certains grands collectionneurs ont commencé par la petite porte, François Pinault avec Frank Innocent et l’école de Pont-Aven, Leon Black avec une œuvre sur papier de Paul Signac. « Si on compare avec une soirée à l’opéra ou au restaurant, ce n’est pas cher, réplique Ben Janssens. Le tarif d’entrée permet d’éviter ceux qui ne viendraient que pour le spectacle. D’ailleurs, la plupart des collectionneurs sont invités. » Le nombre de visiteurs en 2007 a néanmoins fortement décru par rapport à 2006 (– 13 000).
Malgré les grincements de dents, la controverse sur la présence des maisons de ventes semble, elle, s’être tassée. « Beaucoup de gens sont mécontents de cette présence, mais que peut-on y faire ?, déplore Ben Janssens. Cela fait partie de la vie. D’autres achats de galeries par des maisons de ventes auront sans doute encore lieu. Je ne sais pas combien de mes collègues refuseraient de se vendre si Christie’s ou Sotheby’s les approchaient avec une grosse somme d’argent... » Pour calmer le jeu, Christie’s a remisé cette année « King Street Fine Art », structure née d’une pochette-surprise et dont le stand un brin vulgaire avait énervé les exposants d’art ancien l’an dernier. La maison de ventes joue cette année un joker plus respectable, la galerie Haunch of Venison (Londres, Zurich, New York), rachetée en 2007. « Haunch of Venison existait avant le rachat par Chritie’s. Ils ont gardé la même équipe et ne sont pas dirigés par des spécialistes de la maison de ventes. Exactement comme la galerie Noortman, laquelle appartient à Sotheby’s », explique le marchand James Roundell (Londres), responsable de la section moderne de la foire. Une section qui précisément monte en puissance chaque année, en ralliant cette fois les Boulakia (Paris), lesquels prévoient un Nu de Pierre Bonnard et un portrait de femme par Kees Van Dongen. Hopkins-Custot (Paris), de son côté, marie ses Nabis à un spectaculaire tableau de Jean-Michel Basquiat, Fools’Fetish (1984), véritable coup-de-poing visuel. C’est un choc d’un autre ordre que promet Applicat-Prazan (Paris) avec les Bouteilles rouges (1955) de Nicolas de Staël. « Les galeries sont soulagées de pouvoir exposer ici sans être dominées par l’art actuel. Nous ne voulons pas devenir une section contemporaine », précise James Roundell. Pourtant le curseur temporel se déplace chaque fois un peu plus loin. Acquavella (New York) présentera ainsi une toile de 2007 de Lucian Freud (lire p. 19). Le choix d’une œuvre tout droit sortie de l’atelier rappelle davantage le fonctionnement des foires d’art actuel... Le rythme plus « étagé » des ventes change toutefois de la frénésie à laquelle sont habitués les marchands d’art contemporain. « C’est un contexte moins axé sur la hype ou l’achat rapide, indique Marc Payot, directeur de Hauser & Wirth (Zurich, Londres). Nous n’avons pas vendu tout de suite à vingt personnes que nous ne connaissions pas. C’est du long terme. » Certains attendent un effet de vases communicants entre l’art ancien et contemporain. « Un de mes collectionneurs, qui a un grand noyau d’art ancien, a pris un tournant contemporain voilà sept ans et a même acheté des installations », indique Harry Blain, directeur de Haunch of Venison. On ne s’étonne guère que la galerie mette en avant Bill Viola, vidéaste fortement imprégné par la peinture.
Si la foire s’est ouverte depuis une dizaine d’années au moderne, elle reste frileuse vis-à-vis des arts décoratifs du XXe siècle, tout juste représentés par Philippe Denys (Bruxelles), Downtown (Paris) ou Leidelmeijer & Mourmans (Amsterdam). La nouveauté tient au fait qu’Yves Macaux (Bruxelles), entré jusque-là par la petite porte via quelques meubles disséminés sur le stand de Richard Nagy (Londres), bénéficie désormais d’un espace en bonne et due forme. Il met les petits plats dans les grands avec un service à thé de Josef Hoffmann conçu pour le palais Stoclet à Bruxelles. Autre parent pauvre, le mobilier XVIIIe, lequel voit arriver les Kraemer (Paris) et leur escarcelle de meubles de provenance royale.
Maastricht réussira-t-elle à surfer sur les bons résultats des ventes d’art ancien en janvier et d’art moderne en février. « Compte tenu de l’offre, qui n’était pas si excitante, les choses se sont bien passées à New York, observe Bruno Desmarest, de la galerie Didier Aaron & Cie. Un grand nombre d’œuvres moyennes ont été ravalées. En revanche, un tableau de Lagrenée a fait quatre fois son prix. » Pour son confrère Éric Coatalem (Paris), « il y aura un resserrement de vis, mais en tableaux anciens, nous ne sommes pas touchés. Le phénomène de rareté nous sauve ». Une façon comme une autre de guérir le mal – la récession – par le mal – la raréfaction.

Tefaf

- Organisation : The European Fine Art Foundation - Nombre d’exposants : 222 7 dans « Showcase » - Nombre de visiteurs en 2007 : 71 000

TEFAF, 7-16 mars, Exhibition and Congress Centre (MECC), Maastricht, Pays-Bas, tlj 11h-19h, le 16 mars 11h-18h, www.tefaf.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°276 du 29 février 2008, avec le titre suivant : L’équation de Maastricht - Tefaf 2008

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