Ventes publiques

MARCHÉ DE L’ART RUSSE

Le Ritz-Carlton ouvre un “cluster” de galeries d’art

MOSCOU / RUSSIE

Patronnées par le Suisse Uli Sigg, deux jeunes femmes veulent attirer la riche clientèle de l’hôtel de luxe de Moscou.

Moscou. L’argent reste à l’écart de l’art contemporain russe ; les galeries doivent donc se rapprocher de l’endroit où il se concentre. C’est l’idée qui se tient derrière « Cube », un cluster de neuf galeries, dont l’inauguration aura lieu en avril dans le second sous-sol du Ritz-Carlton, en plein cœur de Moscou. Deux jeunes femmes d’affaires russes fraîchement émoulues d’une école de gestion artistique ambitionnent de revigorer le marché de l’art avec un concept inédit.

Cube rassemble sur 1 200 m2 neuf galeries d’art, un espace d’exposition non commercial et une boutique proposant œuvres ou objets reproduits en petite série. « La formule permet une mutualisation de l’infrastructure : nous offrons un espace de stockage, une salle de réunion, une salle de conférences, un bar, et un système de sécurité. Car les prix moscovites sont très élevés pour les galeries d’art contemporain », explique Nadejda Zinovskaïa, l’une des partenaires de Cube. Le Ritz-Carlton devrait drainer une forte clientèle, si le projet, enfoui dans les entrailles de l’hôtel, parvient à se rendre visible. Cube compte attirer des clients à travers des événements organisés chaque week-end, des programmes éducatifs et des expositions régulièrement confiées à des commissaires réputés.

Situé sur la Tverskaïa (l’équivalent des Champs-Élysées), à deux pas de la place rouge, Cube est au cœur du pouvoir et de l’argent russe. « L’idée est d’être le plus possible facile d’accès », précise Nadejda Zinovskaïa. Moscou compte un autre cluster de galeries d’art, mais il est excentré et « très difficile d’accès. Beaucoup de collectionneurs rechignent à aller à Winzavod à cause des bouchons dans ce quartier ». Moscou figure régulièrement en tête des mégapoles les plus encombrées du monde. « Nos clients se déplacent en voiture, ils veulent des parkings, ou bien que les galeries soient accessibles à pied, c’est-à-dire en plein centre. »

Les neufs espaces commerciaux ont déjà trouvé preneur. Ce sont pour moitié des jeunes galeries, pour l’autre moitié des extensions de galeries installées (GrindchinHall, Osnova, Kultproekt). Cube attire déjà deux galeries étrangères : Ámbit, venue de Barcelone, et NK, basée à Anvers mais dont la présence à Moscou est régulière à travers les foires. « Aux galeries qui voudraient nous rejoindre, nous proposons un bail de trois mois dans notre espace dédié pop-up de 45 mètres carrés », précise Nadejda Zinovskaïa. Le montant du loyer s’élève de 2000 à 2 500 euros selon la saison.

Sergueï Gushin, 33 ans, directeur de la galerie Fragment, a sauté le pas et « se donne jusqu’à la fin de l’année pour comprendre si la formule fonctionne. Je suis confiant qu’une synergie va se développer : chacun apporte sa clientèle, je pense que cet endroit va générer un flux important de visiteurs », espère ce jeune galeriste, dont c’est la première adresse permanente. Il expose « des artistes jeunes, mais déjà remarqués. Alexeï Martins, sur nos murs en ce moment, a participé à la Biennale de Moscou. Ses prix vont de 400 à 3 000 euros ».

La figure tutélaire d’Uli Sigg

Ni Nadejda Zinovskaïa ni sa partenaire Elena Belonogova ne sont des acteurs bien établis à Moscou, car c’est leur premier projet significatif dans la sphère artistique. Elles ont investi à parts égales avec un troisième partenaire, « qui veut garder l’anonymat et ne vient pas du monde de l’art ». Cube se targue en revanche d’un patron célèbre, le mécène et homme d’affaires suisse Uli Sigg, qui a joué un rôle important dans l’émergence de l’art contemporain chinois. « Uli n’a pas investi dans notre projet, mais il en est l’âme », assure Nadejda Zinovskaïa, qui en parle comme d’un « ami qui nous a donné beaucoup de conseils et de contacts utiles ». Uli Sigg préside aussi un fonds d’art contemporain russe en cours de formation et qui porte également le nom de « Cube ». Il sera présent pour l’inauguration officielle du cluster le 23 avril, qui sera couplée avec « Cube.Collectors », le « premier sommet international des collectionneurs de Moscou ».

Côté commercial, Cube semble bien pensé, mais le succès dépendra de la capacité des fondatrices à assurer un niveau artistique suffisant pour attirer les poches profondes. « Nous nous donnons trois ans pour voir si le projet est pérenne, c’est un horizon habituel pour les entreprises », conclut Nadejda Zinovskaïa.

www.cube.moscow

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°519 du 15 mars 2019, avec le titre suivant : Le Ritz-Carlton ouvre un “cluster” de galeries d’art

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