Vendredi 14 décembre 2018

Archéologie

Le mur du « fossé jaune » sera conservé sous l’Orangerie

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 6 février 2004 - 660 mots

 PARIS - Jean-Jacques Aillagon a tranché : une partie de la section du mur d’enceinte de Paris découvert en août 2003 sur le chantier du Musée national de l’Orangerie sera conservée. La découverte « fortuite » de ce témoignage de l’histoire de Paris pourtant largement documenté avait suscité nombre d’interrogations. Aucun sondage n’avait en effet été pratiqué sous le monument avant le lancement des travaux qui doivent donner une nouvelle impulsion à l’institution.
Initiée dès 1994, la rénovation du Musée qui abrite les Nymphéas de Monet vise en premier lieu à remettre en valeur le chef-d’œuvre du peintre impressionniste, dont le dispositif de présentation a été largement dénaturé dans les années 1960. Le projet prévoit de lui offrir à nouveau un éclairage zénithal en supprimant l’étage qui avait été construit au-dessus de lui et en le débarrassant de l’escalier monumental qui barrait son accès. À cet effet, la collection Walter-Guillaume – constituée d’œuvres de Cézanne, Picasso, Derain… – devait trouver un autre espace. Aucune nouvelle construction n’étant possible dans les Tuileries, il s’agissait donc de percer sous le bâtiment et le jardin pour réaliser en sous-sol des espaces pour la collection permanente, mais également pour les expositions temporaires, la salle audiovisuelle, la salle pédagogique, la librairie, les réserves, la bibliothèque, les bureaux et locaux sociaux, le vestiaire et les toilettes… C’est en creusant à cet endroit que les pelleteuses ont buté sur un mur de calcaire jaune de 59 mètres de long sur 2,8 de large et plus de 2 mètres de haut.
La décision du ministre rendue publique le 23 janvier aura d’importantes répercussions. Les architectes Brochet-Lajus-Pueyo devront modifier l’espace d’exposition temporaire pour pouvoir y intégrer une section du mur découvert de trente mètres de long, qui traverse en diagonale la salle. Une seconde portion, plus petite puisque mesurant onze mètres, sera visible dans un espace de présentation spécifique. Le mur, démonté puis remonté après l’installation d’un cuvelage étanche, sera donc mis en valeur au sein du Musée de l’Orangerie grâce à un dispositif pédagogique.
Selon les archéologues, cette découverte est précieuse pour la connaissance de l’histoire de Paris. De nouveaux carottages sont même actuellement réalisés de part et d’autre et perpendiculairement au bastion pour compléter les informations déjà réunies. Ils visent à déterminer si une éventuelle levée de terre a précédé la construction du mur proprement dit. À l’issue de ces recherches, un colloque sera organisé et une publication rendra compte de l’ensemble des découvertes.
Cette mise au jour bouleverse évidemment le projet à la fois dans son calendrier et dans son budget. Au total, Jean-Jacques Aillagon a évalué le coût supplémentaire du chantier « à la louche » à 3 millions d’euros. Il entraînera un retard de douze à dix-huit mois dans sa livraison, prévue fin 2005.

Un mur au rapport

Lorsque le 4 août 2003 est découvert un mur sous l’Orangerie, une question se pose : de quel mur s’agit-il ? Avant de prendre une quelconque décision quant à sa conservation, le ministre de la Culture commande un rapport à une commission de dix-sept experts, parmi lesquels Geneviève Bresc, conservatrice générale au département des Sculptures du Musée du Louvre, Nicolas Faucherre, maître de conférences à l’université de La Rochelle, Claude Mignot, professeur à l’université de Paris-Sorbonne, et Pierre Pinon, professeur à l’École d’architecture de Paris-Sorbonne. Ce document de 20 pages rendu public le 23 janvier conclut que la construction de ce mur d’enceinte, dit « du fossé jaune », a débuté en 1566 sous le règne de Charles IX pour se poursuivre sous ceux d’Henri III et de Louis XIII. Son tracé, toujours selon le rapport, a été déterminé « en fonction d’une surveillance et d’une possibilité de tirs en enfilade vers la courbure de la Seine en aval ». Il s’agit de la troisième enceinte de Paris découverte en vingt ans, après le mur de Philippe Auguste sous la Cour Carrée du Louvre et le rempart de Charles V habillé de pierre sous Louis XII au Carrousel.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°186 du 6 février 2004, avec le titre suivant : Le mur du « fossé jaune » sera conservé sous l’Orangerie

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