Le petit « Maastricht » de la céramique

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 29 août 2007

En cinq ans, le Salon international de la céramique ancienne d’Enghien est devenu le rendez-vous majeur en Europe des amateurs de porcelaines, de faïences, de biscuits et de verreries.

Pour la sixième année consécutive, le Salon international de la céramique ancienne se déroule au château d’Enghien (ville située à 30 km de Bruxelles, dans le nord de la province de Hainaut) du 27 avril au 1er mai. Le décor exceptionnel, de style Louis XVI, de cette belle propriété construite par le baron Édouard Empain, bordée d’un parc, participe au prestige de la manifestation. Celle-ci dépasse par sa notoriété toute autre en Europe dans la spécialité des arts du feu. « Nous avons commencé il y a six ans, à la suite d’un tout petit salon lancé en 1994 dans la ville d’Andenne par quelques antiquaires spécialisés (membres de la Chambre royale des antiquaires de Belgique), bientôt rejoints par quelques collègues locaux et parisiens  », souligne Jean Lemaire, président de l’association Les antiquaires en céramique ancienne, qui organise l’événement. « Il avait lieu tous les deux ans en même temps qu’une foire de potiers. En 2001, nous avons été désireux d’augmenter le nombre d’exposants et de trouver un cadre mettant en valeur les objets. » Rapidement, le nouveau salon annuel acquiert une excellente réputation. Avec une taille honorable (une trentaine de marchands européens) et une liste d’attente conséquente, Jean Lemaire a réussi son pari d’en faire un petit « Maastricht » de la céramique ancienne. Six mille à huit mille porcelaines, faïences, biscuits, émaux et verres anciens sont exposés par quatorze antiquaires belges, dix Français, quelques Néerlandais, un Allemand et un Zurichois. Ces professionnels attirent chaque année de plus en plus de visiteurs, principalement du nord de l’Europe et plutôt fins connaisseurs : cinq mille en 2005, avec une progression de 10 % d’une année sur l’autre. La création contemporaine, en céramique ou en verre, trouve également sa place pour un nouveau public, dans les annexes du château (les écuries). Dix artistes y exposent directement leurs œuvres.
À part le Néerlandais Wouter Van Halm, installé à Londres, les marchands anglais n’y exposent pas, préférant la Ceramic Fair de Londres en juin ou celle de New York en janvier. « Le cours de la livre sterling par rapport à l’euro leur est trop défavorable pour vendre », note Jean Lemaire. En revanche, il est inversement très avantageux pour eux d’acheter en Europe continentale, ce qu’ils ne manquent pas de faire. Outre les amateurs nord-européens, le salon d’Enghien attire des acheteurs italiens (pour la majolique, par exemple) et même des Chinois. « Le marché chinois a fait décoller les prix de la porcelaine chinoise, indique Marc Michot, l’un des cofondateurs du salon d’Enghien, un professionnel de Bruges spécialisé en céramiques chinoises. En trois ans, la cote de la porcelaine blanc et bleu a doublé. Il est vrai que les Chinois viennent à Enghien, mais leurs interventions sont plus fréquentes dans les salles de ventes internationales, où ils se sentent plus à l’aise. »

Grande variété des objets
Beaucoup de Français viennent exposer à Enghien. Pour le marchand parisien Ronan Lelandais, « Enghien est le salon de référence. En dehors de l’atmosphère unique qui vient du lieu et de sa conception, la clientèle belge, très collectionneuse, est sa force. Depuis l’existence du salon Enghien et de la foire de Tour & Taxis, où la céramique tient une bonne place, les Belges se rendent moins facilement dans les salons parisiens. » Parmi ses pièces phares, le marchand compte une rare glacière complète d’époque Louis XVI, en porcelaine de Paris de la manufacture de Locré (autour de 6 500 euros) et un modèle étonnant de pot-pourri d’époque Louis XVI, en porcelaine de Paris par la manufacture « à la Reine » de forme boule (11 000 euros la paire). La grande variété des objets est surprenante à Enghien : une collection de douze coupes de Nevers du XVIIe à décor a compendario (autour de 2 000 euros) et une dizaine de faïences révolutionnaires (entre 600 et 3 000 euros) à la galerie Arcanes (Versailles) ; une centaine de tabatières chinoises de la période des Qing, en porcelaine ou en verre (entre 500 et 10 000 euros) chez Bertrand de Lavergne (Paris), ou, chez le jeune marchand français Philippe Tessier (Paris), une chocolatière du XVIIe de Milan à décor européen « commedia dell’arte », qui fait déjà loucher les amateurs italiens. Enfin, la verrerie a également sa place à Enghien. Pour le spécialiste Éric Joly, de Namur, ce sera « des pièces Art nouveau et Art déco de la cristallerie belge du Val Saint-Lambert, quelques Daum et Gallé ; mais, comme les gens viennent surtout pour la céramique, je présente aussi des pièces à l’exemple d’un service à café et à thé, vers 1760, en porcelaine allemande de Hoechst avec ses vingt tasses et sous-tasses à décor floral différent (18 000 euros), sans doute pour le marché allemand ».

6e SALON INTERNATIONAL DE LA CÉRAMIQUE ANCIENNE

Du 27 avril au 1er mai (journée spéciale « Chine » le 29 avril), château d’Enghien, parc d’Enghien, Belgique, tél. 32 2 511 05 13, 11h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°236 du 28 avril 2006, avec le titre suivant : Le petit « Maastricht » de la céramique

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