Enquête

Le périple de faux tableaux Jägers et Knops

Par Olga Grimm-Weissert · Le Journal des Arts

Le 5 juillet 2011 - 616 mots

Alors que Werner Spies, ancien directeur du Musée national d’art moderne, est poursuivi relativement à la vente d’un des tableaux fabriqués par des faussaires allemands, la rédaction du JdA raconte comment quatre de ces toiles ont été mises sur le marché. Plusieurs grandes galeries parisiennes sont impliquées dans cette vaste escroquerie.

PARIS - Parmi tous les faux tableaux mis sur le marché par les quatre présumés escrocs et faussaires, à l’origine des collections « Jägers » et « Knops », la police allemande et française en a retrouvé quarante-neuf (lire le JdA no 336, 3 déc. 2010). On en sait un peu plus aujourd’hui sur le périple d’une demi-douzaine de ces tableaux. Le premier d’entre eux a fait l’objet récemment d’une action en justice. Il s’agit de Tremblement de terre de Max Ernst, daté de 1925, qui a été vendu par la galerie parisienne Cazeau-Béraudière en 2004 pour 1,1 million d’euros à une entreprise dénommée Monte Carlo Art S.A., qui mit ensuite le tableau en vente chez Sotheby’s New York, le 4 novembre 2009. Mais après la mise en examen des faussaires, Sotheby’s a annulé la vente et remboursé son client, comme nous l’a confirmé Guillaume Cerutti, son P.-D. G. parisien. Sotheby’s s’est depuis retournée contre la société monégasque. Celle-ci a alors porté plainte devant le tribunal de grande instance de Nanterre contre Werner Spies, ancien directeur du Musée national d’art moderne et spécialiste de l’œuvre de Max Ernst, et le galeriste Jacques de la Béraudière, installé à Genève après la mort de son associé Philippe Cazeau en 2007. Interrogé lors de la dernière édition de la foire d’Art Basel sur son stand, Jacques de la Béraudière maintient que les tableaux incriminés sont authentiques, et qu’il attend le résultat du procès (prévu en septembre 2011) avant de réagir.

Par ailleurs, il met en doute les propos de son confrère Daniel Malingue, qui nous a assuré avoir remboursé un galeriste new-yorkais, à qui il avait vendu un Max Ernst, La Forêt, de 1926, pour – dit-il – 2,3 millions dollars. Le galeriste new-yorkais avait cédé le tableau à une collectionneuse américaine, qui l’avait elle-même promis au MoMA de New York. « À l’heure actuelle, ce tableau vaut zéro et personne ne veut le garder », soupire Daniel Malingue. 

De la méthode
La mise sur le marché d’une autre version de La Forêt, de Max Ernst, daté 1927, illustre la méthode du quatuor d’escrocs. En 2004, Otto Schulte-Kellinghaus, responsable pour la logistique de la bande, contacte Werner Spies et lui parle de la « vraie fausse » collection Jägers. Spies se rend dans la propriété du couple Hélène Beltracchi- Wolfgang Fischer-Beltracchi près de Montpellier. Enthousiasmé par cette Forêt, Spies la signale au galeriste Marc Blondeau (Genève), qui trouve un acquéreur pour 1,7 million euros : la Salomon Trading. Début 2006, le tableau se retrouve avenue Matignon, chez Cazeau-Béraudière (encore !), qui le prête au Musée Max-Ernst à Brühl en Allemagne (dont Werner Spies est un des fondateurs) pour une exposition et un catalogue. La Forêt revient à la Biennale des antiquaires, à Paris, en septembre 2006, où le tableau est proposé pour la coquette somme de 6 millions d’euros. Après être passé par deux intermédiaires, il est acquis par le grand collectionneur Daniel Filipacchi fin 2006 pour 5,5 millions euros.

Un autre galeriste parisien, Jean-François Aittouarès, nous confirme avoir eu en dépôt une Nature morte de Fernand Léger, datée 1913. Bien que l’experte Irus Hansma nous ait assuré que « le tableau n’était pas bon », Aittouarès est convaincu du contraire. Invendu, il a rendu le tableau à son interlocuteur – probablement Schulte-Kellinghaus – qui l’aurait déposé au Musée d’art de Ahlen (Allemagne), où la police l’a confisqué. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°351 du 8 juillet 2011, avec le titre suivant : Le périple de faux tableaux Jägers et Knops

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