Réunion des musées nationaux

Le redressement se poursuit

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2008

Si la situation de l’établissement public s’améliore, son sort pourrait être scellé
par la Révision générale des politiques publiques.

PARIS - La Réunion des musées nationaux (RMN) vit une drôle de période. Alors que le redressement entamé depuis 2003 s’est encore confirmé en 2007, son avenir, objet d’intenses tractations dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), lui échappera peut-être. Le 15 avril, à l’issue de son Conseil d’administration, son administrateur général, Thomas Grenon, ne cachait pourtant pas sa satisfaction. « L’année 2007 fera date », a-t-il ainsi martelé. La RMN est, en effet, sortie de la crise financière. Son résultat net s’élève en 2007 à 3,1 millions d’euros, contre 1,5 en 2006 pour un chiffre d’affaires en très légère progression (90,6 millions d’euros contre 90,3 en 2006). La politique de maîtrise des coûts a donc manifestement porté ses fruits. L’établissement a notamment pu acquérir son nouveau siège rue de Bercy pour 60 millions d’euros. Il y regroupera ses services en 2009 et devrait ainsi économiser 2 millions d’euros par an. La croissance de l’activité porte principalement sur les activités non subventionnables. Pour la première fois, son réseau commercial est bénéficiaire de 1,15 million d’euros grâce à un recentrage sur les produits rentables – soit les produits touristiques d’entrée de gamme. Reste à savoir comment seront investis ces bénéfices et s’ils serviront aux musées nationaux. Des travaux sont déjà engagés aux Galeries nationales du Grand Palais (Paris), dans l’atelier de chalcographie et à l’agence photographique. Dix-huit expositions seront financées dans les musées SCN (services à compétence nationale) en 2008 contre sept en 2007. Thomas Grenon marque donc des points en montrant que son établissement est bien géré, mais il va devoir convaincre par ses choix stratégiques, car la RMN continue à être subventionnée à hauteur de 18,8 millions d’euros par an. Le développement à l’international de l’agence photographique et du réseau de boutiques est déjà amorcé.

Projets de filialisation
Mais la question de la filialisation de ces activités qui sont les plus rentables n’a pas été tranchée lors du second conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP). La RMN aura-t-elle vraiment à y gagner ? Hormis une plus grande souplesse de gestion, le risque est de voir lui échapper, à terme, des activités qu’elle a remises à flot au prix de nombreux sacrifices, tout en amoindrissant les efforts de mutualisation des services. Rien n’indique non plus que cette privatisation des activités commerciales servira la mission de service public de la RMN, à savoir les actions culturelles des musées nationaux. L’arme est donc à double tranchant et l’ombre du démantèlement pourrait bien ressurgir. Pour réfléchir aux conséquences d’une telle décision, la RMN s’est donc offert les conseils de la banque Lazard, grâce à un – curieux – mécénat de compétence. La décision appartiendra au prochain CMPP. Mais du côté de la Rue de Valois, où l’on privilégie la logique d’autonomie des musées, on semble plus enclin à jouer la rivalité avec le Centre des monuments nationaux (CNM) qu’à faire plaisir à la RMN. Les responsables de cette dernière ont déjà été échaudés le 4 avril en apprenant que l’établissement n’obtiendrait pas la tutelle des musées SCN, qui avait été un temps envisagée. Les ultimes tractations auraient eu lieu jusque tard dans la nuit, le CNM revendiquant à son tour la gestion des châteaux-musées. Par sagesse, la ministre de la Culture a choisi de maintenir tous les musées nationaux, à l’exception de trois nouveaux établissements publics, dans le giron de la future direction « Patrimoines ». Reste à savoir ce qu’il adviendra de l’épineuse question des filiales.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°280 du 25 avril 2008, avec le titre suivant : Le redressement se poursuit

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