Vendredi 19 octobre 2018

L’église du Protaton fragilisée par les restaurations de 1956

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 18 février 2000 - 524 mots

L’église du Protaton, la plus ancienne du mont Athos, a été édifiée dans la première moitié du Xe siècle. Elle doit son nom au protos, ou primat de la communauté, et abrite l’icône sacrée de la Vierge, l’Axion esti, ainsi que les plus belles fresques byzantines au monde, exécutées à la fin du XIIIe siècle par l’un des grand maîtres de l’école de Macédoine, Manuel Panselinos. Connue comme le “Parthénon de l’art byzantin”, c’est également la seule église de la Montagne Sacrée qui appartienne à la communauté toute entière et non à un monastère individuel. La restauration dont elle a fait l’objet en 1956, conduite par le Pr. Anastasios Orlandos, a causé plus de dégâts qu’elle n’en avait subi au cours du millénaire précédent. Conçus pour assurer la conservation des peintures murales, les travaux ont en fait fragilisé le bâtiment.

En raison de son fond plat et mal entretenu, la rigole de drainage creusée à l’époque autour de l’église favorise les infiltrations à la base des vieux murs. Elle est également trop étroite, donc rapidement engorgée par les fortes pluies, la neige ou les débris. Autrefois adossées à l’église, les maisons ont été démolies pour des raisons esthétiques, privant les murs de leur protection contre l’humidité. Mais d’autres interventions ont été plus dommageables encore. Le revêtement étanche de la crypte empêche l’évacuation de l’humidité qui remonte des fondations jusqu’au niveau de l’église. Afin de le protéger des vents marins, le mur extérieur de l’abside a été recouvert d’une couche de béton. Mais, contrairement à la chaux utilisée autrefois, le béton n’est pas poreux : sans possibilité d’évaporation, l’humidité des fondations remonte à l’intérieur des murs et entraîne la dégradation des fresques ; des traces blanches dues à la cristallisation des sels de calcium sont ainsi apparues. Plus inquiétant, les parois de la nef ont été renforcées par des poutres en béton et couvertes d’un toit à claire-voie, lui aussi en béton, imitant les poutres de bois traditionnelles. Non seulement cette structure est extrêmement lourde, mais la rigidité du béton rend l’église particulièrement vulnérable aux secousses sismiques, fréquentes dans la région.

Dès les années soixante-dix, les problèmes résultant de la restauration de 1956 étaient manifestes. Plusieurs rapports ont été établis, notamment il y a trois ans par le spécialiste britannique de l’art byzantin David Winfield. Pour permettre à la fois l’évacuation de l’humidité et donner davantage de flexibilité à l’ensemble, il suggérait de remplacer par de la chaux le ciment du jointoiement, et de substituer au toit en béton une structure en bois recouverte de fibre de verre ou de plastique. Selon lui, une “intervention immédiate” doit être faite sur un quart des peintures murales, surtout dans l’abside qui est la plus abîmée.

Toutes les parties concernées se rejettent mutuellement la responsabilité des retards, invoquant la pénurie de fonds et les lenteurs bureaucratiques. Mais la véritable raison est peut-être que les experts ne s’accordent pas sur la meilleure façon de réparer les erreurs des années cinquante. Pour l’instant, seul le remplacement du toit en béton par une toiture en bois traditionnelle est acquis. Les travaux, qui devraient débuter en juillet, dureront au moins deux ans.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°99 du 18 février 2000, avec le titre suivant : L’église du Protaton fragilisée par les restaurations de 1956

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